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Le livre des singularités

Note 132 — HUITIÈME OBJET.

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Il n'y a qu'heur et malheur dans ce monde; nous venons de parler d'un vieux tailleur millionnaire très-heureux; nous allons dire un mot d'un autre ancien tailleur presque centenaire et réduit à la dernière misère. Le trait suivant relatif à sa famille mérite d'être rapporté.

Ce tailleur existait à Londres en 1787; il avait douze fils tous soldats. Ils obtinrent un congé pour venir voir leur père qu'ils trouvèrent manquant de pain: «Comment, dit l'un, notre père n'a pas de pain, et il a donné douze défenseurs à la patrie! il faut qu'il soit assisté.—Mais comment? dit un second.—N'y a-t-il pas ici un lombard (mont-de-piété)? s'écria le plus jeune.—Un lombard! dit un autre, mais on n'y prête rien sans gages, sans sûretés; et nous n'avons rien à y porter.—Nous n'avons rien, c'est vrai, reprit le plus jeune; mais notre père a été tailleur, il a exercé long-temps ce métier, il meurt de faim, cela prouve sa probité. Nous sommes tous au service depuis quelques années; personne ne peut nous reprocher la moindre chose contre l'honneur; mettons cet honneur en gage, on nous prêtera bien 50 liv. sterl. sur ce dépôt.» Cette idée fut approuvée, et l'un d'entre eux écrivit le billet suivant qui fut signé par tous les frères:

«Douze anglais, fils d'un tailleur réduit à la plus grande pauvreté, à l'âge de près de cent ans, tous servant le roi et la patrie avec zèle, demandent à la direction du lombard la somme de cinquante livres pour soulager leur malheureux père. Pour sûreté de cette somme, ils engagent leur honneur et promettent le remboursement de cette somme dans le terme d'une année.»

Ils firent porter ce billet à la direction du lombard, et le lendemain ils allèrent eux-mêmes chercher la réponse. Elle fut favorable, on leur donna les cinquante livres, on déchira le billet, et l'on promit de fournir aux besoins du vieillard.

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