LE PETIT CHOSE (continued 2)
Reading edition
Pendant quelque temps nous vécûmes en assez bons termes.
M. le marquis avait bien par-ci par-là certaines façons impertinentes de me regarder ou de me répondre, mais j’affectais de n’y point prendre garde, sentant que j’avais affaire à forte partie.
Un jour, cependant, ce faquin de marquis se permit de répliquer, en pleine étude, avec une insolence telle que je perdis toute patience. [66]
— Monsieur de Boucoyran, lui dis-je en essayant de garder mon sang-froid, prenez vos livres et sortez sur-le-champ.
C’était un acte d’autorité inouï pour ce drôle. Il en resta stupéfait et me regarda, sans bouger de sa place, avec des gros yeux.
Je compris que je m’engageais dans une méchante affaire, mais j’étais trop avancé pour reculer.
— Sortez, monsieur de Boucoyran!... commandai-je de nouveau.
Les élèves attendaient anxieux.... Pour la première fois j’avais du silence.
A ma seconde injonction le marquis, revenu de sa surprise, me répondît, il fallait voir de quel air:—“Je ne sortirai pas!”
Il y eut parmi toute l’étude un murmure d’admiration.
Je me levai dans ma chaire, indigné.
— Vous ne sortirez pas, monsieur?... C’est ce que nous allons voir.
Et je descendis....
Dieu m’est témoin qu’a ce moment-là toute idée de violence était bien loin de moi; je voulais seulement intimider le marquis par la fermeté de mon attitude; mais, en me voyant descendre de ma chaire, il se mit à ricaner d’une façon si méprisante que j’eus le geste de le prendre au collet pour le faire sortir de son banc....
Le misérable tenait cachée sous sa tunique une énorme règle en fer. A peine eus-je levé la main qu’il m’asséna sur le bras un coup terrible. La douleur m’arracha un cri. [67]
Toute l’étude battit des mains.
— Bravo, marquis!
Pour le coup je perdis la tête. D’un bond je fus sur la table, d’un autre, sur le marquis; et alors, le prenant à la gorge, je fis si bien, des pieds, des poings, des dents, de tout, que je l’arrachai de sa place et qu’il s’en alla rouler hors de l’étude, jusqu’au milieu de la cour.... Ce fut l’affaire d’une seconde; je ne me serais jamais cru tant de vigueur.
Les élèves étaient consternés. On ne criait plus: “Bravo, marquis!” On avait peur. Boucoyran, le fort des forts, mis à la raison par ce gringalet de pion! Quelle aventure!... Je venais de gagner en autorité ce que le marquis venait de perdre en prestige.
Quand je remontai dans ma chaire, pâle encore et tremblant d’émotion, tous les visages se penchèrent vivement sur les pupitres. L’étude était matée. Mais le principal, M. Viot, qu’allaient-ils penser de cette affaire? Comment! j’avais osé lever la main sur un élève! sur le marquis de Boucoyran! sur le noble du collège! Je voulais donc me faire chasser!
Ces réflexions, qui me venaient un peu tard, me troublèrent dans mon triomphe. J’eus peur à mon tour. Je me disais: “C’est sûr, le marquis est allé se plaindre.” Et d’une minute à l’autre je m’attendais à voir entrer le principal. Je tremblai jusqu’à la fin de l’étude; pourtant personne ne vint.
A la récréation je fus très étonné de voir Boucoyran rire et jouer avec les autres. Cela me rassura un peu; et, comme toute la journée se passa sans encombres, je [68] m’imaginai que mon drôle se tiendrait coi et que j’en serais quitte pour la peur.
Par malheur le jeudi suivant était jour de sortie. Le soir M. le marquis ne rentra pas au dortoir. J’eus comme un pressentiment, et je ne dormis pas de toute la nuit.
Le lendemain, à la première étude, les élèves chuchotaient en regardant la place de Boucoyran qui restait vide. Sans en avoir l’air, je mourais d’inquiétude.
Vers les sept heures, la porte s’ouvrit d’un coup sec. Tous les enfants se levèrent.
J’étais perdu....
Le principal entra le premier, puis M. Viot derrière lui, puis enfin un grand vieux boutonné jusqu’au menton dans une longue redingote, et cravaté d’un col de crin haut de quatre doigts. Celui-là, je ne le connaissais pas, mais je compris tout de suite que c’était M. de Boucoyran le père. Il tortillait sa longue moustache et bougonnait entre ses dents.
Je n’eus pas même le courage de descendre de ma chaire pour faire honneur à ces messieurs; eux non plus, en entrant, ne me saluèrent pas. Ils prirent position tous les trois au milieu de l’étude, et, jusqu’à leur sortie, ne regardèrent pas une seule fois de mon côté.
Ce fut le principal qui ouvrit le feu.
— Messieurs, dit-il en s’adressant aux élèves, nous venons ici remplir une mission pénible, très pénible. Un de vos maîtres s’est rendu coupable d’une faute si grave qu’il est de notre devoir de lui infliger un blâme public. [69]
Là-dessus le voilà parti à m’infliger un blâme qui dura au moins un grand quart d’heure. Tous les faits dénaturé: le marquis était le meilleur élève du collège; je l’avais brutalisé sans raison, sans excuse. Enfin j’avais manqué à tous mes devoirs.
Que répondre à ces accusations?
De temps en temps j’essayais de me défendre. “Pardon, monsieur le principal!...” Mais le principal ne m’écoutait pas, et il m’infligea son blâme jusqu’au bout.
Apres lui M. de Boucoyran, le père, prit la parole, et de quelle façon!... Un véritable réquisitoire. Malheureux père! On lui avait presque assassiné son enfant. Sur ce pauvre petit être sans défense on s’était rué comme...comme...comment dirait-il?... comme un buffle, comme un buffle sauvage. L’enfant gardait le lit depuis deux jours. Depuis deux jours sa mère, en larmes, le veillait....
Ah! s’il avait eu affaire à un homme, c’est lui, M. de Boucoyran le père, qui se serait chargé de venger son enfant! Mais On n’était qu’un galopin dont il avait pitié. Seulement qu’On se le tint pour dit: si jamais On touchait encore à un cheveu de son fils, On se ferait couper les deux oreilles tout net....
Pendant ce beau discours les élèves riaient sous cape, et les clefs de M. Viot frétillaient de plaisir. Debout dans sa chaire, pâle de rage, le pauvre On écoutait toutes ces injures, dévorait toutes ces humiliations et se gardait bien de répondre. Si On avait répondu, On aurait été chassé du collège; et alors où aller? [70]
Enfin, au bout d’une heure, quand ils furent à sec d’éloquence, ces trois messieurs se retirement. Derrière eux il se fit dans l’étude un grand brouhaha. J’essayai, mais vainement, d’obtenir un peu de silence; les enfants me riaient au nez. L’affaire Boucoyran avait achevé de tuer mon autorité.
Oh! ce fut une terrible affaire!
Toute la ville s’en émut.... Au Petit-Cercle, au Grand-Cercle, dans les cafés, à la musique, on ne parlait pas d’autre chose. Les gens bien informés donnaient des détails à faire dresser les cheveux. Il parait que ce maître d’étude était un monstre, un ogre. Il avait torturé l’enfant avec des raffinements inouïs de cruauté. En parlant de lui on ne disait plus que “le bourreau”.
Quand le jeune Boucoyran s’ennuya de rester au lit, ses parents l’installèrent sur une chaise longue, au plus bel endroit de leur salon, et pendant huit jours ce fut à travers ce salon une procession interminable. L’intéressante victime était l’objet de toutes les attentions.
Vingt fois de suite on lui faisait raconter son histoire, et à chaque fois le misérable inventait quelque nouveau détail. Les mères frémissaient; les vieilles demoiselles l’appelaient “pauvre ange”! et lui glissaient des bonbons. Le journal de l’opposition profita de l’aventure et fulmina contre le collège un article terrible au profit d’un établissement religieux des environs....
Le principal était furieux, et, s’il ne me renvoya pas, je ne le dus qu’à la protection du recteur.... Hélas! il eût mieux valu pour moi être renvoyé tout de suite. [71] Ma vie dans le collège était devenue impossible. Les enfants ne m’écoutaient plus; au moindre mot, ils me menaçaient de faire comme Boucoyran, d’aller se plaindre à leur père. Je finis par ne plus m’occuper d’eux.
[In the terrible winter that followed, Le Petit Chose frequented a good deal the Café Barbette. He took fencing lessons from Roger, who told him in confidence that he was deeply in love with a young lady, and asked him to write love-letters for him.]
IX
MON BON AMI LE MAÎTRE D’ARMES
Un matin de ce triste hiver, comme il était tombé beaucoup de neige pendant la nuit, les enfants n’avaient pas pu jouer dans les cours. Aussitôt l’étude du matin finie, on les avait casernés tous pêle-mêle dans la salle, pour y prendre leur récréation à l’abri du mauvais temps, en attendant l’heure des classes.
C’était moi qui les surveillais.
Ce qu’on appelait la salle était l’ancien gymnase du collège de la Marine. Imaginez quatre grands murs nus avec de petites fenêtres grillées; çà et là des crampons à moitié arrachés, la trace encore visible des échelles, et, se balançant à la maîtresse poutre du plafond, un énorme anneau en fer au bout d’une corde. [72]
Les enfants avaient l’air de s’amuser beaucoup là dedans. Ils couraient tout autour de la salle bruyamment, en faisant de la poussière. Quelques-uns essayaient d’atteindre l’anneau; d’autres, suspendus par les mains, criaient; cinq ou six, de tempérament plus calme, mangeaient leur pain devant les fenêtres, en regardant la neige qui remplissait les rues et les hommes armés de pelles qui l’emportaient dans des tombereaux.
Mais tout ce tapage, je ne l’entendais pas.
Seul, dans un coin, les larmes aux yeux, je lisais une lettre, et les enfants auraient à cet instant démoli le gymnase de fond en comble que je ne m’en fusse pas aperçu. C’était une lettre de Jacques que je venais de recevoir; elle portait le timbre de Paris,—mon Dieu! oui, de Paris,—et voici ce qu’elle disait:
“Cher Daniel,
“Ma lettre va bien te surprendre. Tu ne te doutais pas, hein? que je fusse à Paris depuis quinze jours. J’ai quitté Lyon sans rien dire à personne, un coup de tête.... Que veux-tu? je m’ennuyais trop dans cette horrible ville, surtout depuis ton départ.
“Je suis arrivé ici avec trente francs et cinq ou six lettres de M. le curé de Saint-Nizier. Heureusement la Providence m’a protège tout de suite, et m’a fait rencontrer un vieux marquis chez lequel je suis entré comme secrétaire. Nous mettons en ordre ses mémoires; je n’ai qu’à écrire sous sa dictée, et je gagne à cela cent francs par mois. Ce n’est pas brillant, comme tu vois; mais, tout compte fait, j’espère pouvoir envoyer de [73] temps en temps quelque chose à la maison sur mes économies.
“Ah! mon cher Daniel, la jolie ville que ce Paris! Ici,—du moins,—il ne fait pas toujours du brouillard; il pleut bien quelquefois, mais c’est une petite pluie gaie, mêlée de soleil et comme je n’en ai jamais vu ailleurs. Aussi je suis tout changé, si tu savais! je ne pleure plus du tout, c’est incroyable.”
J’en étais là de la lettre, quand tout à coup, sous les fenêtres, retentit le bruit sourd d’une voiture roulant dans la neige. La voiture s’arrêta devant la porte du collège, et j’entendis les enfants crier à tue-tête: “Le sous-préfet! le sous-préfet!”
Une visite de M. le sous-préfet présageait évidemment quelque chose d’extraordinaire. Il venait à peine au collège de Sarlande une ou deux fois chaque année, et c’était alors comme un événement. Mais pour le quart d’heure ce qui m’intéressait avant tout, ce qui me tenait à cœur plus que le sous-préfet de Sarlande et plus que Sarlande tout entier, c’était la lettre de mon frère Jacques. Aussi, tandis que les élèves, mis en gaieté, se culbutaient devant les fenêtres pour voir M. le sous-préfet descendre de voiture, je retournai dans mon coin, et je me remis à lire.
“Tu sauras, mon bon Daniel, que notre père est en Bretagne, où il fait le commerce du cidre pour le compte d’une compagnie. En apprenant que j’étais le secrétaire du marquis, il a voulu que je place quelques tonneaux de cidre chez lui. Par malheur le marquis ne boit que du vin, et du vin d’Espagne, encore! J’ai [74] écrit cela au père; sais-tu ce qu’il m’a répondu:—Jacques, tu es un âne! — comme toujours. Mais c’est égal, mon cher Daniel, je crois qu’au fond il m’aime beaucoup.
