Note 10 — LE LIVRE COMMODE
Reading edition
Ce Carmeline, l’arracheur de dents, avoit été célèbre dès le temps de la Fronde. Il est souvent parlé de lui dans les Mazarinades. Sa boutique étoit sur le Pont-Neuf, au rez-de-chaussée de l’un des deux pavillons de la place Dauphine, où, suivant le Chevræana il s’étoit donné pour ingénieuse devise ce vers un peu arrangé du VIe livre de l’Œnéide :
Uno avulso non deficit alter.
Son neveu, que Blégny nous présente ici, ne le fit pas oublier. L’arracheur de dents par excellence fut toujours Carmeline. Ecoutez Racine dans une lettre à son fils, du 4 octobre de cette même année 1692 : « Si vous aviez bien lu la vie de Cicéron par Plutarque, vous auriez vu qu’il mourut en fort brave homme, et qu’apparemment il n’auroit pas fait autant de lamentations que vous si M. Carmeline lui eût nettoyé les dents. » En 1696, on ne nomme encore que Carmeline ; de son neveu et successeur Quarante pas un mot : « C’est, dit Arlequin, à la scène première du premier acte d’Arlequin Misanthrope joué cette année-là, c’est une beauté surannée, qui oublie qu’elle n’a pas une dent dans la bouche sur laquelle Carmeline n’ait une hypothèque spéciale. »