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Le diable boiteux, tome II

APPENDICE AU DIABLE BOITEUX

Reading edition

I. PASSAGES DE LA PREMIÈRE ÉDITION SUPPRIMÉS DANS CELLE DE 1726.

Chapitre III, après le récit de la querelle d'Asmodée avec un autre démon:

Laissons là cette belle assemblée, dit D. Cléofas, et continuons d'examiner ce qui se passe en cette ville.—J'y consens, reprit le diable; rions un peu de ce vieux musicien qui chante une chanson passionnée à sa jeune femme. Il veut qu'elle en admire l'air, qu'il vient de composer; mais elle en aime mieux les paroles, parce qu'elles sont d'un beau cavalier dont elle est aimée, et qui les a données à son mari pour les mettre en chant.

Même chapitre, après l'article du souffleur:

Et qui sont, reprit l'écolier, ces femmes que je vois à table dans la maison voisine?—Ce sont deux fameuses courtisanes, répartit le diable; et ces deux cavaliers qui font la débauche avec elles sont deux des plus grands seigneurs de la cour.—Ah! qu'elles me paraissent jolies et amusantes! dit don Cléofas; je ne m'étonne pas si les gens de qualité les courent. (La suite à peu près comme dans l'histoire des trois Galiciennes, t. I, p. 33 de notre édition.)

Chapitre VI, après l'histoire du palefrenier somnambule (T. II, p. 117 de notre édition):

Qui sont ces dames, dit D. Cléofas, que je vois prêtes à se coucher?—Ce sont deux sœurs coquettes qui logent ensemble. Elles s'entretiennent depuis sept heures du matin jusqu'à ce moment d'habits et d'ameublements qu'elles ont envie d'acheter, et elles ont pris tant de plaisir à cet entretien que, pour n'être pas interrompues, elles n'ont pas même voulu voir d'aujourd'hui leurs amants.

Même chapitre, après l'histoire du charivari (T. I, p. 32 de notre édition):

Malgré le bruit de cette sérénade, dit D. Cléofas, j'en entends, ce me semble, un autre.—Oui, dit le démon. Ce bruit part d'un café où il y a quelques beaux-esprits qui disputent depuis cinq heures, et que le maître ne saurait chasser. Ils parlent d'une comédie qui a été représentée aujourd'hui pour la première fois, et dont la représentation a été troublée par des huées et des sifflets. Les uns disent qu'elle est bonne, les autres soutiennent qu'elle est mauvaise. Ils en vont venir tout à l'heure aux gourmades, fin ordinaire de ces disputes.

Chapitre VIII, après l'histoire du cabaretier accusé d'avoir empoisonné un Allemand (T. I, p. 110 de notre édition):

Le second est un bourgeois emprisonné pour avoir servi de caution à un licencié qui voulait emprunter deux cents pistoles pour marier brusquement sa servante.

Même chapitre, après l'histoire du maître à danser (T. I, p. 111):

Le plus jeune a été découvert déguisé en fille dans un couvent de religieuses.

Même chapitre, après l'histoire de la sorcière (T. I, p. 111):

Considérez dans la chambre prochaine ces deux prisonniers qui s'entretiennent au lieu de se reposer. Ils ne sauraient dormir. Leurs affaires les inquiètent, et, franchement, elles sont assez délicates. Le premier est un joaillier accusé d'avoir recélé des pierreries dérobées. L'autre est un polygame. Il y a six mois qu'il se maria par intérêt avec une vieille veuve du royaume de Valence. Il a épousé par inclination, peu de temps après, une jeune personne de Madrid, et lui a donné tout le bien qu'il a reçu de la Valencienne. Ses deux mariages se sont déclarés. Ses deux femmes le poursuivent en justice. Celle qu'il a épousée par inclination demande sa mort par intérêt, et celle qu'il a épousée par intérêt le poursuit par inclination.

