Note 10 — LE LIVRE COMMODE DES ADRESSES DE PARIS pour 1692
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Ce Benoît fut, avec plus de perfection, le Curtius du XVIIe siècle. Il faisoit, en effet, avec la cire, des portraits d’une ressemblance inouïe. Le plus curieux spécimen qui nous en soit parvenu, est celui de Louis XIV, retrouvé à Versailles par Eudore Soulié et placé aujourd’hui dans la chambre à coucher du Roi. Ses masques, dont Saint-Simon a parlé, n’étoient pas moins étonnants : « On avoit fait, dit-il, t. III, p, 135, pendant l’hiver précédent, plusieurs masques de cire de personnes de la Cour, au naturel, qui les portoient sous d’autres masques, en sorte qu’en se démasquant on y étoit trompé en prenant le second masque pour le visage, et c’en étoit un véritable, tout différent, qui étoit dessous ; on s’amusa fort à cette badinerie. » Ailleurs, t. II, p. 72, il nous avoit déjà fait voir, dans un autre bal de la Cour, un masque, dont les quatre visages de cire, représentant quatre personnes différentes, et qu’il faisoit tourner avec la plus amusante adresse, avoient intrigué tout le monde. — Benoist ne s’en tenoit pas à l’industrie des bustes et des masques, il faisoit aussi des personnages de grandeur naturelle. C’est ce qu’il appeloit son Cercle, ou le Cercle du Louvre, comme dit Robinet dans sa Gazette du 23 fév. 1667, époque vers laquelle il en commença l’exhibition. Chaque année, il l’exposoit à la foire Saint-Germain, voisine de son logement de la rue des Saints-Pères. Dancourt en fait une des principales curiosités de cette foire : « Lorange. Voyez ici, Messieurs, le Cercle nouveau des figures parlantes, aussi hautes que le naturel. » La foire Saint-Germain (1696), scène XVIII. La Bruyère n’a pas oublié Benoît. « B…, dit-il, s’enrichit à montrer dans un Cercle des Marionnettes. » Benoît devint riche en effet : lorsqu’il mourut, en 1717, il l’étoit. Le Roi y avoit aidé, en lui donnant, en 1668, le titre de son sculpteur en cire, et permission d’exposer dans tout le royaume « les personnes de tout rang qui composoient le cercle de la feue Reine, d’en faire même de nouveaux, et de masquer en cire à sa convenance. » Cette permission, qui étoit de trente ans, lui fut continuée sous forme de privilége exclusif, pour trente années encore, en 1688. Il étoit né en 1632 à Joigny, où il avoit fondé un lit à l’hôpital. V. Rev. des Soc. sav., 4e série, t. II, p. 232.