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Le livre de Jade

LES POËTES

Judith Gautier translation

Illustration from Le livre de Jade

LES SAGES DANSENT

Selon Li-Taï-Pê.

Dans ma flûte aux bouts de jade, j'ai chanté une chanson aux humains; mais les humains ne m'ont pas compris.

Alors j'ai levé ma flûte vers le ciel, et j'ai dit ma chanson aux Sages.

Les Sages se sont réjouis; ils ont dansé sur les nuages resplendissants;

Et maintenant les humains me comprennent, lorsque je chante en m'accompagnant de ma flûte aux bouts de jade.

A UN JEUNE POËTE

Selon Sao-Nan.

Imite la lune grandissante! imite le soleil levant!

Tu seras pareil à la montagne du Sud, qui ne vacille jamais, ne s'ébranle jamais,

Et demeure éternellement verte comme les pins glorieux et les cèdres!

UN POËTE RIT DANS SON BATEAU

Selon Ouan-Tié.

Le petit lac pur et tranquille ressemble à une tasse remplie d'eau.

Sur ses rives, les bambous ont des formes de cabanes, et les arbres, au-dessus, font des toitures vertes.

Et les grands rochers pointus, posés au milieu des fleurs, ressemblent à des pagodes.

Je laisse mon bateau glisser doucement sur l'eau, et je souris de voir la nature imiter ainsi les hommes.

LA FLÛTE MYSTÉRIEUSE

Selon Li-Taï-Pé.

Un jour, par-dessus le feuillage et les fleurs embaumées, le vent m'apporta le son d'une flûte lointaine.

Alors j'ai coupé une branche de saule et j'ai répondu une chanson.

Depuis, la nuit, lorsque tout dort, les oiseaux entendent une conversation dans leur langage.

INDIFFÉRENCE AUX DOUCEURS DE L'ÉTÉ

Selon Tan-Jo-Su.

Les fleurs de pêcher voltigent comme des papillons roses; le saule en souriant se regarde dans l'eau.

Cependant mon ennui persiste, et je ne peux pas faire de vers.

La brise d'est, qui m'apporte le parfum des pruniers, me trouve insensible.

Oh! quand la nuit viendra-t-elle me faire oublier ma tristesse dans le sommeil!

LA FEUILLE BLANCHE

Selon Tché-Tsi.

La tête dans ma main, je regarde la feuille de papier qui reste blanche depuis que je suis là.

Je regarde aussi l'encre qui se sèche au bout de mon pinceau.

Mon esprit semble dormir; est-ce que mon esprit ne se réveillera pas?

Je m'en vais dans la plaine toute chaude de soleil, et je laisse mes mains traîner sur les hautes herbes.

D'un côté je vois la forêt veloutée, de l'autre les montagnes gracieuses, poudrées par la neige et à qui le soleil met du rouge.

Et je regarde aussi la marche lente des nuages, et je m'en reviens, poursuivi par l'éclat de rire des corbeaux,

M'asseoir devant la feuille de papier qui demeure blanche sous mon pinceau.

LE POËTE MONTE LA MONTAGNE

Enveloppée de brouillard

Selon Sou-Tong-Po.

Je monte sur cette haute montagne; le poil noir de mon cheval est jauni par la maladie.

Le chagrin a aussi couvert mes joues maigres d'une teinte jaune, et je monte tristement la montagne.

Je veux emplir ma gourde d'un vin de riz de bonne qualité, et voiler mes chagrins dans l'étourdissement que donne le vin.

LE POËTE SE PROMÈNE SUR LA MONTAGNE

Enveloppée de brouillard

Selon Sou-Tong-Po.

Le poëte se promène lentement sur la montagne; au loin les pierres couvertes de brouillard lui semblent des moutons endormis.

Il est arrivé en haut très-fatigué, car il a bu beaucoup de vin; et il se couche sur une pierre.

Les nuages se balancent au-dessus de sa tête; il les regarde se rejoindre et voiler le ciel.

Alors il chante tristement que l'automne approche, que le vent devient frais, que le printemps prochain est éloigné encore.

Et les promeneurs qui viennent admirer la beauté de la nature l'entourent en battant des mains, et ils s'écrient: «Voici assurément un homme qui est fou!»

LE BATEAU DES FLEURS

Du faubourg de l'Ouest

Selon Thou-Fou.

Sur ce bateau est la plus belle des femmes; ses sourcils ressemblent aux cornes des papillons.

Elle improvise des vers en s'accompagnant tristement de sa flûte; et les Sages s'émeuvent dans les hautes nuées.

«Comme une fleur tombée dans la boue, les passants cruels m'abandonnent.

«Les blés de riz que le vent balance sont plus heureux que moi; lorsqu'ils entr'ouvrent leurs épis, on croirait voir mon sourire;

«Mais moi, depuis longtemps, je ne souris jamais plus.