“Quant à maman, tu sais qu’elle est seule maintenant. Tu devrais bien lui écrire, elle se plaint de ton silence.
“J’avais oublié de te dire une chose qui, certainement, te fera le plus grand plaisir: j’ai ma chambre au Quartier latin ... au Quartier latin! pense un peu!... une vraie chambre de poète, comme dans les romans, avec une petite fenêtre et des toits à perte de vue. Le lit n’est pas large, mais nous y tiendrons deux au besoin; et puis, il y a dans un coin une table de travail où on serait très bien pour faire des vers.
“Je suis sûr que, si tu voyais cela, tu voudrais venir me trouver au plus vite; moi aussi je te voudrais près de moi, et je ne te dis pas que quelque jour je ne te ferai pas signe de venir.
“En attendant, aime-moi toujours bien et ne travaille pas trop dans ton collège, de peur de tomber malade.
“Je t’embrasse. Ton frère,
JACQUES.”
A ce moment la cloche sonna. Mes élèves se mirent en rang, ils causaient beaucoup du sous-préfet et se montraient en passant sa voiture stationnant devant la porte. Je les remis entre les mains des professeurs; puis, une fois débarrassé d’eux, je m’élançai en courant dans l’escalier. Il me tardait [75] tant d’être seul dans ma chambre avec la lettre de mon frère Jacques!
— Monsieur Daniel, on vous attend chez le principal.
Chez le principal!... Que pouvait avoir à me dire le principal?... Le portier me regardait avec un drôle d’air. Tout à coup l’idée du sous-préfet me revint.
— Est-ce que M. le sous-préfet est là-haut? demandai-je.
Et le cœur palpitant d’espoir je me mis à gravir les degrés de l’escalier quatre à quatre.
Il y a des jours où l’on est comme fou. En apprenant que le sous-préfet m’attendait, savez-vous ce que j’imaginai? Je m’imaginai qu’il avait remarqué ma bonne mine à la distribution, et qu’il venait au collège tout exprès pour m’offrir d’être son secrétaire. Cela me paraissait la chose la plus naturelle du monde. La lettre de Jacques avec ses histoires de vieux marquis m’avait troublé la cervelle, à coup sur.
Quoi qu’il en soit, à mesure que je montais l’escalier, ma certitude devenait plus grande: secrétaire du sous-préfet; je ne me sentais pas de joie....
En tournant le corridor, je rencontrai Roger. Il était très pâle; il me regarda comme s’il voulait me parler; mais je ne m’arrêtai pas: le sous-préfet n’avait pas le temps d’attendre.
Quand j’arrivai devant le cabinet du principal, le cœur me battait bien fort, je vous jure. Secrétaire de M. le sous-préfet! Il fallut m’arrêter un instant pour reprendre haleine; je rajustai ma cravate, je donnai avec mes doigts un petit tour à mes cheveux et je tournai le bouton de la porte doucement. [76]
Si j’avais su ce qui m’attendait!
M. le sous-préfet était debout, appuyé négligemment au marbre de la cheminée et souriant dans ses favoris blonds. M. le principal, en robe de chambre, se tenait près de lui humblement, son bonnet de velours à la main, et M. Viot, appelé en hâte, se dissimulait dans un coin.
Dès que j’entrai, le sous-préfet prit la parole.
— C’est donc Monsieur, dit-il en me désignant, qui s’amuse à écrire à nos femmes de chambre?
Il avait prononcé cette phrase d’une voix claire, ironique et sans cesser de sourire. Je crus d’abord qu’il voulait plaisanter et je ne répondis rien, mais le sous-préfet ne plaisantait pas; après un moment de silence, il reprit en souriant toujours:
— N’est-ce pas à monsieur Daniel Eyssette que j’ai l’honneur de parler, à monsieur Daniel Eyssette qui a écrit à la femme de chambre de ma femme?
Je ne savais de quoi il s’agissait; mais en entendant ce mot de femme de chambre, qu’on me jetait ainsi à la figure pour la seconde fois, je me sentis rouge de honte, et ce fut avec une véritable indignation que je m’écriai:
— Une femme de chambre, moi!...
A cette réponse, je vis un éclair de mépris jaillir des lunettes du principal, et j’entendis les clefs murmurer dans leur coin: “Quelle effronterie!”
Le sous-préfet, lui, ne cessait pas de sourire; il prit sur la tablette de la cheminée un petit paquet de papiers que je n’avais pas aperçus d’abord, puis se tournant vers moi et les agitant négligemment:
— Monsieur, dit-il, voici des témoignages fort [77] graves qui vous accusent. Ce sont des lettres qu’on a surprises chez la demoiselle en question. Elles ne sont pas signées, il est vrai, et, d’un autre côté, la femme de chambre n’a voulu nommer personne. Seulement dans ces lettres il est souvent parlé du collège, et, malheureusement pour vous, M. Viot a reconnu votre écriture et votre style....
Ici les clefs grincèrent férocement et le sous-préfet, souriant toujours, ajouta:
— Tout le monde n’est pas poète au collège de Sarlande.
A ces mots une idée fugitive me traversa l’esprit: je voulus voir de près ces papiers, je m’élançai; le principal eut peur d’un scandale et fit un geste pour me retenir. Mais le sous-préfet me tendit le dossier tranquillement.
— Regardez! me dit-il.
Miséricorde! ma correspondance avec Cécilia.
— Eh bien! qu’en dites-vous, seigneur don Juan? ricana le sous-préfet, après un moment de silence. Est-ce que ces lettres sont de vous, oui ou non?
Au lieu de répondre, je baissai la tête. Un mot pouvait me disculper; mais ce mot, je ne le prononçai pas. J’étais prêt à tout souffrir plutôt que de dénoncer Roger.... Car remarquez bien qu’au milieu de cette catastrophe le petit Chose n’avait pas un seul instant soupçonné la loyauté de son ami. En reconnaissant les lettres, il s’était dit tout de suite: “Roger aura eu la paresse de ne pas les recopier; il a mieux aimé faire une partie de billard de plus et envoyer les miennes.” Quel innocent, ce petit Chose! [78]
Quand le sous-préfet vit que je ne voulais pas répondre, il remit les lettres dans sa poche, et, se tournant vers le principal et son acolyte:
— Maintenant, messieurs, vous savez ce qui vous reste à faire.
Sur quoi les clefs de M. Viot frétillèrent d’un air lugubre, et le principal répondit, en s’inclinant jusqu’à terre, “que M. Eyssette avait mérité d’être chassé sur l’heure, mais qu’afin d’éviter tout scandale, on le garderait au collège encore huit jours”. Juste le temps de faire venir un nouveau maître.
A ce terrible mot “chassé”, tout mon courage m’abandonna. Je saluai sans rien dire, et je sortis précipitamment. A peine dehors, mes larmes éclatèrent.... Je courus d’un trait jusqu’à ma chambre, en étouffant mes sanglots dans mon mouchoir....
Roger m’attendait; il avait l’air fort inquiet et se promenait à grands pas, de long en large.
En me voyant entrer, il vint vers moi:
— Monsieur Daniel!... me dit-il, et son œil m’interrogeait. Je me laissai tomber sur une chaise sans répondre.
— Des pleurs, des enfantillages! reprit le maître d’armes d’un ton brutal, tout cela ne prouve rien. Voyons... vite!... Que s’est-il passé?
Alors je lui racontai dans tous ses détails toute l’horrible scène du cabinet.
A mesure que je parlais, je voyais la physionomie de Roger s’éclaircir; il ne me regardait plus du même air rogue, et à la fin, quand il eut appris comment, pour ne pas le trahir, je m’étais laissé chasser du [79] collège, il me tendit ses deux mains ouvertes et me dit simplement:
— Daniel, vous êtes un noble cœur.
A ce moment nous entendîmes dans la rue le roulement d’une voiture; c’était le sous-préfet qui s’en allait.
— Vous êtes un noble cœur, reprit mon bon ami le maître d’armes en me serrant les poignets à les briser, vous êtes un noble cœur, je ne vous dis que ça.... Mais vous devez comprendre que je ne permettrai à personne de se sacrifier pour moi.
Tout en parlant, il s’était rapproché de la porte:
— Ne pleurez pas, monsieur Daniel, je vais aller trouver le principal, et je vous jure bien que ce n’est pas vous qui serez chassé.
Il fit encore un pas pour sortir; puis, revenant vers moi comme s’il oubliait quelque chose:
— Seulement, me dit-il à voix basse, écoutez bien ceci avant que je m’en aille.... Le grand Roger n’est pas seul au monde; il à quelque part une mère infirme, dans un coin.... Une mère!... pauvre sainte femme.... Promettez-moi de lui écrire quand tout sera fini.
C’était dit gravement, tranquillement, d’un ton qui m’effraya.
— Mais que voulez-vous faire? m’écriai-je.
Roger ne répondit rien; seulement il entr’ouvrit sa veste et me laissa voir dans sa poche la crosse luisante d’un pistolet.
Je m’élançai vers lui, tout ému:
— Vous tuer, malheureux, vous voulez vous tuer? [80]
Et lui, très froidement:
— Mon cher, quand j’étais au service, je m’étais promis que si jamais, par un coup de ma mauvaise tête, je venais à me faire dégrader, je ne survivrais pas à mon déshonneur. Le moment est venu de me tenir parole....
En entendant cela, je me plantai résolument devant la porte.
— Eh bien, non! Roger, vous ne sortirez pas.... J’aime mieux perdre ma place que d’être cause de votre mort.
— Laissez-moi faire mon devoir, me dit-il d’un air farouche, et, malgré mes efforts, il parvint à entrouvrir la porte.
Alors j’eus l’idée de lui parler de sa mère, de cette pauvre mère qu’il avait quelque part, dans un coin. Je lui prouvai qu’il devait vivre pour elle, que moi j’étais à même de trouver facilement une autre place, que d’ailleurs, dans tous les cas, nous avions encore huit jours devant nous, et que c’était bien le moins qu’on attendit jusqu’au dernier moment avant de prendre un parti si terrible.... Cette dernière réflexion parut le toucher. Il consentit à retarder de quelques heures sa visite au principal et ce qui devait s’ensuivre.
Sur ces entrefaites la cloche sonna; nous nous embrassâmes, et je descendis à l’école.
Ce que c’est que de nous! J’étais entré dans ma chambre désespéré, j’en sortis presque joyeux.... Le petit Chose était si fier d’avoir sauvé la vie à son bon ami le maître d’armes!
Pourtant, il faut bien le dire, une fois assis dans ma chaire et le premier [81] mouvement de l’enthousiasme passé, je me mis à faire des réflexions. Roger consentait à vivre, c’était bien; mais moi-même, qu’allais-je devenir après que mon beau dévouement m’aurait mis à la porte du collège?
La situation n’était pas gaie, je voyais déjà le foyer singulièrement compromis, ma mère en larmes, et M. Eyssette bien en colère. Heureusement je pensai à Jacques; quelle bonne idée sa lettre avait eue d’arriver précisément le matin! C’était bien simple, après tout; ne m’écrivait-il pas que dans son lit il y avait place pour deux? D’ailleurs, à Paris, on trouve toujours de quoi vivre....
Ici, une pensée horrible m’arrêta: pour partir il fallait de l’argent; celui du chemin de fer d’abord, puis cinquante-huit francs que je devais au portier, puis dix francs qu’un grand m’avait prêtés, puis des sommes énormes inscrites à mon nom sur le livre de compte du café Barbette. Le moyen de se procurer tout cet argent?
— Bah! me dis-je en y songeant, je me trouve bien naïf de m’inquiéter pour si peu; Roger n’est-il pas là? Roger est riche, il donne des leçons en ville, et il sera trop heureux de me procurer quelque cent francs, à moi qui viens de lui sauver la vie.
Mes affaires ainsi réglées, j’oubliai toutes les catastrophes de la journée pour ne songer qu’à mon grand voyage de Paris. J’étais très joyeux, je ne tenais plus en place, et M. Viot, qui descendit à l’étude pour savourer mon désespoir, eut l’air fort déçu en voyant ma mine réjouie. A dîner, je mangeai vite et bien; dans la cour, [82] je pardonnai les arrêts des élèves. Enfin l’heure de la classe sonna.
Le plus pressant était de voir Roger; d’un bond je fus à sa chambre; personne à sa chambre. “Bon! me dis-je en moi-même, il sera allé faire un tour au café Barbette”, et cela ne m’étonna pas dans des circonstances aussi dramatiques.