Chapitre IX, après l'histoire de la marquise qui lit Hippocrate (T. I, p. 153):

Apprenez-moi, je vous prie, dit l'écolier, ce qu'a fait aujourd'hui certain homme que je vois, ce grand personnage sec et décharné qui se promène dans une petite chambre, les bras croisés; je juge qu'il a la tête embarrassée.—Vous n'en jugez point mal, répondit le démon. C'est un auteur dramatique. Comme il entend la langue française, il s'est donné la peine de traduire le Misanthrope, l'une des meilleures comédies de Molière, fameux auteur français. Il l'a fait représenter aujourd'hui sur le théâtre de Madrid, et elle a été très-mal reçue. Les Espagnols l'ont trouvée plate et ennuyeuse. C'est cette pièce qui fait dans le café le sujet de la dispute dont vous avez entendu le bruit.

—Eh pourquoi, reprit don Cléofas, cette comédie a-t-elle eu en Espagne ce malheureux sort?—C'est, répondit le diable, que les Espagnols n'aiment que les pièces d'intrigues, de même que les Français ne veulent que des comédies de caractère.—Sur ce pied-là, répliqua l'écolier, si l'on jouait présentement en France nos plus belles pièces, elles n'y réussiraient pas.—Sans doute, dit Asmodée. Comme les Espagnols sont capables d'une extrême attention, ils sont bien aises qu'on les jette dans un embarras agréable. Ils suivent sans peine l'action la plus composée. Les Français, au contraire, n'aiment pas qu'on les occupe. Leur esprit se plaît à se détacher, et ils prennent plaisir à voir tourner leur prochain en ridicule, parce que cela flatte leur humeur satirique. Enfin, le goût des nations est différent.—Mais quelle sorte de comédie est la meilleure, répliqua don Cléofas, d'une pièce d'intrigue ou de caractère?—C'est une chose fort problématique, répartit le diable. Il n'en faut pas croire là-dessus les Espagnols ni les Français. Puisqu'ils sont parties en cette affaire, ils n'en sauraient être juges. Je ne la dois pas juger non plus, moi, parce qu'étant le démon de la luxure, je protége également tous les théâtres.

Même chapitre, le passage relatif aux deux entremetteuses (T. I, p. 101) est plus long dans la première édition, et se termine ainsi:

Bon! s'il y en a! répondit le diable; il y en a partout, et principalement en France; mais il faut avoir un mérite reconnu pour y en trouver, et je vous dirai à ce sujet qu'à Paris, ces jours passez, un chevalier d'industrie s'entretenant là-dessus avec un de ses amis, lui disait: «Parbleu, mon cher, il faut que je sois bien malheureux! Il y a quinze jours entiers que je cherche une femme tributaire. Je parcours tous les matins les églises. L'après-dînée, j'épluche toutes les beautés des Tuileries. Je me montre à l'Opéra. Je parais tout débraillé à la Comédie, où tantôt je me couche sur les bancs du théâtre, et tantôt je me tiens debout derrière les acteurs. Cependant tout cela ne me mène à rien. Je n'ai pas même encore trouvé une bonne fortune sexagénaire, tandis que les plus jeunes et les plus aimables personnes de Paris sont en proie au chevalier de Tiremailles, qui n'a, sans vanité, ni ma taille ni ma jeunesse.—Oh! ne t'y trompe pas! interrompit son ami; le chevalier de Tiremailles est un fameux libertin. Il a ruiné deux femmes. Il a eu des affaires d'éclat. Il a la meilleure réputation du monde.»

Chapitre X, après l'histoire de Zanubio (T. I, p. 162):

Immédiatement après Zanubio, continua le diable, est un marchand que la nouvelle d'un naufrage a rendu fou. Dans la loge suivante est renfermé un soldat qui n'a pu résister à la douleur d'avoir perdu sa grand'mère.—Et le jeune homme qui suit ce bon soldat, dit don Cléofas, quel est le genre de sa folie?—Oh! pour celui-là, répondit Asmodée, c'est un pauvre garçon né imbécile. C'est le fils d'une Hollandaise et d'un gros commis de la douane.

