CHAPITRE IV HADGI-STAVROS (continued 2)
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La journée s’acheva sans autre accident. Le lendemain nous parut à tous d’une longueur intolérable. Le Corfiote ne nous quittait pas d’une semelle. Mary-Ann et sa mère cherchaient les gendarmes à l’horizon et ne voyaient rien venir. Moi qui suis accoutumé à une vie active, je me rongeais dans l’oisiveté. J’aurais pu courir dans la montagne et herboriser, sous bonne garde : mais un certain je ne sais quoi me retenait auprès de ces dames. Pendant la nuit, je dormais mal : mon projet d’évasion me trottait obstinément par la tête. J’avais remarqué la place où le Corfiote logeait son poignard avant de se coucher ; mais j’aurais cru commettre une trahison en me sauvant sans Mary-Ann.
Le samedi matin, entre cinq et six heures, un bruit inusité m’attira vers le Cabinet du Roi. Ma toilette fut bientôt faite : je me mettais au lit tout habillé.
Hadgi-Stavros, debout au milieu de sa troupe, présidait un Conseil tumultueux. Tous les brigands étaient sur le pied de guerre, armés jusqu’aux dents. Dix ou douze coffres que je n’avais jamais aperçus reposaient sur des brancards. Je devinai qu’ils contenaient les bagages et que nos maîtres se préparaient à lever le camp. Le Corfiote, Vasile et Sophoclis délibéraient à tue-tête et parlaient tous à la fois. On entendait aboyer au loin les sentinelles avancées. Une estafette en guenilles accourut vers le Roi en criant : « Les gendarmes ! »