Au café Barbette personne encore: “Roger, me dit-on, était allé à la Prairie avec les sous-officiers.” Que diable pouvaient-ils faire là-bas par un temps pareil? Je commençais à être fort inquiet; aussi, sans vouloir accepter une partie de billard qu’on m’offrait, je relevai le bas de mon pantalon et je m’élançai dans la neige, du côté de la Prairie, à la recherche de mon bon ami le maître d’armes.
X
L’ANNEAU DE FER
Des portes de Sarlande à la Prairie il y à bien une bonne demi-lieue, mais, du train dont j’allais, je dus ce jour-là faire le trajet en moins d’un quart d’heure. Je tremblais pour Roger. J’avais peur que le pauvre garçon n’eût, malgré sa promesse, tout raconté au principal pendant l’étude; je croyais voir encore luire la crosse de son pistolet. Cette pensée lugubre me donnait des ailes.
Pourtant, de distance en distance, j’apercevais sur la [83] neige la trace de pas nombreux allant vers la Prairie, et de songer que le maître d’armes n’était pas seul, cela me rassurait un peu.
Alors, ralentissant ma course, je pensais à Paris, à Jacques, à mon départ.... Mais au bout d’un instant mes terreurs recommençaient. — Roger va se tuer évidemment. Que serait-il venu chercher, sans cela, dans cet endroit désert, loin de la ville? S’il amène avec lui ses amis du café Barbette, c’est pour leur faire ses adieux, pour boire le coup de l’étrier, comme ils disent.... Oh! ces militaires!... Et me voilà courant de nouveau à perdre haleine.
Heureusement j’approchais de la Prairie dont j’apercevais déjà les grands arbres chargés de neige. “Pauvre ami, me disais-je, pourvu que j’arrive à temps!”
La trace des pas me conduisit ainsi jusqu’à la guinguette d’Espéron.
Cette guinguette était un endroit louche et de mauvais renom, où les débauchés de Sarlande faisaient leurs parties fines. J’y étais venu plus d’une fois en compagnie des nobles cœurs, mais jamais je ne lui avais trouvé une physionomie aussi sinistre que ce jour-là. Jaune et sale, au milieu de la blancheur immaculée de la plaine, elle se dérobait, avec sa porte basse, ses murs décrépis et ses fenêtres aux vitres mal lavées, derrière un taillis de petits ormes. La maisonnette avait l’air honteuse du vilain métier qu’elle faisait.
Comme j’approchais, j’entendis un bruit joyeux de voix, de rires et de verres choqués.
— Grand Dieu! me dis-je en frémissant, c’est le [84] coup de l’étrier. Et je m’arrêtai pour reprendre haleine.
Je me trouvais alors sur le Derrière de la guinguette; je poussai une porte à claire-voie, et j’entrai dans le jardin. Quel jardin! Une grande haie dépouillée, des massifs de lilas sans feuilles, des tas de balayures sur la neige, et des tonnelles toutes blanches qui ressemblaient à des huttes d’esquimaux. Cela était d’un triste à faire pleurer.
Le tapage venait de la salle du rez-de-chaussée, et la ripaille devait chauffer à ce moment, car, malgré le froid, on avait ouvert toutes grandes les deux fenêtres.
Je posais déjà le pied sur la première marche du perron, lorsque j’entendis quelque chose qui m’arrêta net et me glaça: c’était mon nom prononcé au milieu de grands éclats de rires. Roger parlait de moi, et, chose singulière, chaque fois que le nom de Daniel Eyssette revenait, les autres riaient à se tordre.
Poussé par une curiosité douloureuse, sentant bien que j’allais apprendre quelque chose d’extraordinaire, je me rejetai en arrière et, sans être entendu de personne, grâce à la neige qui assourdissait comme un tapis le bruit de mes pas, je me glissai dans une des tonnelles, qui se trouvait fort à propos juste au-dessous des fenêtres.
Je la reverrai toute ma vie, cette tonnelle; je reverrai toute ma vie la verdure morte qui la tapissait, son sol boueux et sale, sa petite table peinte en vert et ses bancs de bois tout ruisselants d’eau.... A travers la neige dont elle était chargée, le jour passait à peine; la [85] neige fondait lentement et tombait sur ma tête goutte à goutte.
C’est là, c’est dans cette tonnelle noire et froide comme un tombeau que j’ai appris combien les hommes peuvent être méchants et lâches; c’est là que j’ai appris à douter, à mépriser, à haïr.... Ô vous qui me lisez, Dieu vous garde d’entrer jamais dans cette tonnelle!... Debout, retenant mon souffle, rouge de colère et de honte, j’écoutais ce qui se disait chez Espéron.
Mon bon ami le maître d’armes avait toujours la parole.... Il racontait l’aventure de Cécilia, la correspondance amoureuse, la visite de M. le sous-préfet au collège, tout cela avec des enjolivements et des gestes qui devaient être bien comiques, à en juger par les transports de l’auditoire.
— Vous comprenez, mes petits amours, disait-il de sa voix goguenarde, qu’on n’a pas joué pour rien la comédie pendant trois ans sur le théâtre des zouaves. Vrai comme je vous parle! j’ai cru un moment la partie perdue, et je me suis dit que je ne viendrais plus boire avec vous le bon vin du père Espéron.... Le petit Eyssette n’avait rien dit, c’est vrai; mais il était temps de parler encore, et, entre nous, je crois qu’il voulait seulement me laisser l’honneur de me dénoncer moi-même. Alors je me suis dit: “Ayons l’œil, Roger, et en avant la grande scène!”
Là-dessus mon bon ami le maître d’armes se mit à jouer ce qu’il appelait la grande scène, c’est-à-dire ce qui s’était passé le matin dans ma chambre entre lui et moi. Ah! le misérable! il n’oublia rien.... Il criait: Ma mère! ma pauvre mère! avec des intonations de [86] théâtre. Puis il imitait ma voix: “Non, Roger! non! vous ne sortirez pas!...” La grande scène était réellement d’un haut comique, et tout l’auditoire se roulait. Moi, je sentais de grosses larmes ruisseler le long de mes joues, j’avais le frisson, les oreilles me tintaient, je devinais toute l’odieuse comédie du matin, je comprenais vaguement que Roger avait fait exprès d’envoyer mes lettres pour se mettre à l’abri de toute mésaventure, que depuis vingt ans sa mère, sa pauvre mère, était morte, et que j’avais pris l’étui de sa pipe pour une crosse de pistolet.
— Et la belle Cécilia? dit un noble cœur.
— Cécilia n’a pas parlé, elle a fait ses malles, c’est une bonne fille.
— Et le petit Daniel, que va-t-il devenir?
— Bah! répondit Roger.
Ici, un geste qui fit rire tout le monde.
Cet éclat de rire me mit hors de moi. J’eus envie de sortir de la tonnelle et d’apparaître soudainement au milieu d’eux comme un spectre. Mais je me contins: j’avais déjà été assez ridicule.
Le rôti arrivait, les verres se choquèrent:
— A Roger! à Roger! criait-on.
Je n’y tins plus, je souffrais trop. Sans m’inquiéter si quelqu’un pouvait me voir, je m’élançai à travers le jardin. D’un bond je franchis la porte à claire-voie et je me mis à courir devant moi comme un fou.
La nuit tombait, silencieuse; et cet immense champ de neige prenait dans la demi-obscurité du crépuscule je ne sais quel aspect de profonde mélancolie.
Je courus ainsi quelque temps comme un cabri [87] blessé; et si les cœurs qui se brisent et qui saignent étaient autre chose que des façons de parler, à l’usage des poètes, je vous jure qu’on aurait pu trouver derrière moi, sur la plaine blanche, une longue trace de sang.
Je me sentais perdu. Où trouver de l’argent? Comment m’en aller? Comment rejoindre mon frère Jacques? Dénoncer Roger ne m’aurait même servi de rien.... Il pouvait nier, maintenant que Cécilia était partie.
Enfin accablé, épuisé de fatigue et de douleur, je me laissai tomber dans la neige au pied d’un châtaignier. Je serais resté là jusqu’au lendemain peut-être, pleurant et n’ayant pas la force de penser, quand tout à coup, bien loin, bien loin, du côté de Sarlande, j’entendis une cloche sonner. C’était la cloche du collège. J’avais tout oublié; cette cloche me rappela à la vie: il me fallait rentrer et surveiller la récréation des élèves dans la salle.... En pensant à la salle, une idée subite me vint. Sur-le-champ mes larmes s’arrêtèrent; je me sentis plus fort, plus calme. Je me levai, et, de ce pas délibéré de l’homme qui vient de prendre une irrévocable décision, je repris le chemin de Sarlande.
Si vous voulez savoir quelle irrévocable décision vient de prendre le petit Chose, suivez-le jusqu’à Sarlande, à travers cette grande plaine blanche; suivez-le dans les rues sombres et boueuses de la ville; suivez-le sous le porche du collège; suivez-le dans la salle pendant la récréation, et remarquez avec quelle singulière persistance il regarde le gros anneau de fer qui se balance au milieu; la récréation finie, suivez-le encore [88] jusqu’à l’étude, montez avec lui dans sa chaire, et lisez par-dessus son épaule cette lettre douloureuse qu’il est en train d’écrire au milieu du vacarme et des enfants ameutes:
“
Monsieur Jacques Eyssette, rue Bonaparte, à Paris.
“Pardonne-moi, mon bien-aimé Jacques, la douleur que je viens te causer. Toi qui ne pleurais plus, je vais te faire pleurer encore une fois; ce sera la dernière, par exemple.... Quand tu recevras cette lettre, ton pauvre Daniel sera mort....”
Ici le vacarme de l’étude redouble; le petit Chose s’interrompt et distribue quelques punitions de droite et de gauche, mais gravement, sans colère. Puis il continue:
“Vois-tu, Jacques, j’étais trop malheureux. Je ne pouvais pas faire autrement que de me tuer. Mon avenir est perdu: on m’a chassé du collège; puis, j’ai fait des dettes, je ne sais plus travailler, j’ai honte, je m’ennuie, j’ai le dégoût, la vie me fait peur.... J’aime mieux m’en aller....
“Adieu, Jacques! J’en aurais encore long à te dire, mais je sens que je vais pleurer, et les élèves me regardent. Dis à maman que j’ai glissé du haut d’un rocher, en promenade, ou bien que je me suis noyé en patinant. Enfin, invente une histoire, mais que la pauvre femme ignore toujours la vérité!... Embrasse-la bien pour moi, cette chère mère; embrasse aussi notre père, et tâche de leur reconstruire vite un beau foyer.... Adieu! je t’aime. Souviens-toi de Daniel.” [89]
Cette lettre terminée, le petit Chose en commence tout de suite une autre ainsi conçue:
“Monsieur l’abbé, je vous prie de faire parvenir à mon frère Jacques la lettre que je laisse pour lui. En même temps vous couperez de mes cheveux, et vous en ferez un petit paquet pour ma mère.
“Je vous demande pardon du mal que je vous donne. Je me suis tué parce que j’étais trop malheureux ici. Vous seul, monsieur l’abbé, vous êtes toujours montré très bon pour moi. Je vous en remercie.
DANIEL EYSSETTE.”
Après quoi le petit Chose met cette lettre et celle de Jacques sous une même grande enveloppe, avec cette suscription: “La personne qui trouvera la première mon cadavre est priée de remettre ce pli entre les mains de l’abbé Germane.” Puis, toutes ses affaires terminées, il attend tranquillement la fin de l’étude.
L’étude est finie. On soupe, on fait la prière, on monte au dortoir.
Les élèves se couchent; le petit Chose se promène de long en large, attendant qu’ils soient endormis. Voici maintenant M. Viot qui fait sa ronde; on entend le cliquetis mystérieux de ses clefs et le bruit sourd de ses chaussons sur le parquet.—“Bonsoir, monsieur Viot!” murmure le petit Chose.—“Bonsoir, monsieur!” répond à voix basse le surveillant; puis il s’éloigne, ses pas se perdent dans le corridor.
Le petit Chose est seul. Il ouvre la porte doucement et s’arrête un instant sur le palier pour voir si les [90] élèves ne se réveillent pas; mais tout est tranquille dans le dortoir.
Alors il descend, il se glisse à petits pas dans l’ombre des murs. La tramontane souffle tristement par-dessous les portes. Au bas de l’escalier, en passant devant le péristyle, il aperçoit la cour blanche de neige, entre ses quatre grands corps de logis tout sombres.