«Et bientôt un homme, tirant par-dessus son épaule le cordon de soie qui attache le Bateau des Fleurs à la rive, conduira ma douleur vers un autre pays!»

LOUANGE A LI-TAÏ-PÉ

Selon Thou-Fou.

La poésie est ton langage, comme le chant est celui des oiseaux.

Que ce soit à la clarté du soleil ou à l'ombre du soir, tu vois la poésie de toutes choses.

Lorsque tu bois le vin doré, sur le nuage de l'ivresse te viennent des idées de vers.

Tu es le premier des hommes, et, comme le soleil, tu répands sur eux les rayonnements de ton esprit.

De celui qui t'admire dans l'ombre, reçois cette adoration inconnue.

ENVOI A LI-TAÏ-PÉ

Le vingtième jour du douzième mois

Selon Thou-Fou.

Ton nom est Ti-Sié-Jen, la goutte d'eau intarissable, et tu es au rang des Sages immortels.

Le sceptre du Fils du Ciel est moins puissant que ton pinceau; moins fort est le sabre du guerrier.

Dans le ciel pur de l'été rien ne fait présager l'orage; mais tout à coup le vent amasse des nuages, et la pluie se précipite;

De même sur le papier sans tache le souffle de ton génie fait pleuvoir de noirs caractères; ce sont les larmes de ton esprit qui coulent silencieusement de ton pinceau.

Et, lorsque la pièce de vers est finie, on entend autour de toi les murmures d'admiration des Génies invisibles.

LES CARACTÈRES ÉTERNELS

Selon Li-Taï-Pé.

Tout en faisant des vers je regarde de ma fenêtre les balancements des bambous; on dirait de l'eau qui s'agite; et les feuilles en frôlant leurs épines imitent le bruit des cascades.

Je laisse tomber des caractères sur le papier; de loin on pourrait croire que des fleurs de prunier tombent à l'envers dans de la neige.

La charmante fraîcheur des oranges mandarines se fane lorsqu'une femme les porte trop longtemps dans la gaze de sa manche, de même que la gelée blanche s'évanouit au soleil;

Mais les caractères que je laisse tomber sur le papier ne s'effaceront jamais.

TABLE LES AMOUREUX La feuille de saule 5 L'ombre des feuilles d'oranger 7 Au bord de la rivière 9 L'épouse vertueuse 11 La fleur de pêcher 13 L'Empereur 15 Le pêcheur 17 Chant des oiseaux, le soir 19 Les perles de jade 21 La feuille sur l'eau 23 Sur le fleuve Tchou 25 Le mauvais chemin 27 Un jeune poëte pense à sa bien-aimée qui habite de l'autre côté du fleuve 29 L'éventail 31 A la plus belle des femmes du Bateau des Fleurs 33 La maison dans le cœur 35 Sur les balancements d'un navire vu de la province de l'Ouest 37 LA LUNE Le fleuve paisible 45 L'escalier de jade 47 Un poëte regarde la lune 49 Sur la rivière bordée de fleurs 51 Promenade le soir dans la prairie 53 Au bord du petit lac 55 Près de l'embouchure du fleuve 57 Une femme devant son miroir 59 L'AUTOMNE Les cheveux blancs 63 Le cormoran 65 Pendant que je chantais la nature 67 Le soir d'automne 69 Pensées d'automne 61 Le cœur triste au soleil 73 Pensée écrite sur la gelée blanche 75 Tristesse du laboureur 77 Le pavillon du jeune roi 79 Les petites fleurs se moquent des graves sapins 81 Par un temps tiède 83 Le souci d'une jeune fille 85 LES VOYAGEURS L'exilé 89 L'auberge 91 Le gros rat 93 Un navire à l'abri du vent contraire 95 La flûte d'automne 97 En allant à Tchi-li 99 LE VIN Au milieu du fleuve 105 Pour oublier ses pensées 107 Pensées du septième mois 109 Chanson sur le fleuve 111 Le pavillon de porcelaine 113 Les trois femmes du mandarin 115 En buvant dans la maison de Thou-fou 117 A huit grands poëtes qui buvaient ensemble 119 LA GUERRE L'Époux d'une jeune femme s'arme pour le combat 127 Le départ du grand chef 129 Les adieux 131 La fleur rouge 133 De la fenêtre occidentale 135 Le chien du vainqueur 137 La cigogne 139 LES POËTES Les sages dansent 143 A un jeune poëte 145 Un poëte rit dans son bateau 147 La flûte mystérieuse l49 Indifférence aux douceurs de l'été 151 La feuille blanche 153 Le poëte monte sur la montagne enveloppée de brouillard 155 Le poëte se promène sur la montagne enveloppée de brouillard 157 Le bateau de fleurs du faubourg de l'Ouest 159 Louange à Li-taï-pé 161 Envoi à Li-taï-pé le vingtième jour du douzième mois 163 Les caractères éternels 165

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