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Les comédiens hors la loi

Note 357 — XVIII RÈGNE DE LOUIS XV (SUITE) 1765

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Nous avons retrouvé le récit de ces événements dans la correspondance d’un témoin oculaire qui touchait de très près à Mlle Clairon, M. de Valbelle ; son témoignage est trop important et trop curieux pour ne pas le citer. Cet officier écrivait à Voltaire le 16 avril 1765 :

« Il y eut hier à la Comédie le tapage le plus épouvantable. Dubois a eu un procès infâme avec son chirurgien. Il a fait un faux serment. Ce maraud, en outre, est un assez mauvais comédien. Sur le scandale que faisoit son affaire, M. de Richelieu signe l’ordre de le chasser ; le lendemain il suspend l’exécution de son ordre et il veut avoir les avis de tous les Comédiens. Ils s’assemblent et jugent, ils étoient vingt. Tous les vingt déclarent par écrit, chacun sur une feuille à part, sans s’être concertés, que Dubois est un fripon. Sur cela, M. de Richelieu trouve qu’il faut le garder, et hier, à une heure après midi, il envoie l’ordre de lui faire jouer, dans la pièce affichée, le rôle qu’il avoit fait lui-même apprendre à Bellecour. L’injustice à la fin produit l’indépendance. Lekain et Molé ont commencé par s’éloigner et se mettre en sûreté. Ils ont envoyé sur les quatre heures leur désistement à la Comédie. Mlle Clairon a suivi avec transport un si noble exemple. Brizard s’est dévoué ensuite et toute la Comédie en a fait autant. La salle étoit remplie, on a proposé le Joueur, qui étoit la seule pièce que l’on pût donner sans Dubois et sans les deux acteurs qui avoient disparu. Le parterre s’est obstiné à avoir la tragédie annoncée. On a vu dix fois le moment où le feu alloit être mis à la salle. Mlle Dubois étoit partout, animant le public contre les Comédiens ; enfin à huit heures on est sorti sans avoir eu de pièce. Aujourd’hui le théâtre est fermé, et l’on ignore quand on le rouvrira. Brizard et Dauberval sont déjà au For l’Évêque. Mlle Clairon espère qu’on lui fera le même honneur. On court après Lekain et Molé ; tous les autres se présentent, et rien n’est encore prononcé sur eux ; mais quoi qu’on puisse faire, rien ne les forcera à paroître à côté de Dubois. Les partis les plus violents ne serviront qu’à les affermir dans leur résolution. On ne pardonneroit pas en vérité à M. de Fronsac la légèreté que le très aimable maréchal son père a mise à toute cette affaire. Je ne sais comment il s’en tirera. Il arrive aujourd’hui de Versailles. Vous qui lui avez donné l’honneur de la bataille de Fontenoy, nous verrons quel parti vous tirerez pour lui de cette journée-ci.

« C’est avec tout l’enthousiasme et tous les sentiments que vous devez attendre de tout être pensant que j’ai l’honneur d’être, monsieur… » (Lettre inédite. Bibliot. nat., Mss. n., acq. 2777.)

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