Là-haut, près des toits, veille une lumière: c’est l’abbé Germane qui travaille à son grand ouvrage. Du fond de son cœur le petit Chose envoie un dernier adieu, bien sincère à ce bon abbé; puis il entre dans la salle....
Le vieux gymnase de l’école de marine est plein d’une ombre froide et sinistre. Par les grillages d’une fenêtre un peu de lune descend et vient donner en plein sur le gros anneau de fer,—oh! cet anneau, le petit Chose ne fait qu’y penser depuis des heures,—sur le gros anneau de fer qui reluit comme de l’argent.... Dans un coin de la salle un vieil escabeau dormait. Le petit Chose va le prendre, le porte sous l’anneau, et monte dessus; il ne s’est pas trompé, c’est juste à la hauteur qu’il faut. Alors il détache sa cravate, une longue cravate en soie violette qu’il porte chiffonnée autour de son cou, comme un ruban. Il attache la cravate à l’anneau et fait un nœud coulant.... Une heure sonne. Allons! il faut mourir.... Avec des mains qui tremblent le petit Chose ouvre le nœud coulant. Une sorte de fièvre le transporte. Adieu, Jacques! Adieu, Mme Eyssette!...
Tout à coup un poignet de fer s’abat sur lui. Il se sent saisi par le milieu du corps et planté debout sur ses pieds, au bas de l’escabeau. En même temps une voix [91] rude et narquoise, qu’il connaît bien, lui dit: “En voilà une idée, de faire du trapèze à cette heure!”
Le petit Chose se retourne, stupéfait.
C’est l’abbé Germane, l’abbé Germane sans sa soutane, en culotte courte, avec son rabat flottant sur son gilet. Sa belle figure laide sourit tristement, à demi éclairée par la lune.... Une seule main lui à suffi pour mettre le suicidé par terre; de l’autre main il tient encore sa carafe, qu’il vient de remplir à la fontaine de la cour.
De voir la tête effarée et les yeux pleins de larmes du petit Chose, l’abbé Germane à cessé de sourire, et il répète, mais cette fois d’une voix douce et presque attendrie:
— Quelle drôle d’idée, mon cher Daniel, de faire du trapèze à cette heure!
Le petit Chose est tout rouge, tout interdit.
— Je ne fais pas du trapèze, monsieur l’abbé, je veux mourir.
— Comment!... mourir?... Tu as donc bien du chagrin?
— Oh!... répond le petit Chose avec de grosses larmes brûlantes qui roulent sur ses joues.
— Daniel, tu vas venir avec moi, dit l’abbé.
Le petit Daniel fait signe que non et montre l’anneau de fer avec la cravate.... L’abbé Germane le prend par la main: “Voyons! monte dans ma chambre; si tu veux te tuer, eh bien! tu te tueras là-haut: il y à du feu, il fait bon.”
Mais le petit Chose résiste: “Laissez-moi mourir, monsieur l’abbé. Vous n’avez pas le droit de m’empêcher de mourir.” [92]
Un éclair de colère passe dans les yeux du prêtre: “Ah! c’est comme cela!” dit-il. Et prenant brusquement le petit Chose par la ceinture, il l’emporte sous son bras comme un paquet, malgré sa résistance et ses supplications....
Nous voici maintenant chez l’abbé Germane: un grand feu brille dans la cheminée; près du feu, il y a une table avec une lampe allumée, des pipes et des tas de papier chargés de pattes de mouche.
Le petit Chose est assis au coin de la cheminée. Il est très agité, il parle beaucoup, il raconte sa vie, ses malheurs et pourquoi il a voulu en finir. L’abbé l’écoute en souriant; puis, quand l’enfant a bien parlé, bien pleuré, bien dégonflé son pauvre cœur malade, le brave homme lui prend les mains et lui dit très tranquillement:
— Tout cela n’est rien, mon garçon, et tu aurais été joliment bête de te mettre à mort pour si peu. Ton histoire est fort simple: on t’a chassé du collège,—ce qui, par parenthèse, est un grand bonheur pour toi.... —eh bien! il faut partir, partir tout de suite, sans attendre tes huit jours.... Ton voyage, tes dettes, ne t’en inquiète pas! je m’en charge.... L’argent que tu voulais emprunter à ce coquin, c’est moi qui te le prêterai. Nous règlerons tout cela demain.... A présent plus un mot! j’ai besoin de travailler, et tu as besoin de dormir.... Seulement je ne veux pas que tu retournes dans ton affreux dortoir: tu aurais froid, tu aurais peur; tu vas te coucher dans mon lit de beaux draps blancs de ce matin!... Moi, j’écrirai toute la nuit, et si le sommeil me prend, je m’étendrai sur le canapé.... Bonsoir! ne me parle plus. [93]
Le petit Chose se couche, il ne résiste pas.... Tout ce qui lui arrive lui fait l’effet d’un rêve. Que d’événements dans une journée! Avoir été si près de la mort, et se retrouver au fond d’un bon lit, dans cette chambre tranquille et tiède!... Comme le petit Chose est bien!... De temps en temps, en ouvrant les yeux, il voit sous la clarté douce de l’abat-jour le bon abbé Germane qui, tout en fumant, fait courir sa plume, à petit bruit, du haut en bas des feuilles blanches....
...Je fus réveillé le lendemain matin par l’abbé qui me frappait sur l’épaule. J’avais tout oublié en dormant.... Cala fit beaucoup rire mon sauveur.
— Allons! mon garçon, me dit-il, la cloche sonne, dépêche-toi; personne ne se sera aperçu de rien, va prendre tes élèves comme à l’ordinaire; pendant la récréation du déjeuner je t’attendrai ici pour causer.
La mémoire me revint tout d’un coup. Je voulais le remercier; mais positivement le bon abbé me mit à la porte.
Si l’étude me parut longue, je n’ai pas besoin de vous le dire.... Les élèves n’étaient pas encore dans la cour, que déjà je frappais chez l’abbé Germane. Je le retrouvai devant son bureau, les tiroirs grands ouverts, occupé à compter des pièces d’or, qu’il alignait soigneusement par petits tas.
Au bruit que je fis en rentrant il retourna la tête, puis se remit à son travail, sans rien me dire; quand il eut fini, il referma ses tiroirs, et me faisant signe de la main avec un bon sourire:
— Tout ceci est pour toi, me dit-il. J’ai fait ton compte. Voici pour le voyage, voici pour le portier, voici pour le café Barbette, [94] voici pour l’élève qui t’a prêté dix francs.... J’avais mis cet argent de côté pour faire un remplaçant à Cadet; mais Cadet ne tire au sort que dans six ans, et d’ici là nous nous serons revus.
Je voulus parler, mais ce diable d’homme ne m’en laissa pas le temps: “A présent, mon garçon, fais-moi tes adieux... voilà ma classe qui sonne, et quand j’en sortirai, je ne veux plus te retrouver ici. L’air de cette Bastille ne te vaut rien.... File vite à Paris, travaille bien, prie le Bon Dieu, fume des pipes, et tâche d’être un homme. —Tu m’entends, tâche d’être un homme. —Car vois-tu! mon petit Daniel, tu n’es encore qu’un enfant, et même j’ai bien peur que tu ne sois un enfant toute ta vie.”
Là-dessus il m’ouvrit les bras avec un sourire divin; mais, moi, je me jetai à ses genoux en sanglotant. Il me releva et m’embrassa sur les deux joues.
La cloche sonnait le dernier coup.
— Bon! voilà que je suis en retard, dit-il en rassemblant à la hâte ses livres et ses cahiers. Comme il allait sortir, il se retourna encore vers moi:
— J’ai bien un frère à Paris, moi aussi, un brave homme de prêtre, que tu pourrais aller voir.... Mais, bah! à moitié fou comme tu l’es, tu n’aurais qu’à oublier son adresse....—Et, sans en dire davantage, il se mit à descendre l’escalier à grands pas. Sa soutane flottait derrière lui; de la main droite il tenait sa calotte, et, sous le bras gauche, il portait un gros paquet de papiers et de bouquins.... Bon abbé Germane! Avant de m’en aller, je jetai un dernier regard autour de sa chambre; je contemplai une dernière fois la grande [95] bibliothèque, la petite table, le feu à demi éteint, le fauteuil où j’avais tant pleuré, le lit où j’avais dormi si bien; et, songeant à cette existence mystérieuse dans laquelle je devinais tant de courage, de bonté cachée, de dévouement et de résignation, je ne pus m’empêcher de rougir de mes lâchetés, et je me fis le serment de me rappeler toujours l’abbé Germane.
En attendant, le temps passait.... J’avais ma malle à faire, mes dettes à payer, ma place à retenir à la diligence....
Au moment de sortir, j’aperçus sur un coin de la cheminée plusieurs vieilles pipes toutes noires. Je pris la plus vieille, la plus noire, la plus courte, et je la mis dans ma poche comme une relique; puis je descendis.
En bas, la porte du vieux gymnase était encore entr’ouverte. Je ne pus m’empêcher d’y jeter un regard en passant, et ce que je vis me fit frissonner.
Je vis la grande salle sombre et froide, l’anneau de fer qui reluisait, et ma cravate violette, avec son nœud coulant, qui se balançait dans le courant d’air au-dessus de l’escabeau renversé.
XI
LES CLEFS DE M. VIOT
Comme je sortais du collège à grandes enjambées, encore tout ému de l’horrible spectacle que je venais d’avoir, la loge du portier s’ouvrit brusquement, et j’entendis qu’on m’appelait: [96]
— Monsieur Eyssette! monsieur Eyssette!
C’était le maître du café Barbette et son digne ami M. Cassagne, l’air effaré, presque insolents.
Le cafetier parla le premier.
— Est-ce vrai que vous partez, monsieur Eyssette?
— Oui, monsieur Barbette, répondis-je tranquillement, je pars aujourd’hui même.
M. Barbette fit un bond, M. Cassagne en fit un autre; mais le bond de M. Barbette fut bien plus fort que celui de M. Cassagne, parce que je lui devais beaucoup d’argent.
— Comment! aujourd’hui même!
— Aujourd’hui même, et je cours de ce pas retenir ma place à la diligence.
Je crus qu’ils allaient me sauter à la gorge.
— Et mon argent? dit M. Barbette.
— Et le mien? hurla M. Cassagne.
Sans répondre, j’entrai dans la loge, et tirant gravement, à pleines mains, les belles pièces d’or de l’abbé Germane, je me mis à leur compter sur le bout de la table ce que je leur devais à tous les deux.
Ce fut un coup de théâtre! Les deux figures renfrognées se déridèrent, comme par magie.... Quand ils eurent empoché leur argent, un peu honteux des craintes qu’ils m’avaient montrées, et tout joyeux d’être payés, ils s’épanchèrent en compliments de condoléance et en protestations d’amitié:
— Vraiment, monsieur Eyssette, vous nous quittez? Oh! quel dommage! Quelle perte pour la maison!
Et puis des oh! des ah! des hélas! des soupirs, des poignées de main, des larmes étoffées.... [97]
La veille encore j’aurais pu me laisser prendre à ces dehors d’amitié, mais maintenant j’étais ferré à glace sur les questions de sentiment.
Le quart d’heure passé sous la tonnelle m’avait appris à connaître les hommes,—du moins je le croyais ainsi,—et plus ces affreux gargotiers se montraient affables, plus ils m’inspiraient de dégoût. Aussi, coupant court à leurs effusions ridicules, je sortis du collège et m’en allai bien vite retenir ma place à la bienheureuse diligence qui devait m’emporter loin de tous ces monstres.
En revenant du bureau des messageries, je passai devant le café Barbette, mais je n’entrai pas; l’endroit me faisait horreur. Seulement, poussé par je ne sais quelle curiosité malsaine, je regardai à travers les vitres.... Le café était plein de monde. Les nobles cœurs étaient au complet, il ne manquait que le maître d’armes.
Je regardai un moment ces grosses faces rouges je m’enfuis....
Or, comme je m’acheminais vers le collège, suivi d’un homme de la diligence pour emporter ma malle, je vis venir sur la place le maître d’armes, sémillant, une badine à la main, le feutre sur l’oreille, mirant sa moustache fine dans ses belles bottes vernies.... De loin je le regardais avec admiration en me disant: “Quel dommage qu’un si bel homme porte une si vilaine âme!...” Lui, de son côté, m’avait aperçu et venait vers moi avec un bon sourire bien loyal et deux grands bras ouverts....