Plus loin, dans le même chapitre, l'histoire des folles commence ainsi:

La première, reprit Asmodée, est une vieille marquise qui aimait un jeune officier qui servait en Flandres. Elle lui avait donné une grosse somme pour faire sa campagne. Elle s'avisa de consulter une devineresse pour savoir ce qu'il faisait. La devineresse le lui montra dans un verre. La marquise le vit aux genoux d'une jeune Flamande, et elle en a perdu l'esprit.

Plus loin, même chapitre, après l'histoire de la femme du corrégidor:

La troisième est une procureuse qui pressait son mari de lui acheter une croix de diamants de dix mille ducats. Il n'en a voulu rien faire. Elle en est devenue folle. Après la procureuse est une coquette à qui la tête a tourné de dépit d'avoir manqué un grand seigneur dont elle avait médité la ruine.—Dans ces deux petites loges au-dessous de ces dames, il y a deux servantes qui ont perdu l'esprit, l'une de douleur de n'être pas sur le testament d'un vieux garçon qu'elle a servi, et l'autre de joie en apprenant la mort d'un riche trésorier dont elle est unique héritière.

Chapitre XI, après l'histoire des deux femmes qui se rajeunissent (T. I, p. 196):

Je remarque dans une même maison, poursuivit Asmodée, deux hommes qui ne sont pas trop raisonnables. L'un est un aventurier qui va tous les jours aux audiences des grands seigneurs. Il est assez fou pour croire qu'un quart d'heure après qu'il leur a parlé ils se souviennent encore de ce qu'il leur a dit.

Même chapitre, après l'histoire du licencié qui fait imprimer ses œuvres de jeunesse (T. I, p. 200):

Je découvre dans le voisinage de ce licencié un des meilleurs auteurs que vous ayez. C'est un excellent esprit. Ses ouvrages sont pleins de sel attique. Ils sont parsemés de pensées fines et brillantes. Il a des tours neufs, des expressions hardies et toujours heureuses. Passons à son voisin: c'est un homme...—Eh! n'allez pas si vite! interrompit avec précipitation don Cléofas; vous ne dites que du bien de cet auteur, et vous me le montrez avec des fous.—Ah! il est vrai, reprit le diable; j'oubliais son défaut. Quand il lit ses pièces, il s'arrête à tous les endroits qui lui paraissent mériter des applaudissements, pour laisser à ses auditeurs le temps de lui en donner, et pour en savourer lui-même toute la douceur.

Même chapitre, après l'histoire du bachelier qui achète pour enrichir son inventaire (T. I, p. 201):

Il demeure chez ce bachelier un auteur qui réussit dans un genre d'écrire fort sérieux. Il n'est propre qu'à ce qu'il fait. Cependant il se croit propre à tout, et il ne veut point faire de comédies, parce que son comique serait, dit-il, trop fin pour affecter le parterre. S'il disait trop froid, je me garderais bien de mettre parmi les fous un homme si raisonnable.

Et quelques lignes plus loin:

Mais avant que de quitter le lieu où nous sommes, il faut que je vous parle encore d'un certain auteur que je viens d'apercevoir. C'est un homme qui possède les auteurs grecs et latins. Il emprunte d'eux toutes les pensées qu'il met dans ses ouvrages. Cependant il se croit original, et il ne traite de plagiaires que les auteurs qui pillent Lope ou Calderon.

Le chapitre XII, Des Tombeaux, débute par plusieurs histoires supprimées en 1726:

Le premier de ces huit tombeaux que vous apercevez à main droite renferme le corps d'un jeune amant mort de chagrin de n'avoir pas remporté le prix d'une course de bagues. Dans le second est un avare qui s'est laissé mourir de faim, et dans le troisième son héritier, mort deux ans après lui pour avoir fait trop bonne chère. Il y a dans le quatrième un père qui n'a pu survivre à l'enlèvement de sa fille unique. Dans le suivant est un jeune homme emporté par une pleurésie pour avoir pris des remèdes rafraîchissants.

