Note 34 — LANCELOT DU LAC. (continued 2)
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Le Blanc chevalier le croyant encore vivant descendait pour l'achever ou le recevoir à merci, quand il entend un second bruit de cor: il retire son glaive à la hâte de la plaie saignante, pour attendre dignement le second champion. Celui-ci manque sa visée et reçoit une furieuse atteinte en plein écu: son haubert n'est pas entamé, mais à la passe de retour il est arrêté, saisi corps à corps, soulevé et jeté par-dessus la croupe de son cheval. Le Blanc chevalier descend, arrache le heaume, et allait lui trancher la tête, quand il l'entend demander grâce; il lui pardonne. Le cor résonne encore: un troisième champion paraît: le Blanc chevalier reprend son glaive et le plonge du premier coup dans les flancs de son adversaire désarçonné: mais le fer reste et se sépare de la hampe. Le blessé se relève, le Blanc chevalier descend; alors recommence entre eux une lutte terrible. Le blessé faiblit encore, perd du terrain, chancelle et tombe en levant son épée pour avertir la guette de sonner du cor. C'était le signal attendu par le quatrième, qui semblait plus fort, plus redoutable que les autres. Le Blanc chevalier ne lâchait cependant pas sa proie. «Laissez-le, laissez-le! lui criait le nouvel arrivé, touchez à moi qui viens le remplacer.» Alors, au lieu de son épieu brisé, le Blanc chevalier saisit celui du dernier vaincu, remonte et attend. Dès la première atteinte, il renverse le quatrième sur les arçons, et d'un vigoureux coup de poitrail fait tomber cheval et cavalier dans le courant d'une des sources qui descendaient de la grande roche. Et comme le troisième se relevait, il pousse à lui, lance son cheval et lui fait une seconde fois mesurer la terre. Le quatrième sort de l'eau et revient l'épée à la main; le Blanc chevalier tourne à lui, l'abat et lui fait passer et repasser son cheval sur le corps. «Merci! criait-il, épargnez-moi, nous demeurons vos prisonniers.» Mais la trompe sonne; il faut répondre au cinquième, sans autre arme qu'une épée; car le second glaive avait éclaté dans ses mains à la précédente joute. Heureusement le nouvel arrivé brisa le sien à la première rencontre, non sans avoir traversé l'écu et démaillé le haubert du Blanc chevalier. Celui-ci demeure cependant ferme sur les arçons: d'un coup de taille, il tranche heaume et ventaille, fend la joue et s'arrête au nœud de l'épaule. Étourdi d'une aussi rude accolade, le cinquième s'évanouit et tombe baigné dans son sang. Mais le jour s'en va, la nuit arrive, le cor se tait, le guichet ne s'ouvre plus, et la demoiselle qui lui avait déjà parlé reparaissant devant lui: «Chevalier, dit-elle, vous en avez fini pour aujourd'hui; mais demain il faudra recommencer. Venez au gîte où je vais vous conduire.» Il la suivit avec ses prisonniers jusqu'au bourg du château: ils entrèrent dans un bel hôtel où la demoiselle voulut elle-même le désarmer. Dans la chambre étaient suspendus trois écus recouverts de leur housse; la demoiselle les découvrit: ils étaient chargés, le premier d'une bande, le second de deux, le troisième de trois bandes vermeilles de belic[34]. Pendant qu'il les regardait avec curiosité, la demoiselle écartait son manteau, baissait sa guimpe et laissait voir une taille élancée, un doux et gracieux visage. La chambre étant garnie de nombreux cierges, il n'eut pas de peine à la reconnaître: «Ah! belle douce demoiselle, dit-il en lui ouvrant ses bras, soyez la bienvenue! comment le fait ma dame, votre maîtresse?—Fort bien! Elle m'envoie ici, pour vous offrir ces trois écus et vous apprendre leur vertu. Le premier, traversé d'une bande, donne à qui le porte la force de deux chevaliers. Le second double le premier, et le troisième double la vertu du second. Vous prendrez l'écu d'une bande, dès que vous sentirez vos forces diminuer; si vous avez à lutter contre un trop grand nombre, vous l'échangerez avec le second; et s'il faut accomplir des prouesses au-dessus de la puissance humaine, vous aurez recours au troisième. Et maintenant, pour gagner la Douloureuse garde, vous ne devrez pas tenir compte de ce que vous avez fait: dix chevaliers vous arrêteront encore à la première porte, et dix chevaliers à la seconde. Dans un seul jour, entre le soleil levant et couchant, vous aurez à soutenir cette double épreuve. Et si rien ne prévaut contre votre prouesse, le château vous sera rendu. Mais vous aurez beaucoup à souffrir, et nul autre, fût-il même, comme vous, assisté de ma dame, ne pourrait mener l'aventure à fin.»