— Je vous cherchais, me dit-il.... Qu’est-ce que j’apprends? Vous... [98]
Il s’arrêta net. Mon regard lui cloua ses phrases menteuses sur les lèvres. Et dans ce regard qui le fixait d’aplomb, en face, le misérable dut lire bien des choses, car je le vis tout à coup pâlir, balbutier, perdre contenance; mais ce ne fut que l’affaire d’un instant: il reprit aussitôt son air flambant, planta dans mes yeux deux yeux froids et brillants comme l’acier, et, fourrant ses mains au fond de ses poches d’un air résolu, il s’éloigna en murmurant que ceux qui né seraient pas contents n’auraient qu’à venir le lui dire.... Bandit, va!
Quand je rentrai au collège, les élèves étaient en classe. Nous montâmes dans ma mansarde. L’homme chargea la malle sur ses épaules et descendit. Moi, je restai encore quelques instants dans cette chambre glaciale, regardant les murs nus et salis, le pupitre noir tout déchiqueté, et, par la fenêtre étroite, les platanes des cours qui montraient leurs têtes couvertes de neige.... En moi-même je disais adieu à tout ce monde.
A ce moment j’entendis une voix de tonnerre qui grondait dans les classes: c’était la voix de l’abbé Germane. Elle me réchauffa le cœur et fit venir au bord des cils quelques bonnes larmes.
Après quoi je descendis lentement, regardant attentif autour de moi, comme pour emporter dans mes yeux l’image, toute l’image, de ces lieux que je ne devais plus jamais revoir. C’est ainsi que je traversai les longs corridors à hautes fenêtres grillagées où les yeux noirs m’étaient apparus pour la première fois. Dieu vous protège, mes chers yeux noirs!... Je passai aussi [99] devant le cabinet du principal, avec sa double porte mystérieuse; puis, à quelques pas plus loin, devant le cabinet de M. Viot.... Là je m’arrêtai subitement.... Ô joie, ô délices! les clefs, les terribles clefs pendaient à la serrure, et le vent les faisait doucement frétiller. Je les regardai avec une sorte de terreur religieuse; puis, tout à coup, une idée de vengeance me vint. Traîtreusement, d’une main sacrilège, je retirai le trousseau de la serrure, et, le cachant sous ma redingote, je descendis l’escalier quatre à quatre.
Il y avait au bout de la cour des moyens un puits très profond. J’y courus d’une haleine.... A cette heure la cour était déserte; la fée aux lunettes n’avait pas encore relevé son rideau. Tout favorisait mon crime. Alors, tirant les clefs de dessous mon habit, ces misérables clefs qui m’avaient tant fait souffrir, je les jetai dans le puits de toutes mes forces.... Frinc! frinc! frinc! Je les entendis dégringoler, rebondir contre les parois, et tomber lourdement dans l’eau qui se referma sur elles; ce forfait commis, je m’éloignai souriant.
Sous le porche, en sortant du collège, la dernière personne que je rencontrai fut M. Viot, mais un M. Viot sans ses clefs, hagard, effaré, courant de droite et de gauche. Quand il passa près de moi, il me regarda un moment avec angoisse. Le malheureux avait envie de me demander si je ne les avais pas vues. Mais il n’osa pas.... A ce moment le portier lui criait du haut de l’escalier, en se penchant:
— Monsieur Viot, je ne les trouve pas!
J’entendis l’homme aux clefs faire tout bas: [100]
— Oh! mon Dieu!
Et il partit comme un fou à la découverte.
J’aurais été heureux de jouir plus longtemps de ce spectacle, mais le clairon de la diligence sonnait sur la place d’Armes, et je ne voulais pas qu’on partit sans moi.
Et maintenant, adieu pour toujours, grand collège enfumé, fait de vieux fer et de pierres noires; adieu, vilains enfants! adieu, règlement féroce! Le petit Chose s’envole et ne reviendra plus. Et vous, marquis de Boucoyran, estimez-vous heureux: on s’en va, sans vous allonger ce fameux coup d’épée, si longtemps médité avec les nobles cœurs du café Barbette....
Fouette, cocher! Sonne, trompette! Bonne vieille diligence, fais feu de tes quatre roues, emporte le petit Chose au galop de tes trois chevaux.... Emporte-le bien vite dans sa ville natale, pour qu’il embrasse sa mère chez l’oncle Baptiste, et qu’ensuite il mette le cap sur Paris et rejoigne au plus vite Eyssette (Jacques) dans sa chambre du Quartier latin!...
XII
L’ONCLE BAPTISTE
Un singulier type d’homme que cet oncle Baptiste, le frère de Mme Eyssette! Ni bon ni méchant, marié de bonne heure à un grand gendarme de femme avare et maigre qui lui faisait peur, ce vieil enfant n’avait [101] qu’une passion au monde: la passion du coloriage. Depuis quelque quarante ans il vivait entouré de godets, de pinceaux, de couleurs, et passait son temps à colorier des images de journaux illustrés. La maison était pleine de vieilles Illustrations! de vieux Charivaris! de vieux Magasins pittoresques! de cartes géographiques! tout cela fortement enluminé. Même dans ses jours de disette, quand la tante lui refusait de l’argent pour acheter des journaux à images, il arrivait à mon oncle de colorier des livres. Ceci est historique: j’ai tenu dans mes mains une grammaire espagnole que mon oncle avait mis en couleurs d’un bout à l’autre, les adjectifs en bleu, les substantifs en rose, etc....
C’est entre ce vieux maniaque et sa féroce moitié que Mme Eyssette était obligée de vivre depuis six mois. La malheureuse femme passait toutes ses journées dans la chambre de son frère, assise à côté de lui et s’ingéniait à être utile. Elle essuyait les pinceaux, mettait de l’eau dans les godets.... Le plus triste, c’est que, depuis notre ruine, l’oncle Baptiste avait un profond mépris pour M. Eyssette, et que du matin au soir la pauvre mère était condamnée à entendre dire: “Eyssette n’est pas sérieux! Eyssette n’est pas sérieux!” Ah! le vieil imbécile! il fallait voir de quel air sentencieux et convaincu il disait cela, en coloriant sa grammaire espagnole! Depuis j’en ai souvent rencontré dans la vie, de ces hommes soi-disant très graves, qui passaient leur temps à colorier des grammaires espagnoles et trouvaient que les autres n’étaient pas sérieux.
Tous ces détails sur l’oncle Baptiste et l’existence lugubre que Mme Eyssette menait chez lui, je ne les [102] connus que plus tard; pourtant, dès mon arrivée dans la maison, je compris que, quoi qu’elle en dit, ma mère ne devait pas être heureuse.... Quand j’entrai, on venait de se mettre à table pour le dîner. Mme Eyssette bondit de joie en me voyant, et, comme vous pensez, elle embrassa son petit Chose de toutes ses forces. Cependant la pauvre mère avait l’air gênée; elle parlait peu,—toujours sa petite voix douce et tremblante, les yeux dans son assiette. Elle faisait peine à voir avec sa robe étriquée et toute noire.
L’accueil de mon oncle et de ma tante fut très froid. Ma tante me demanda d’un air effrayé si j’avais dîné. Je me hâtai de répondre que oui.... La tante respira; elle avait tremblé un instant pour son dîner. Joli, le dîner! des pois chiches et de la morue.
L’oncle Baptiste, lui, me demanda si nous étions en vacances.... Je répondis que je quittais l’Université, et que j’allais à Paris rejoindre mon frère Jacques, qui m’avait trouvé une bonne place. J’inventai ce mensonge pour rassurer la pauvre Mme Eyssette sur mon avenir, et puis aussi pour avoir l’air sérieux aux yeux de mon oncle.
En apprenant que le petit Chose avait une bonne place, la tante Baptiste ouvrit de grands yeux.
— Daniel, dit-elle, il faudra faire venir ta mère à Paris.... La pauvre chère femme s’ennuie loin de ses enfants; et puis, tu comprends! c’est une charge pour nous, et ton oncle ne peut pas toujours être la vache à lait de la famille.
— Le fait est, dit l’oncle Baptiste, la bouche pleine, que je suis la vache à lait.... [103]
Cette expression de vache à lait l’avait ravi, et il la répéta plusieurs fois avec la même gravité....
Le dîner fut long, comme entre vieilles gens. Ma mère mangeait peu, m’adressait quelques paroles et me regardait à la dérobée; ma tante la surveillait.
— Vois ta sœur! disait-elle à son mari, la joie de retrouver Daniel lui coupe l’appétit. Hier elle a pris deux fois du pain, aujourd’hui une fois seulement.
Ah! chère madame Eyssette! comme j’aurais voulu vous emporter ce soir-là, comme j’aurais voulu vous arracher à cette impitoyable vache à lait, et à son épouse; mais, hélas! je m’en allais au hasard moi-même, ayant juste de quoi payer ma route, et je pensais bien que la chambre de Jacques n’était pas assez grande pour nous tenir tous les trois. Encore si j’avais pu vous parler, vous embrasser à mon aise; mais non! On ne nous laissa pas seuls une minute.... Rappelez-vous: tout de suite après dîner l’oncle se remit à sa grammaire espagnole, la tante essuyait son argenterie, et tous deux ils nous épiaient du coin de l’œil.... L’heure du départ arriva, sans que nous eussions rien pu nous dire.
Aussi le petit Chose avait le cœur bien gros, quand il sortit de chez l’oncle Baptiste; et en s’en allant, tout seul, dans l’ombre de la grande avenue qui mène au chemin de fer, il se jura deux ou trois fois très solennellement de se conduire désormais comme un homme et de ne plus songer qu’à reconstruire le foyer.
NOTES
Page LINE Title. Le Petit Chose, ‘Little What’s-his-name,’ or ‘Little What-do-you-call-him’:
so also Monsieur Chose, Madame Chose.
(chapter i. full=i)
2. Languedoc: an old province of the south of France, so called from the name given to the language of its inhabitants, who used the word oc as an affirmative, and were said to speak the langue d’oc as distinguished from the dialect spoken north of the Loire, which expressed the affirmative by oïl and was called the langue d’oïl. 5. Carmélites: nuns of the order of mount Carmel. Their congregation was introduced into France in 1452. 13. aussi: note the inversion. In sentences beginning with aussi, ‘therefore,’ ‘so’; à peine, ‘hardly’; peut-être, ‘perhaps’; toujours, ‘still’; au moins, ‘at least’; encore, ‘yet,’ ‘even then,’ and a few more, the interrogative form of the verb is used.
7. Marseille, ‘Marseilles,’ Note the difference in spelling. So also Lyon (p. 9 l. 8.) qui lui emportait plus de quarante mile francs, ‘who robbed him of more than 40,000 francs.’ Why not plus que? 13. la grève des ourdisseuses, ‘the strike of the warping-women. ’La grève, originally=‘the strand,’ ‘beach.’ La Place de Grève, situated on the banks of the Seine, was the Tyburn of ancient Paris. It was also in olden times the rendezvous for the unemployed, hence the meaning ‘strike.’ Cf. se mettre en grève, faire grève, les grévistes. 16. la Révolution: i.e. the Revolution of February 24, 1848, which caused Louis- Philippe, ‘king of the French,’ to abdicate and a republic to be proclaimed. 17. coup de grâce, ‘the finishing stroke.’ Learn the following:— p. 3 l. 23, tout à coup, ‘suddenly.’ p. 5 l. 19, pour le coup, ‘this time.’ p. 21 l. 19, le coup de sonnette, ‘the ring at the bell.’ p. 72 l. 20, un coup de tête, ‘a rash act.’ p. 75 l. 18, à coup sûr, ‘to be sure,’ ‘certainly.’ p. 96 l. 22, un coup de théâtre, ‘a clap-trap, transformation scene.’ p. 100 l. 12, un coup d’épée, ‘a sword-thrust.’ 18. à partir de, ‘from,’ ‘beginning from.’ ne battit plus que d’une aile, ‘was on its last legs,’ i.e. like a bird that is wounded and can fly with only one wing. 20. un métier bas, ‘one loom put aside.’ 21. table d’impression, ‘printing-block,’ 24. du second: sc. étage. 25. condamnée, ‘shut up.’ Pronounce condané. 27. agonisa, ‘was on the verge of ruin.’
13. assister à l’agonie: note assister à qc., ‘to be present at something’; assister qn., to help some one.’ The original meaning of assister=‘to stand by,’ ‘to be present’; then ‘to stand by a person,’ i.e. ‘to assist him.’ Les assistants, ‘those present,’ or ‘the bystanders.’ 16. à ma guise, ‘to my heart’s content.’ 22. par exemple, ‘however.’ The meaning of this expression varies according to the context. It can mean ‘however,’ ‘indeed,’ ‘well now,’ ‘to be sure,’ ‘bless me,’ etc. 24-29. c’était dans l’habitude . . à tout ce qui l’entourait, ‘his was usually a fiery, violent, immoderate nature, given to shouting, breaking and storming. In reality, he was an excellent man; quick, however, with his hands, loud in his speech, and prompted by an imperious desire to make all those around him tremble.’ 31. à qui s’en prendre, ‘on whom to lay the blame.’ Note the expletive use of en and cf.— en vouloir à qn., ‘to have a grudge against some one.’ en venir aux mains, ‘to come to blows.’ il en est de même de . ., ‘it is the same with . .’
