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Le Général Dourakine

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Avant de monter en voiture, le général rassembla tous ses gens, leur annonça qu'il leur avait donné à tous leur liberté, et il remit à chacun cinq cents roubles en assignats. La joie de ces pauvres gens récompensa largement le général de cet acte d'humanité et de générosité. Après leur avoir fait ses adieux, il monta dans sa berline avec sa nièce, Natasha et M. Jackson. Dans une seconde berline se placèrent Mme Dérigny, Alexandre, Michel, qui avaient demandé avec insistance d'être dans la même voiture que Jacques et Paul; sur le siège de la première voiture étaient un feltyègre 4 et un domestique; sur celui de la seconde était Dérigny. Les poches des voitures et des sièges étaient garnies de provisions, pré- caution nécessaire en Russie. Le départ fut grave; le général éprouvait de la tristesse en quittant pour toujours ses terres et son pays; le même sentiment dominait Mme Dabrovine, le souvenir de son mari lui revenait plus poignant que jamais. Natasha regardait sa mère et souffrait de ce chagrin dont elle: devinait si bien la cause. Romane tremblait d'être reconnu avant de passer la frontière, et de devenir ainsi une cause de malheur et de ruine pour ses amis; il avait passé par les villes et les villages qu'on aurait à traverser pendant plusieurs jours; mais à pied, traînant des fers trop étroits, dont le poids et les blessures qu'ils occasionnaient faisaient de chaque pas une torture. Il est vrai que, mêlé à la foule de ses compatriotes transportés en Sibérie, il avait pu ne pas être remarqué, ce qui diminuait de beaucoup le danger. Il sentait aussi la nécessité de dissimuler ses inquiétudes pour ne pas causer au général et à Mme Dabrovine une agitation qui aurait pu éveiller les soupçons du feltyègre.

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