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Le Pèlerin du silence

LES FIGURES

Reading edition

Cloches, vases sacrés, oints, bénits et baptisés, trompettes et marteaux de jadis, semanterions et xylophones, noles, campagnes, airains, tintinnabules, cloches, vases sacrés!

La hiérarchie est convoquée jusqu'au plus modeste, qui n'est rien et qui va devenir égal en immunité aux plus hauts saints: il participe au signe de la croix.

Source lavatoire, l'eau salée mugit dans le bénitier comme un océan de conjurations.

Femmes, vierges, clercs, lais: il n'y a plus de pénitents captifs sous la symbolique chaîne d'un démon de pierre; il n'y a plus de choeur des vierges, la cloison est abattue et la vierge a perdu la fierté de son état. Il n'y a plus de grilles aux strictes mailles: le sanctuaire s'est ouvert. Le prêtre n'est plus vieux par règle et même il est jeune et ses cheveux blonds dorent d'un reflet de concupiscence l'oeil des matrones dévoilées.

Seul, le Pauvre, liturgiquement, se tient à la porte, avec le devoir de gémir, afin que les oreilles heureuses s'épouvantent au cri de l'éternelle misère.

Des sépulcres, sous les dalles, s'exhale une odeur de vie permanente; et des ossuaires, une radiance d'étoiles. Les reliquaires contiennent de la poussière d'amour.

Le chrême a sacré la table de l'autel (ainsi le très saint Jésus se purifie lui-même) et, tel que d'un parterre impérial, les cierges, sous l'arrosoir enflammé des acolytes, vont surgir et fleurir.

Les anges prient, humanisés par des simulacres très raisonnables, car il est bien véritable qu'ils adorent les parfums essentiels qu'ils goûtent les suavités saintes, qu'ils entendent la parole incréée: ils sont jeunes, forts, libres, plus féconds que les plus puissants reins. Ils vont nus, sans corruption, et s'ils se vêtent, c'est de la transparence du feu.

Ange aussi, l'aigle du lectorium, aux élévations royales; anges, les lions autoritaires et obscurs.

ORAISON

Jésus, le grain d'encens fume dans l'encensoir: la Victime s'allume et l'oblation future s'accomplit en désir. Elle s'allume et fume et son amour apparaît sur la scène du monde: les Figures surveillent leurs accomplissements.

LE PRÊTRE.—Dorénavant, l'eau sera salée et il pleuvra d'incorruptibles rosées: dénudez vos têtes, ce sont les larmes du Jésus.

LE CHOEUR.—Saint Esprit, Esprit des cimes, Esprit radiant.

Esprit prodigue, Lumière! Très bon consolateur, Hôte très doux des âmes, Refuge ombraculaire!

LE PRÊTRE—Seigneur, votre Fils accepta le fardeau de la chair, je couvre mes épaules du joug de la chasuble. Introibo. Je monterai à l'autel, je monterai vers Celui qui me réjouira d'une éternelle jeunesse.

ORAISON

La droite est la dignité du Roi, mais la gauche est réservée à l'amour: c'est là que l'on goûte la plénitude des influences excessives. Les cheveux de Jean ont la douceur des âmes fraîches; il reçoit d'un coeur pâmé les caresses de son Maître.

LE PRÊTRE.—Il te bénira, celui pour qui tu te consumes. Ainsi soit-il.

ORAISON

La navette est un navire, les grains d'encens sont l'équipage: la navette est un navire sans voilure et sans cordage: la navette est un navire et ses flancs sont gonflés d'or. Vierge, et toi, Thuriféraire, tu portes entre tes mains la barque de Saint-Pierre, stable et profonde comme le sein de Dieu. La navette et un navire, l'or de ses flancs, ce sont les peuples: un sacrement les pêche et les sauve et les plonge dans la fournaise. La navette est un navire et l'encensoir est la fournaise.

LE PRÊTRE.—Le parfum s'élève au-dessus des roses, car les roses moisiront, mais le parfum des roses est une oblation imputrescible.

LE CHOEUR.—Gloire, gloire, gloire à l'Esprit.

ÉPITRE

S. Paul, Rom. 24.

C'est pourquoi Dieu, selon les convoitises de leur coeur, les a livrés à la souillure: tellement qu'ils ont déshonoré leurs propres corps. A cause de cela, Dieu les a livrés aux passions de l'ignominie: car les femmes ont changé l'usage de nature en des usages qui sont contre nature. Et pareillement les hommes, abandonnant l'usage naturel de la femme, ont l'un pour l'autre brûlé de désir, les mâles sur les mâles opérant des turpides et recevant en eux-mêmes le convenable salaire de leur égarement.

SÉQUENCE

LE CHOEUR.—O verge et diadème du roi de pourpre.

Tes gemmes ont fleuri en une haute prévoyance, dès le temps où dans l'homme dormait le genre humain.

O fleur, tu n'as pas germé de la rosée, ni des gouttes de la pluie, et l'air n'a pas plané autour de toi, mais tu es née sur une très noble verge par l'oeuvre de la seule Clarté.

O verge, tu as surgi toute en or, ô verge et diadème du roi de pourpre.