1. mistral: a dry cutting NW. wind which blows across the south coast of France. It is especially prevalent in the Rhone valley. 6. n’étaient pas en odeur de sainteté, ‘were not looked upon with much favour.’ 19. à voix basse, ‘in a whisper’; but à haute voix, ‘in a loud voice.’ 23. mon grand frère l’abbé, ‘my big brother the clergyman,’ i.e. Henri Daudet, professor at the College of the Assumption at Nîmes. He died at the early age of twenty-four. The term abbé originally meant the Superior of an abbey, then was extended to any ecclesiastic. 31. un singulier enfant que mon frère Jacques: i.e. mon frère Jacques était un singulier enfant. Note the que of emphatic inversion. It is a very common type of construction. Cf. p. 73 l. 3, la jolie ville que ce Paris! p. 100 l. 22, un singulier type d’homme que cet oncle Baptiste!
2. les yeux rouges et la joue ruisselante: note the absence of a preposition corresponding to the English ‘with.’ It is a very characteristic French idiom. 12. que veux-tu, mon ami? ‘how can we help it, my dear?’ lit. ‘what would you have (him do)?’ 16. qu’avait cet étrange garçon: inversion frequently occurs in relative clauses, especially when the subject is longer than the verb. 18. désolation, ‘distress’; désolé, ‘grieved,’ ‘disconsolate,’ not ‘desolate.’ 19. c’est pour le coup . . à son aise, ‘this was a grand opportunity for him to sob to his heart’s content.’ 31. une douzaine d’années: the suffix -aine added to numerals generally implies an approximate number; une quinzaine, ‘about fifteen.’
5. mon fidèle Vendredi: Robinson Crusoe’s servant and companion. 12. je le jouais, ‘I acted it.’ 21. tenait son emploi, ‘played his part.’ 24. toujours est-il que, ‘anyhow.’ Cf. note, p. 1 l. 13. 28. j’en avais quelquefois le cœur bouleversé, ‘my courage was sometimes shaken.’
1. gros mots d’enfants de la rue, ‘coarse expressions of the street arabs.’ 3. en pleine table, ‘before the whole table.’ Cf.— p. 25 l. 11, en pleine montagne, ‘right on the hill side, ‘in the heart of the mountains.’ p. 64 l. 20, en pleine révolte, ‘in open mutiny.’ p. 65 l. 30, en pleine étude, ‘before the whole class.’ So also— en plein air, ‘in the open air.’ en pleine rue, ‘in the middle of the street.’ en plein hiver, ‘in the depths of winter.’ 11. ukase: a Russian term for an ‘edict’ or imperial order. 13. loge, ‘porter’s lodge.’ du côté de, ‘somewhere about,’ ‘in the direction of. ’Note this use of de of motion ‘towards,’ and cf. de mon côté (p. 8. l. 12), du côté de sa chère fabrique (p. 10 l. 6), etc. Don’t confuse with à côté de; see note, p. 11 l. 3. 26. se dégoûta de, ‘became tired of.’ 28. au fond de, ‘in the remotest parts of.’ Note il sait l’anglais a fond, ‘he knows English thoroughly.’
10. de bonne heure, ‘early’; à la bonne heure, ‘all right,’ ‘well done,’ ‘capital!’ Like par exemple (see note, p. 3 l. 22), the latter derives its meaning from the context or tone in which it is said. Note sur l’heure (p. 78 l. 8), ‘immediately,’ ‘at once’; tout à l’heure, ‘a moment ago,’ ‘presently.’ 14. juste Dieu! ‘good gracious!’ ‘gracious me!’ So also grand Dieu (l. 29). These and similar exclamations, e.g. mon Dieu!—ah! mon Dieu!—mon Dieu, oui! must not be translated literally. There is no idea of profanity attached to them. 16. à plat ventre, ‘flat on my face.’ 19. c’est égal, ‘all the same.’ 30. il n’en fut rien, ‘nothing of the kind happened.’
1. dès qu’ils furent partis, je courus: after après que, aussitôt que, dès que, à peine, quand, lorsque, the Past Anterior, not the Pluperfect, must be used when the principal verb is in the preterite. In other words, the auxiliary of the compound verb must be in the same tense as the verb in the principal sentence. 22. il avait pris les devants, ‘he had gone on in front.’ 26. Beaucaire: a fine town on the right bank of the Rhone. It is connected with Tarascon by a splendid suspension-bridge, and is famous for its fair held annually in July, and frequented by many thousands of people. Daudet gives a graphic account of it in Numa Roumestan.
2. Un parapluie: note the gender; nouns ending in e mute preceded by a vowel are usually feminine. Other exceptions are génie, incendie, lycée, musée. 3. tout de même, ‘all the same.’ (chapter ii. full=ii)
3. à côté de, ‘by the side of,’ ‘beside.’ Cf. note, p. 7 l. 13. Distinguish also à côté and de côté; e.g. il demeure à côté, ‘he lives close by’; la maison d’à côté ‘the next house’; le tableau est de côté ‘the picture is on one side’; un regard de côté, ‘a side glance.’ 7. large, ‘broad,’ never ‘large.’ 8. le ciel riait, ‘the sky was radiant.’ 9. descendaient au fil de l’eau, ‘were going down stream.’ 19. ma foi! ‘upon my word!’ ‘faith!’ not ‘my faith!’ Never translate this expression literally.
3. serrés les uns contre les autres, ‘closely packed.’ 9. à tâtons, ‘groping his way along.’ qui vive? ‘who goes there?’ The challenge of a French sentinel. 14. et en route, ‘and moved off.’ 21. ah! mon Dieu! see note, p. 8 l. 14. 23. me serra plus fort, ‘grasped my hand more firmly.’ 29. s’il parlait, je crois bien: on l’entendait d’une lieue, ‘I should rather think it was talking, you could hear it a mile off.’ The sentence is elliptical, vous demandez being understood before s’il. Note the idiomatic use of bien, and cf. je le veux bien, ‘I am perfectly willing’; voulez-vous bien vous en aller, ‘won’t you go away!’ je donnerais bien un franc, ‘I shouldn’t mind giving a franc.’ 30. trouble, ‘agitation,’ ‘confusion,’ not ‘trouble,’ the French for which is peine, chagrin, douleur. Les troubles=‘rebellion,’ ‘rising,’ e.g. des troubles éclatèrent en France.
9. plus de Vendredi! plus de perroquet . . . plus possible: plus is often used negatively without ne when the verb is understood. Trans. ‘without a Friday, or a parrot, a Robinson would not be possible any longer.’ 10. le moyen: elliptical for dites-moi le moyen. Trans. ‘how was it possible to . . .’ or ‘how could one . . .’ 11. d’ailleurs, ‘besides’; ailleurs=‘elsewhere.’ 13. rue Lanterne: note omission of preposition and article. 28. le lendemain soir: note this is the correct way of expressing in French ‘next evening’; cf. le lendemain matin.
17. s’y maria, ‘got married there.’ Note marier, ‘to give in marriage,’ or ‘to perform the marriage ceremony’; e.g. le curé les a mariés; se marier avec, ‘to be married to,’ e.g. elle s’est mariée avec Monsieur B., or elle a épousé Monsieur B. 20. gros ouvrage, ‘rough work.’ 26. par exemple: see note, p. 3 l. 22. 27. lui non plus, ‘either,’ added for emphasis at the end of the sentence. 29. avait fini par le prendre en grippe, ‘had at length taken a dislike to him.’ l’abreuvait de taloches, ‘rapped his head at every turn.’ 31. le fait est: a favourite expression of Daudet. It does not correspond to the English ‘the fact is,’ which generally denotes a contradiction, but rather strengthens what has been said. Trans. ‘indeed.’
2. perdait tous ses moyens, ‘completely lost his wits.’ 9. le voilà qui prend: the use of le voilà is very emphatic; voi is the imperative of voir, and le voilà=vois-le là. 18. tu as beau lui dire, ‘it is no use your telling him.’ Avoir beau + infinitive is ironical, and elliptical for avoir beau temps pour, i.e. to have a fine opportunity, but to no purpose; cf. the English ‘it is all very fine for you to tell him.’ 19. tout de même: see note, p. 10 l. 3. 30. pourvu qu’il ne lui soit rien arrivé, ‘I hope nothing has happened to him.’ 31. parbleu: a euphemism for pardieu. Trans. ‘why, of course not.’
15. recteur: as far as education is concerned, France is divided into seventeen académies, each under a recteur, who represents the Ministre de l’instruction publique. 24. de bonne foi, ‘honestly’; cf. de bon cœur, ‘gladly’ (p. 35 l. 28); de meilleur cœur, ‘more cheerfully,’ ‘more willingly’ (p. 49 l. 27). 28. non plus: see note, p. 14 l. 27.
1. gones: provincial slang, ‘street arabs.’ 2. blouse à carreaux: note the French à of description where we say ‘with’; cf.— p. 33 l. 14, un personnage à favoris rouges. p. 35 l. 20, la fée aux lunettes. p. 35 l. 24, l’ homme aux moustaches. p. 42 l. 20, l’ homme aux clefs. p. 52 l. 28, ses souliers à boucles. 5. Tiens! expresses surprise and may be rendered, according to the context, by ‘here!’ ‘look here!’ ‘I say!’ ‘halloa!’ ‘well, I never!’ etc. 6. me prit en aversion, ‘took a violent dislike to me’; cf. note, p. 14 l. 29. 7. du bout des lèvres, ‘in a most casual manner’; cf. rire du tout des lèvres. 16. sentaient bon, ‘smelt very nice.’ For other adjectives used as adverbs cf. parlant haut (p. 40 l. 27); il s’arrêta court (p. 43 l. 26); ne pas manger tranquille (p 51 l. 23); prier ferme (p. 56 l. 2); il s’arrêta net (p. 98 l. 1). 20. moisis, fanés, sentant le rance, ‘mouldy, musty and frowsy.’ Sentir le rance, ‘to smell rancid,’ lit. ‘to smell of rancidity’ (cf. sentir le vin, le tabac, etc.). The term ‘rancid’ could not be applied here. In English it is only used of oil and similar substances. 22. faisait bien de son mieux, ‘did indeed his very best.’
4. boursier, ‘foundation scholar’; cf. the Scotch ‘bursar.’ 6. ma foi! see note, p. 11 l. 19. 10. le givre fouettait les vitres, ‘the frozen rain was beating against the window-panes.’ 13. j’ai reçu votre honorée du 8 courant, ‘I have received your favour of the 8th instant. (chapter iii. full=iv)
6. fermer à double tour, ‘double-lock.’ 16. pour toute réponse, ‘by way of answer.’ 17. veste, ‘jacket’ gilet=‘vest,’ ‘waistcoat.’
7. songez donc! ‘just think!’ 10. qu’il n’y avait encore de fait que les quatre premiers vers, ‘that the first four lines only were done so far.’ 17. jamais il n’en put venir a bout, ‘he could never get through.’ En is used here as the object, ce reste, to which it refers, precedes the verb for the sake of emphasis. Note n’en put, somewhat archaic for ne put en . . . 18. que voulez-vous? ‘there is no help for it!’ See note, p. 5 l. 12. 21. le poète eut beau faire: see note, p. 15 l. 18.
