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Les amours du chevalier de Faublas, tome 2/5

Note 13 — UNE ANNÉE DE LA VIE DU CHEVALIER DE FAUBLAS (SUITE) (continued 3)

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Honorez un père de famille! Jeune étourdi! qu'oses-tu penser? que dis-tu? Faublas, mon cher Faublas, prends garde à toi. C'est surtout ici qu'ils te blâmeront amèrement, s'ils n'ont pas pitié de ton âge. C'est ici qu'ils t'accuseront d'avoir plus de gaieté que de délicatesse, plus de feu que de sensibilité, plus d'esprit que de jugement. D'abord ils te diront que, de tous les sentimens, le plus impérieux, le plus exclusif, l'amour, le véritable amour, ne souffre ni direction ni partage; ils soutiendront que le volage amant de Mme de B… n'eut jamais un attachement bien sérieux pour Mlle de Pontis.

Toi qui adoras toujours ta Sophie, lors même que tu ne cessois de lui donner des rivales, tu répondras, dans l'innocence de ton cœur, que l'amant heureux d'une belle dame peut être aussi l'amant tendre d'une jolie demoiselle. Ils contesteront: tu aimes à disputer, un combat polémique s'engagera; peut-être que, selon l'usage de tout temps pratiqué par les gens de lettres, ils te feront de beaux complimens le premier jour, pour te dire de grosses injures le lendemain. Si tu n'es pas plus modéré, plus poli, ou moins malin qu'eux, le peuple oisif des cafés s'amusera, et la question restera à juger. Mais un article plus délicat leur fournira contre toi des armes victorieuses. Ils te diront que cet engagement sacré, commandé par la religion, avoué par les lois, le mariage, est de tous les liens le plus respectable, quoique le moins respecté; que ceux-là seulement méritent d'être honorés, qui, dans une union paisible et chaste, embrassent des enfans dont la naissance ne donne aucun soupçon à l'heureux époux, ne coûte aucun remords à l'épouse vertueuse. Ils te diront que jamais le coupable père d'un enfant adultérin ne dut être appelé père de famille; que violer un serment fait au pied des autels, c'est transgresser les lois divines; que placer dans une famille abusée des héritiers illégitimes, c'est troubler de la manière la plus inexcusable l'ordre de la société. Jeune homme, ils te feront mille autres observations non moins pressantes, et, quand tu seras plus formé, tu conviendras, oui, tu conviendras qu'ils avoient raison; mais tu n'admettras leurs principes que pour en tirer d'autres conséquences: tu soutiendras la nécessité du divorce.

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