ÉVANGILE

En ce temps-là le Seigneur, interrogé par une certaine Salomé sur le temps de son règne, répondit: «Lorsque deux feront un et lorsque ce qui est en dehors sera comme ce qui est en dedans, et lorsque le mâle étant sur la femelle ils ne seront ni mâle ni femelle.» Salomé demanda: «Jusques à quand les hommes mourront-ils?» Le Seigneur dit: «Tant que vous autres, femmes, vous enfanterez.» Salomé demanda: «J'ai donc bien fait, moi qui n'ai pas enfanté?» Le Seigneur répondit: «Nourrissez-vous de toute herbe, mais ne vous nourrissez pas de celle qui a de l'amertume.» Le Seigneur dit encore; «Je suis venu pour détruire les oeuvre de la femme: or ses oeuvres sont la génération et la mort.»

LE CHOEUR.—Ainsi soit-il.

PRÔNE

Dieu, lisons-nous en saint Denis l'Aréopagite, Dieu n'est ni âme, ni nombre, ni ordre, ni grandeur, ni égalité, ni similitude, ni dissemblance. Il ne vit point, il n'est point la vie, Il n'est ni essence, ni éternité, ni temps. Il n'est pas science, il n'est pas sagesse, il n'est pas unité, ni divinité, ni bonté. Nul ne le connaît tel qu'il est et il ne connaît aucune des choses qui existent telle qu'elle est. Il n'est point parole, il n'est point pensée et il ne peut être nommé, ni compris.

OBLATION

Elle a trouvé douze corbeilles dans son héritage, douze corbeilles de pain bénit.

Les Figures sont les gardiennes du mystère, et toutes les figures obéissent au Symbole.

Le ventre de la Femme est un autel d'offrande et la première station du Calvaire, l'habitacle premier choisi par l'Hostie; oblation obscure, prélude sanglant de Transfixion.

ORAISON

La Patène apporte la paix.

Marie, nimbée de rouge, élève sous un dais de pourpre l'Enfant-Roi, deux anges offrent la fumée procellaire de leurs encensoirs, et Jésus aussi s'auréole de sang, et les anges, et sur le ciel bleu, doré par les étoiles, des nuées de tonnerre s'amoncellent, couleur de colère et couleur de paix, couleur de sang.

ANTIPHONE

Le Roi était couché, le Roi dormait dans son lit royal, mais le nard de mon amour a pénétré son sommeil, et le Roi s'est levé et a dit: «J'entrerai dans ce corps à la bonne odeur et je dormirai là.»

L'ORGUE.—Des ténèbres du profond exil, l'âme d'un seul bond s'exalte aux bleus violents de l'espérance, puis se profuse en laudations couleur de soleil.

De glauques ondulations agitent les abîmes, l'océan de la peur se soulève en vertes écumes, mais une main paraît sur la surface des eaux troublées et d'une cassolette invisible se répandent d'abondantes fumées violettes.

Les vagues humaines se gonflent vers le ciel, et dans les corps transfigurés les coeurs palpitent comme des roses au vent du matin, et les yeux sont vraiment de pures améthystes: des nuages candides dérobent les ventres frissonnants d'amour et tout s'apothéose dans la blancheur totale.

LE CHOEUR.—O salutaris Hostia Quæ coeli pandis ostium

ORAISON

Magie d'une surnaturalité terrifiante, ô puissance absolue, invincible domination des mots, merveilleuse fonction des syllabes: Verba consecrationis efficiunt quod significant.

L'hostie s'élève dans les flammes solaires: l'Agneau demeure et saigne sur la terre.

LE PRÊTRE.—Souviens-toi, Christ, du sommeil de la paix. Accorde-nous la paix du tombeau et le silence sacré des nécropoles.

JÉSUS-CHRIST.—Vous dormirez en paix trois jours, si vous m'aimez, et la pierre de vos tombes se brisera, et vous connaîtrez la Vie, si vous avez connu l'amour.

ORAISON

Les baisers sont les endormeurs des anciennes querelles, les baisers sont les pacificateurs corporels.

COMMUNION

Chair du Salut, Sang de l'éternelle joie, soyez la macération de ma chair et l'apaisement de mon sang. Je crucifierai mes désirs sur la croix du calvaire, je couronnerai mes pensées de la couronne d'épines, j'enfoncerai dans mon côté la lance du renoncement, je boirai le vinaigre de la dérision et nul plaisir jamais n'amoindrira mon âme.

JÉSUS-CHRIST.—Le plaisir s'arrête à l'unité et les douleurs sont au nombre de sept fois sept.

LE CHOEUR—Pitié! Pitié!

JÉSUS-CHRIST.—Tout est consommé.

LE PRÊTRE.—Ite, missa est.

ÉVANGILE

Au commencement était le Verbe et le Verbe était en Dieu et le Verbe était Dieu. Dès le commencement il était en Dieu. Toutes choses ont été faites par lui et sans lui rien n'a été fait. En lui était la vie et la vie était la lumière des hommes: et la lumière était dans les ténèbres et les ténèbres ne l'ont pas comprise.

Amen.

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