SAINT-POL-ROUX
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L'un des plus féconds et des plus étonnants inventeurs d'images et de métaphores. Pour trouver des expressions nouvelles, M. Huysmans matérialise le spirituel et l'intellectuel, ce qui donne à son style une précision un peu lourde et une clarté assez factice: des âmes cariées (comme des dents) et des coeurs lézardés (comme un vieux mur); c'est pittoresque et rien de plus. Le procédé inverse est plus conforme au vieux goût des hommes de prêter aux choses de vagues sentiments et une obscure conscience; il reste fidèle à la tradition panthéiste et animiste, sans laquelle il n'y aurait de possible ni art ni poésie: c'est la profonde source où viennent se remplir toutes les autres, eau pure que le moindre soleil transforme en pierreries vivantes comme les colliers des fées. D'autres «métaphoristes», tel M. Jules Renard, se risquent à chercher l'image soit dans une vision réformatrice, un détail séparé de l'ensemble devenant la chose même, soit dans une transposition et une exagération des métaphores en usage[5]; enfin, il y a la méthode analogique selon laquelle, sans que nous y coopérions volontairement, se modifie chaque jour la signification des mots usuels. M. Saint-Pol-Roux amalgame tous ces procédés et les fait tous concourir à la fabrication d'images qui, si elles sont toutes nouvelles, ne sont pas toutes belles. On en dresserait un catalogue ou un dictionnaire:
Sage-femme de la lumière veut dire: le coq. Lendemain de chenille en tenue de bal.......... -- papillon. Péché-qui-tette......... -- enfant naturel. Quenouille vivante...... -- mouton. La nageoire des charrues -- le soc. Guêpe au dard de fouet.. -- la diligence. Mamelle de cristal...... -- une carafe. Le crabe des mains...... -- main ouverte. Lettre de faire part.... -- une pie. Cimetière qui a des ailes. -- un vol de corbeaux. Romance pour narine..... -- le parfum des fleurs. Le ver à soie des cheminées -- ? Apprivoiser la mâchoire cariée de bémols d'une tarasque moderne...... -- jouer du piano. Hargneuse breloque du portail............... -- chien de garde. Limousine blasphémante. -- roulier. Psalmodier l'alexandrin de bronze................ -- sonner minuit. Cognac du père Adam..... -- le grand air pur. L'imagerie qui ne se voit que les yeux clos..... -- les rêves. L'oméga................. -- en grec πυγή Feuilles de salade vivante. -- les grenouilles. Les bavard s vertes..... -- les grenouilles. Coquelicot sonore....... -- chant du coq.
Le plus distrait, ayant lu cette liste jugera que M. Saint-Pol-Roux est doué d'une imagination et d'un mauvais goût également exubérants. Si toutes ces images, dont quelques-unes sont ingénieuses, se suivaient à la file vers les Reposoirs de la Procession où les mène le poète, la lecture d'une telle oeuvre serait difficile et le sourire viendrait trop souvent tempérer l'émotion esthétique; mais semées çà et là, elles ne font que des taches et ne brisent pas toujours l'harmonie de poèmes richement colorés, ingénieux et graves. Le Pèlerinage de Sainte-Anne, écrit tout entier en images, est pur de toute souillure et les métaphores, comme le voulait Théophile Gautier, s'y déroulent multiples, mais logiques et liées entre elles: c'est le type et la merveille du poème en prose rythmée et assonnancée. Dans le même tome, le Nocturne dédié à M. Huysmans n'est qu'un vain chapelet d'incohérentes catachrèses: les idées y sont dévorées par une troupe affreuse de bêtes. Mais l'Autopsie de la Vieille fille, malgré une faute de ton, mais Calvaire immémorial, mais l'Ame saisissable sont des chefs-d'oeuvre. M. Saint-Pol-Roux joue d'une cithare dont les cordes sont parfois trop tendues: il suffirait d'un tour de clef pour que nos oreilles soient toujours profondément réjouies.
