DIX-SEPTIÈME PAS L’ESPÉRANCE
Ernest Hello translation
Il me fut ensuite montré que la Vierge bienheureuse m’avait acquis un privilège par lequel une autre foi me fut donnée que la foi qui est donnée aux hommes. Alors mon ancienne foi me parut morte, et mes anciennes larmes m’apparurent comme de petites choses. Une compassion me fut donnée sur Jésus et sur Marie plus efficace qu’auparavant, et tout ce que je faisais de plus grand m’apparut comme petit, et je conçus le désir d’une pénitence plus énorme. Mon cœur fut enfermé dans la Passion du Christ, et l’espérance me fut donnée de mon salut par cette Passion. Je reçus pour la première fois la consolation par la voie des songes. Mes songes étaient beaux, et la consolation m’était donnée en eux. La douceur de Dieu me pénétra pour la première fois au dedans dans le cœur, au dehors dans le corps. Eveillée ou endormie, je la sentais continuellement. Mais comme je n’avais pas encore la certitude, l’amertume se mêlait à ma joie ; mon cœur n’était pas en repos, il me fallait autre chose.
Voici un de ces songes, choisi entre beaucoup d’autres. Je m’étais enfermée pendant le carême dans une retraite profonde, j’aimais, je méditais, j’étais arrêtée sur une parole de l’Evangile, parole de miséricorde et d’amour : il y avait un livre à côté de moi, c’était le Missel : j’eus soif de voir écrite la parole qui me tenait fixée. Je m’arrêtai, je me contins, craignant d’agir par amour-propre ; je résistai à la soif excessive, et mes mains n’ouvrirent pas le livre. Je m’endormis dans le désir. Je fus conduite dans le lieu de la vision : et il me fut dit que l’intelligence de l’Ecriture contient de telles délices, que l’homme qui la posséderait oublierait le monde. « En veux-tu la preuve ? me dit mon guide. — Oui, oui », répondis-je. Et j’avais soif, j’avais soif. La preuve me fut donnée : je compris, j’oubliai le monde. Mon guide reprit : « Il n’oublierait pas seulement le monde, celui qui goûterait la délectation inouïe de l’intelligence évangélique, il s’oublierait lui-même. » Il parla, et j’éprouvai. Je compris, je sentis, et je demandai à ne plus sortir de là jamais. « Il n’est pas encore temps », dit-il, et il me conduisit. J’ouvris les yeux ; je sentais à la fois la joie immense de la vision donnée, la douleur immense de la vision perdue. Je garde encore aujourd’hui la délectation du souvenir. Alors la certitude me vint et me resta ; c’était une lumière, c’était une ardeur dans laquelle je vis, et j’affirme avec une science parfaite que tout ce qu’on prêche sur l’amour de Dieu n’est absolument rien : les prédicateurs ne sont pas capables d’en parler, et ne comprennent seulement pas ce qu’ils disent. Mon guide me l’avait dit pendant la vision.