1. parbleu! ‘of course!’ See note, p. 15 l. 31. 3. si le lecteur le veut bien, ‘if the reader has an objection.’ Note lecteur, lectrice, ‘reader’; lecture, ‘reading’; conférence, ‘lecture’; conférencier, ‘lecturer.’ 4. est en train de: cf. être en train de travailler, ‘to be busy working.’ 5. enjambée: the suffix -ée denotes quantity; e.g. p. 36 l. 5, poignée, ‘handful’; p. 47 l. 2, nuée, ‘thick cloud,’ ‘swarm.’ 12. la même chanson, ‘the same old tune.’ 13. misère, ‘poverty,’ ‘want,’ not misery’; les misères, ‘hardships’; une misère, ‘a trifle.’ les affaires qui ne vont pas, ‘business not prospering.’ en retard, ‘in arrears,’ ‘to be paid up.’ 15. l’argenterie au mont-de-piété, ‘the pawning of the family plate.’ Monts-de-piété, ‘pawnshops,’ were founded out of piety to enable people in straitened circumstances to escape the exorbitant usury of the Jews, and borrow money at a reasonable rate of interest. The most ancient of these was established at Perugia, 1477, and situated on a mountain; hence its name. The name and system were introduced into France, where these institutions were put under Government control. Had such benevolent establishments only been introduced into England under the same conditions thousands of people might have been saved from utter ruin. 19. huissier, ‘bailiff,’ lit, one who keeps the huis or ‘door.’ 23. achevait sa philosophie, ‘was finishing his course of philosophy,’ i.e. was completing his school education. The order of the forms in a French school, beginning with the lowest, is neuvième, huitième, septième, sixième, cinquième, quatrième, troisième, seconde, première, philosophie. 29. Eyssette père, ‘Eyssette senior’ so Eyssette fils (p. 24 l. 21), ‘Eyssette junior.’
20. un parti à prendre, ‘one decision to come to.’ Note prendre son parti, ‘to make up one’s mind’; épouser un bon parti, ‘to make a good match’; tirer parti de, ‘to turn to account.’ Distinguish carefully from la part, ‘share,’ and la partie, ‘part,’ ‘portion,’ ‘game,’ etc. 22. de notre côté, ‘for ourselves.’ Cf. note, p. 7 l. 13. 28. jusqu’à nouvel ordre, ‘until matters improve.’ 31. comme commis-voyageur à la société vinicole, ‘as a commercial traveller for the wine-growers’ society.’
3. justement je reçois, ‘it just happens that I have received.’ 4. maître d’étude, ‘usher.’ 10. c’est bien, ‘very well.’ 19. qu’on s’occupe de sa malle, ‘let some one see to his trunk being packed.’ 23. fait au . ., ‘accustomed to . .’ 28. Eyesette: names of persons or families are invariable in the plural, e.g. les Corneille et les Racine, except certain well-known historical names, chiefly of dynasties, e.g. les Césars, les Tudors, les Bourbons. But when used as common nouns to denote ‘persons like’ or ‘works by’ those named, they are variable. In the latter case, however, they only take the mark of the plural, according to some grammarians, when speaking of different editions, not of several copies of the same edition.
17. Académie: see note, p. 16 l. 15. 20. n’ayant rien qui sentît le pédant, ‘having nothing about him which savoured of the pedant.’ Cf. note, p. 17 l. 20. Why is sentît subjunctive? 23. brave: note un brave homme, ‘a good, honest man’; un homme brave, ‘a brave, courageous man.’ 25. ah! mon Dieu! ‘why!’ Cf. note, p. 8 l. 14. 27. mauviette, ‘delicate’; une mauviette, lit. ‘a lark.’
6. mais enfin, ‘however.’ 9. baraque: slang for ‘school.’ 10. collège communal, ‘communal’ or ‘municipal school.’ Distinguish carefully between a lycée and a collège. The former is kept up entirely by the State; the latter partly by the State, partly by the town. Both provide ‘secondary’ education. 11. Sarlande: a fictitious name. Alais was the place where Daudet really went. en pleine montagne: see note, p. 7 l. 3. Alais is near the Cévennes mountains. 16. la lettre terminée: this construction of a noun or pronoun with a participle, standing independently of any other word in the sentence, and representing a subordinate clause, is very common in French. It is the exact equivalent of the ablative absolute in Latin. 20. quatre à quatre, ‘four steps at a time,’ lit. ‘four by four.’ Cf. peu à peu (p. 40 l. 25); goutte à goutte (p. 83 l. 1). 21. séculaire, ‘ancient,’ lit. ‘centuries old.’ ‘Secular’ in French is séculier. 28. cabaret: a small public-house where food and drink only are supplied, not lodging, as in an auberge (p. 36 l. 9).
1. au compagnon du tour de France, ‘the Oddfellows’ Arms.’ A compagnon was a workman affiliated to a ‘Trade Union’ (compagnonnage). As an emblem of their association the compagnons carried long canes with ribbons tied to them. Note that in French, as in German, the dative is used in the signs of inns, shops, etc.; e.g. à la Toison d’or, au Cerf-Volant, à la ville de Marseille; zum goldenen Löwen. 2. voici mon affaire, ‘this is just what I want.’ 13. un vieux coureur de tavernes, ‘an habitué of public-houses.’ 19. miséricorde! ‘gracious me!’ 22. eh! mon Dieu, oui, ‘yes indeed.’ 23. anciennement, ‘formerly.’ Cf. note, p. 28 l. 31.
12. justice divine! see note, p. 8 l. 14. 17. mouillettes: long narrow pieces of bread to dip into wine or boiled eggs. 19. Un vieux Château-Neuf-des-Papes: a famous wine, so called from the name of a vineyard near Avignon. 25. va trinquer, ‘is going to have a friendly glass with us.’ Trinquer, ‘to touch glasses,’ a continental fashion when drinking some one’s health. Cf. German trinken, and English to ‘clink’ glasses. 29. à quoi encore? ‘and what next?’
9. enfin, ‘still,’ ‘however.’ 21. que voulez-vous? see notes, p. 5 l. 12 and p. 20 l. 18. 31. ancien, ‘former.’ Cf. quelques anciens (p. 63 l. 14), ‘a few old boys (of the school).’ So un nouveau (p. 30 l. 21), ‘a new boy.’
1. à toutes jambes, ‘as fast as he could.’ 7. bout: trans. ‘vestige.’ Note— un bout d’homme, ‘a little bit of a man.’ un bout de conversation, ‘a short chat.’ un bout de papier, ‘a scrap of paper.’ un bout de lettre, ‘a line.’ 8. qui dépasse, ‘overhanging.’ plus . . plus: see note, p. 13 l. 9. (chapter iv. full=v) 17. que la montagne enserre de partout, ‘which is closed in on all sides by the mountains.’ 21. tramontane, ‘north wind. A term used along the French Mediterranean. It comes from the Italian tramontana, ‘on the other side the Alps.’ 25. place d’armes, ‘parade-ground.’
3. impériale, ‘seat behind the driver.’ The stage-coach of olden times in France was divided into four compartments—(1) le coupé ‘the seat facing the horses,’ and hence the most expensive; (2) l’intérieur, the seat inside’; (3) la rotonde, ‘the back seat’; (4) l’impériale, a word now used for the top of an omnibus or tramway. 29. pour le quart d’heure, ‘at present,’ just now.’ M. le principal. ‘the headmaster.’ In French it is usual to prefix monsieur, madame, mademoiselle, etc., when speaking of a person to whom respect is due. Thus Monsieur votre père, Madame votre mère, but of course you would not say Monsieur mon père.
9. Monsieur, ‘the young gentleman.’ 11. le fait est que: see note, p. 14 l. 31. 14. Veillon l’aîné, ‘Veillon major.’ 30. avant 89: i.e. before the French Revolution of 1789.
6. matelassée, ‘padded.’ 10. tout au fond, ‘right at the end.’ 22. pâlotte et sèche, ‘rather pale and wizen.’ 27. pour le coup: see note, p. 5 l. 19.
2. finit par: see note, p. 14 l. 29. 16. surveillant général: the duty of this official is not to teach but to supervise, i.e. to go round the school and see that masters and boys are doing their respective duties. 21. grinçaient, ‘jingled.’ Lit. grincer=‘to grind,’ ‘gnash.’ frinc! ‘clink!’ 26. s’agitèrent, ‘rattled.’ 28. allons donc! ‘nonsense!’
3. veut bien, ‘will be kind enough.’ Cf. note, p. 12 l. 29. 4. tutelle, ‘protection.’ Tuteur, tutrice=‘guardian’; ‘tutor’=précepteur. 8. sa bienveillance m’était acquise, ‘I could certainly rely upon his kindness.’ 11. il fallait les entendre, ‘you should have heard them.’ avec frénésie, ‘frantically.’ 15. couchiez: note coucher, ‘to spend the night’; se coucher, ‘to go to bed.’ 21. le règlement de la maison, ‘a copy of the school rules.’ 28. un peu de lune, ‘a moonbeam.’ 29. s’orienter, ‘to find one’s bearings’; lit. to find out where you are in relation to the ‘orient’ or ‘east’ and the other cardinal points.
1. à mes côtés, ‘beside me.’ See note, p. 11 l. 3. 3. si rapide qu’elle eût été: note this use of si . . que instead of quelque . . que, ‘however.’ In all such concessive sentences the subjunctive is necessary. 7. lunettes, ‘spectacles’; la lunette=telescope.’ 23. mince affaire, ‘easy matter.’ 26. disposition, ‘disposal,’ not ‘disposition,’ which in French is generally rendered by le caractère or le naturel. 29. avait l’air très bon enfant, ‘looked a very good fellow.’ Distinguish— il a l’air bon, ‘he looks kind.’ il a bon air, ‘he looks gentlemanly.’ 30. chemin faisant, ‘on the way.’
2. chasseurs d’Afrique, ‘African light cavalry.’ Cf. note, p. 85 l. 18. acheva de: trans. by an adverb, ‘completely.’ 5. force poignées de main, ‘a good deal of hand-shaking.’ What part of speech is force? 16. plus de toit . . plus do foyer: see note, p. 13 l. 9. Foyer=‘hearth,’ and in some phrases is used for ‘home.’ 18. misère: not ‘misery.’ 20. à lui tout seul, ‘all by himself.’ 24. se mettre au courant de, ‘to post himself up in.’ 26. de la propre main de M. Viot, ‘in M. Viot’s own hand-writing.’
5. appointements, ‘salaries.’ Traitement is generally used for the salary of civil servants and professional men. 17. ou bien, ‘or else.’
3. un original, ‘an eccentric fellow.’ 21. parbleu! c’est bien le cas de dire . . ‘by Jove! one may indeed say . .’ 25. en rit: rire and sourire with à imply greeting, with de derision. 28. pour avoir seulement quelques pouces de plus, ‘to have been so much as a few inches taller.’ 30. ça ne fait rien, ‘never mind,’ ‘no matter.’ 31. pour passer sous la même toise, ‘to be measured by the same standard.’ Toise ‘fathom,’ an old length measure about 6 ft. 5 in., used for measuring the height of conscripts.
3. Je paye un punch d’adieu, ‘I’ll pay for a farewell glass of punch.’ Punch, from an Indian word meaning ‘five,’ so called from its five ingredients, viz. spirit, water, lemon, sugar and spice. It is also called ‘contradiction,’ because it is composed of spirit to make it strong, water to make it weak, lemon juice to make it sour, and sugar to make it sweet. 4. je veux que vous en soyez: cf. êtes-vous des nôtres? ‘are you one of our party?’ or ‘won’t you join us?’ 14. le ban et l’arrière-ban des habitués, ‘the whole body of the frequenters.’ The ban in the Middle Ages=the immediate vassals of the king, i.e. those under his banner; the arrière-ban=the reserve force, composed of older citizens, who did not take up arms except in moments of peril. 17. à dire vrai, ‘to tell the truth.’ Cf. à tout prendre, ‘upon the whole’; à bien regarder, ‘on close consideration.’ 28. en somme, vous êtes bien tombé, ‘on the whole you have fallen on your feet.’ 29. absinthe: a plant having a somewhat strong smell and bitter taste. It is used for medicinal purposes, and also for the preparation of the liqueur known as ‘absinthe.’ 30. à la boîte: cf. baraque, p. 25 l. 9. 31. vous ne serez pas trop mal, ‘you will not be too badly off.’
2. l’étude des petits, ‘the junior school.’ So l’étude des moyens (p. 51 l. 5), ‘the middle school.’ 3. qu’on mène à la baguette, ‘that you can rule with a rod of iron.’ 4. méchant. Note— un méchant homme, ‘a bad or wicked man.’ un homme méchant, ‘a mischievous or spiteful man.’ Cf. note, p. 24 l. 23. 6. père Viot, ‘old Viot.’ 11. les fonctions d’économe, ‘the duties of a bursar.’ 15. fée, ‘old hag’ or ‘old witch.’ 24. confidences, ‘secrets.’ 27. parlant haut: see note, p. 17 l. 16.
6. ce que c’est que de nous, pourtant! ‘and yet, what weak creatures we are!’ 7. un file de famille en rupture de ban, ‘a youth of good family, who had gone the pace a bit’; lit. ‘escaped from banishment.’ 11. d’un meilleur œil, ‘more favourably.’
