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Les Romans de la Table Ronde (1 / 5)

Note 89 — LIVRE II. LE SAINT-GRAAL.

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Les traversées de Célidoine offrent moins d'incidents que celles de Mordrain et de Nascien. Les neuf mains qui l'avaient enlevé le conduisent dans une île lointaine où vient aborder le roi de Perse Label, dont il explique les songes multipliés, dont il prédit la mort prochaine et qu'il décide à recevoir le baptême, la veille de sa mort. Puis, abandonné dans une légère nacelle à la merci des flots par les Persans qui lui reprochaient d'avoir converti leur souverain, il fait rencontre de la nef de Salomon, dans laquelle il lui est permis d'entrer et qui le conduit dans l'île Tournoyante où il retrouve son père Nascien. Après s'être mutuellement raconté leurs aventures précédentes, ils rentrent dans la nef de Salomon qui les mène dans une autre île habitée par un cruel géant. Nascien, pour le combattre, va prendre l'épée de David, qu'il tire de son mystérieux fourreau; mais aussitôt la poignée s'en détache et la lame tombe à terre devant lui. Il reconnaît alors qu'il a témérairement agi en voulant se servir de l'arme destinée au dernier de ses descendants; puis, apercevant une autre épée couchée près de la première, il la prend, va combattre le géant et le frappe d'un coup mortel. Ils remontent ensuite dans la nef de Salomon et continuent leur voyage, dont la direction est abandonnée à la volonté céleste, jusqu'à ce qu'ils rencontrent la nacelle du roi Mordrain qui, en rapprochant de l'épée de David la poignée que Nascien en avait séparée, voit les deux parties se rejoindre comme elles étaient auparavant[89]. Puis une voix leur ordonne de quitter sur-le-champ la nef et de rentrer dans la nacelle qui leur avait amené le roi Mordrain. Nascien, plus irrésolu que les deux autres, sent une épée flamboyante descendre sur son épaule gauche et y faire une large et douloureuse ouverture. «C'est,» dit une voix «la punition de la faute que tu as commise en tirant du fourreau l'épée de David.» La douleur contraignit Nascien de tomber à terre, mais ne put lui arracher le moindre murmure. Il crut au contraire que cette blessure était un nouveau témoignage de l'amour que Dieu lui portait, puisqu'il le punissait en ce monde au lieu de lui préparer une seconde vie éternellement malheureuse.

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