13. troublé, ‘disturbed in mind.’ Cf. note, p. 12 l. 30. 15. entre deux grands coups secs frappés, ‘between two loud sharp raps.’ (chapter v. full=vi) 23. ils ne sentaient pas encore le collège, ‘they were as yet untouched by the moral atmosphere of the school. Cf. note, p. 17 l. 20. 25. pépialent, ‘chirped,’ i.e. ‘chattered.’
3. je vous demande! ‘just think of it!’ 7. bon . . sages, ‘kind . . good.’ 11. encriers, règles, porte plumes: note the frequent omission of the article in enumerations. 13. grands yeux: cf. les fenêtres sont grandes ouvertes, ‘the windows are wide open.’ 14. à leur intention, ‘especially for them.’ Cf. à mon intention, p. 51 l. 2. 18. n’entendait pas, ‘did not want.’ de la sorte, ‘in this way.’
9. à la récréation de quatre heures, ‘at the 4 o’clock interval.’ 16. Jean Lapin leur manquait, ‘they missed Jean Lapin.’ Note carefully— vous me manquez, ‘I miss you.’ je vous manque, ‘you miss me.’ j’ai manqué le train, ‘I have missed the train, il manque d’esprit, ‘he is wanting in brains.’ j’ai manqué de tomber, ‘I nearly fell.’ 18. quartiers, ‘departments.’ les grands, les moyens, les petits, ‘the senior school, the middle school, the junior school.’ 23. avait beau me sourire, ‘might smile at me as much as he liked.’ See note, p. 15 l. 18. 28. le regardaient du haut de leur toque, ‘eyed him up and down.’ Toque= ‘college cap.’
3. m’en vouloir: see note, p. 3 l. 31. 8. sous les combles, ‘under the roof,’ ‘at the top of the house.’ c’est là que . ., ‘that was where . .’ 14. criblé de taches d’encre et d’inscriptions au canif, ‘covered with ink-spots and names carved with a penknife.’ 17. pour le quart d’heure: see note, p. 30 l. 29. 18. passer licencié, ‘pass my Master of Arts degree.’ All university students in France, who wish to become teachers in a lycée or collège, or professors in a university, must pass several examinations before becoming qualified for such posts. The Baccalauréat—sort of school-leaving certificate— is followed by the licence, so-called because it gives the licence or permission to one to teach in a lycée or collège. Upon those who have passed these examinations the titles of Bachelier and Licencié ès lettres or ès sciences (ès=en les) are respectively conferred. The Agrégation and Doctorat, the passing of which confers the titles of agrégé and docteur, are very stiff. The former is competitive, the number of places being strictly limited, and allows the successful candidate to take a post in one of the higher schools. For the Doctorat one must write a thesis on some original subject, and no one can obtain a university professorship who has not passed this examination.
1. sur les bras, ‘on my hands.’ 6. emboîtaient le pas à merveille, ‘fell into step splendidly.’ 8. jacassaient le long de la route, ‘chattered the whole way along.’ 13. tunique: a sort of frock-coat formerly worn by lycéens. 14. marmaille folle, ‘unruly gang of ragamuffins.’ 17. diablotine ébouriffés, ‘dishevelled imps.’ 21. avorton, ‘shrimp of a fellow.’ 23. sentant le ruisseau, ‘redolent of the gutter.’ See note, p. 17 l. 20. pour que rien ne lui manquât, ‘to crown all.’ 30. paye: used here in the restricted sense of ‘neighbourhood.’
2. à nos trousses, ‘at our heels.’ qui faisaient la roue sur nos derrières, ‘rolling along on their hands and feet like a wheel behind us.’ 5. bonnes singeries, ‘silly monkey-tricks.’ 8. circonstancié, ‘detailed.’ 16. dans un état de toilette tel que . ., ‘looking such a little pickle that . .’ 24. je ne sais quoi always denotes the ‘indescribable’ in French. Trans. ‘something about it.’ 25. sentait les doigte matornels, ‘spoke loudly of his mother’s fingers.’ Cf. note, p. 17 l. 20. 29. comme si de rien n’était, ‘as if nothing were the matter.’
12. doublez le pas, ‘walk in double-quick time.’ 14. filer d’un train d’enfer, ‘to go off at a frightful pace.’
7. sur son compte, ‘about him.’ 9. se saignait les quatre membres, ‘was working himself to death.’ 13. on lui avait donné un modèle de bâtons, ‘they had set him some pot-hooks and hangers to copy.’ 16. grand Dieu! see note, p. 12 l. 22. 22. à pleines mains, ‘tightly in his hand.’ Cf.— donner à pleines mains, ‘to give generously.’
6. je serais venu à bout de lui apprendre . ., ‘I should have managed to teach him . .’ 11. rhétoricien, ‘sixth-form boy.’ 16. à l’œuvre, ‘at their tricks.’ 17. me serrait le cœur, ‘depressed me.’ (chapter vi. full=vii)
2. à mon intention: see note, p. 43 l. 14. 8. métayers: a métayer is a farmer who gives the owner of the land a certain part of the produce of his métairie or ‘farm,’ keeping the rest for himself. 14. Pion: a term of contempt given by schoolboys to a maître d’étude or ‘usher.’ 25. ah! mon Dieu! see note, p. 8 l. 14.
9. donnait sur: cf.— la salle à manger donne sur le jardin, ‘the dining-room looks out on to the garden.’ 14. aux enfants trouvés, ‘at the Foundling Hospital.’ 20. l’abbé Germane: see note, p. 4 l. 23. 25. d’une voix brève et cassante, ‘in a curt, gruff voice.’
2. un Mirabeau en soutane, ‘a regular Mirabeau in a cassock.’ Mirabeau (1749-1791) was the greatest orator of the French Revolution, a man of fearless temperament and a bold, impetuous disposition. He would have enjoyed no small share of manly beauty had he not, when a little child, been sorely disfigured for life by the smallpox. 28. Condillac: a celebrated French philosopher, born at Grenoble, 1715. He died in 1780. 30. bibliothèque, ‘library’; librairie, ‘bookseller’s shop or trade.’ So bibliothécaire, ‘librarian’; libraire, ‘bookseller.’
1. tenir, ‘to keep in stock.’ 5. diable d’homme, ‘terrible man.’ Note— un bon diable, ‘a good fellow.’ c’est là le diable, ‘that’s the trouble.’ cela ne vaut pas le diable, ‘that is not worth anything.’ 10. voix de Titan, ‘Titanic voice.’ The Titans in ancient mythology were gigantic beings, representing the primitive powers of Nature. 17. brûle-gueule, ‘cutty.’ 21. le tranchant de sa voix, ‘his peremptory voice.’ 22. tapissée de, ‘lined with.’ 25. tant bien que mal, ‘as well as I could.’
2. les Condillac: the plural would be preferable. See note, p. 23 l. 28. 4. tu ne veux pas? . . à ton aise, ‘you don’t care about smoking? . . . well! just as you like.’ Note— être à son aise, ‘to be in easy circumstances.’ ne pas se sentir à son aise, ‘to feel uncomfortable.’ 6. surtout ne le gâte pas, ‘but be very careful and don’t spoil it.’ 10. tu t’occupes donc de philosophie? ‘so you are busy reading philosophy, are you?’ 12. par hasard, ‘I wonder.’ A sarcastic colloquialism. des histoires, mon cher, de pures histoires! ‘fables, my dear boy, nothing but fables!’ 14. je vous demande un peu! ‘just think of it!’ 16. pendant qu’ils y étaient, ‘whilst they were at it.’ 18. ah! misère de moi! ‘ah me!’ 31. à propos, ‘by the bye.’ Note— il est venu fort à propos, ‘he came very opportunely.’ à propos de, ‘with regard to.’ de propos délibéré, ‘on purpose.’
1. le bon Dieu: do not translate le bon. Cf. the German der liebe Gott. 2. sans quoi tu ne t’en tireras jamais, ‘or else you will never get over your troubles.’ 7. j’ai passé par là, ‘I have been through it all.’ Cf.— il faut bien que j’en passe par là, ‘I must put up with it.’ 9. monsieur l’abbé: simply ‘sir.’ 19. le plus souvent, ‘more often than not.’ 23. pattes de mouche, ‘scrawl.’ 30. seulement, ‘even,’ ‘so much as.’ A quite common and classical use of this word.
5. il était temps; je n’y pouvais plus tenir, ‘it was high time, I could stand it no longer.’ 10. au fond, ‘at the far end.’ Cf. note, p. 7 l. 28. 20. en serre-file, ‘bringing up the rear.’ 21. le professeur de seconde, ‘the second-form master. He would correspond to a fifth-form master in an English school. Cf. note, p. 21 l. 23. 30. la tête: note (1) the number, (2) the use of the definite article. 31. foulards ponceau, ‘flame-coloured silk handkerchiefs.’ Nouns serving as adjectives of colour are generally invariable.
6. ne les laissait pas chômer, ‘did not allow them any rest’: chômer=‘to be out of work,’ chômage, ‘want of work.’ ‘Unemployment’ would be the best word were it English. 10. tohu-bohu: an onomatopoeia. 14. par ici! ‘this way!’ ‘along here!’ Cf. par là! par où? 16. faisaient froufrou, ‘rustled.’ 22. au passage, ‘as they went along.’ 23. à l’année prochaine! ‘good-bye till next year!’ Cf. à demain! à ce soir! à bientôt! au revoir!
1. clic! clac! another onomatopoeia. 8. riant à belles dents, ‘laughing merrily’; lit. ‘showing their pretty teeth as they laughed.’ 12. chasser à la pipée, ‘to go bird-catching with a bird-call.’ (chapter vii. full=viii) 19. au fond d’un grand fauteuil, ‘comfortably seated in a big arm-chair.’
26. paillettes, ‘spangles.’ 30. en, ‘on account of them.’
1. confidences: see note, p. 40 l. 24. 13. ou bien encore, ‘or else.’ 16. ce n’est que cela? ‘is that all?’ 22. de guerre lasse, ‘in utter despair.’ 27. quelle est la lettre dont il s’agit, ‘what the letter in question is all about.’
25. non plus: see note, p. 14 l. 27. 31. pour comble de malheur, ‘to crown his misfortunes.’
1. la rentrée, ‘the first day of term.’ 10. n’a qu’à bien se tenir, ‘must put himself on his best behaviour.’ 14. berlines: a ‘berline’ is a large closed carriage of the chariot type, so called from Berlin, where it was first made. 15. manquent à: cf. note, p. 44 l. 16. (chapter viii. full=ix) 22. en train: sc. de travailler. 23. grands mois, ‘full months’; cf. au grand soleil. 24. son va-et-vient habituel, ‘its ordinary routine.’
4. litanies, ‘long files.’ 14. de mon côté, ‘for my own part.’ 24. cocorico! ‘cock-a-doodle-doo.’ 26. les papiers mâchés, ‘chewed paper pellets.’ 30. en désespoir de cause, ‘as a last shift.’
11. me faisait mauvais accueil, ‘always received me coldly. 17. tenait beaucoup à cet élève, ‘thought a great deal of this pupil.’ Note— il tient de sa mère, ‘he takes after his mother.’ 28. j’avais affaire à forte partie, ‘I had a difficult customer to deal with.’ Note— avoir affaire de, ‘to have need of.’ avoir affaire avec, ‘to do business with.’ 29. faquin de marquis, ‘puppy of a marquis.’ 30. en pleine étude: see note, p. 7 l. 3.
7. je m’engageais dans une méchante affaire, ‘I was getting involved in rather a critical business.’ 14. il fallait voir de quel air, ‘you should have seen the air he put on.’ 26. j’eus le geste de le prendre au collet, ‘I stretched out my hand as if to seize him by the coat-collar.’ 28. misérable, ‘wretch.’
3. pour le coup: see note, p. 2 l. 17. 12. mis à la raison par ce gringalet de pion, ‘brought to his senses by this slip of an usher.’ 24. troublèrent, ‘disturbed.’ See note, p. 12 l. 30.
1. j’en serais quitte pour la peur, ‘I should get off with a good fright.’ 12. j’étais perdu, ‘it was all over with me.’
1. là-dessus le voilà parti à . ., ‘thereupon he began to. .’ 12. réquisitoire, ‘indictment.’ 21. On, ‘Someone,’ 22. qu’On se le tint pour dit, ‘Someone must bear in mind that . .’ 25. riaient sous cape, ‘were laughing in their sleeves.’ Cf. rire dans sa barbe. 28. injures, ‘insults’: so injurieux, ‘insulting.’ What is the French for ‘injury’? 31. où aller? ‘where could he go?’ Interrogative infinitive, often used in deliberative sentences.