Puis vient l'histoire de l'officier que sa femme trompait, et ensuite:

Le septième cache une vieille fille de qualité, laide et peu riche, que la tristesse et l'ennui ont consumée; et dans le dernier repose la femme d'un trésorier, morte de dépit d'avoir été obligée, dans une rue étroite, de faire reculer son carrosse pour laisser passer celui d'une duchesse. (V. t. I, p. 175.)

Ensuite viennent l'histoire du vieux mari et de sa jeune femme (T. I, p. 223), et celle du chanoine mort pour avoir fait son testament, après quoi on lit:

Auprès de cet imprudent chanoine est une belle dame immolée aux soupçons de son mari jaloux. Dans le quatrième est un dévot qui a perdu la vie pour s'être promené dans son jardin une demi-heure sans parasol, et dans le dernier une dévote pour s'être fait saigner trop souvent par précaution.

Après l'histoire du Français assassiné pour avoir donné de l'eau bénite à une dame:

Ici gît un comédien que le déplaisir d'aller à pied, pendant qu'il voyait la plupart de ses camarades en équipage, a consumé peu à peu.

Après l'histoire de la vestale morte en couches:

Et près d'elle repose un auteur dramatique qui mourut subitement d'envie au bruit des applaudissements du parterre, à la première représentation d'une pièce d'un de ses amis.

Chapitre XVI, des Songes. Immédiatement après les réflexions sur la jalousie des femmes, on trouve:

A l'égard de dona Théodora, dit l'écolier, son caractère me charme. Une femme mourir de regret d'avoir perdu son mari! O merveille de nos jours!—Cela est admirable, assurément, interrompit le démon. L'on enterra, il y a deux mois, un avocat dont la veuve ne ressemble point à celle-ci. L'avocat étant à l'agonie, sa femme en pleurs céda aux empressements de sa famille, qui, pour lui épargner la vue d'un si triste spectacle, l'enleva de sa maison. Mais avant que de sortir, l'avocate affligée appelle sa femme de chambre: «Béatrix, lui dit-elle, aussitôt que mon cher mari sera mort, va porter cette fâcheuse nouvelle à don Carlos, et dis-lui que j'en suis si touchée que je ne le veux voir de deux jours.»

L'histoire de la comtesse femme du comte galant et libéral est racontée ainsi:

C'est une liseuse de romans, une tête pleine d'idées de chevalerie. Elle fait un songe assez plaisant: elle rêve qu'elle est impératrice de Trébisonde, qu'on l'accuse d'adultère, et que tous les chevaliers qui se présentent pour soutenir son innocence sont vaincus par ses accusateurs.

Après l'histoire du vicomte Aragonais:

Si je ne me trompe, dit don Cléofas, j'aperçois dans la même maison un jeune homme qui rit en dormant.—Vous ne vous trompez pas, répartit le diable; c'est un bachelier qui fait un songe fort agréable: il rêve qu'un vieillard de ses amis épouse une belle et jeune personne; mais je remarque à deux pas de là trois hommes qui font des songes bien mortifiants.

Le premier est un souffleur qui rêve qu'on donne un curateur à un marquis dont il commence à souffler le patrimoine.

Puis viennent l'histoire des deux frères médecins et celle d'un courtisan qui rêve que le ministre le regarde de travers, et ensuite:

Je vois encore un courtisan qui vient de se réveiller en sursaut. Il rêvait tout à l'heure qu'il était sur le sommet d'une montagne, avec deux autres personnes de la cour, qui l'ont poussé sans qu'il y ait pris garde et l'ont fait tomber de haut en bas.

Après l'histoire du licencié qui défend l'immortalité de l'âme:

Auprès du licencié demeure un comédien qui songe qu'il répond des duretés à un auteur qui lui fait des compliments.

Je remarque dans un hôtel garni deux hommes qui font des songes que je ne veux point passer sous silence. L'un est un Italien de l'Académie de la Crusca. Il rêve qu'il lit à quelques-uns de ses confrères un mauvais poëme de sa façon, qu'ils applaudissent à charge d'autant.

Suit l'histoire de Fanfarronico, après laquelle on lit:

Vis-à-vis de l'hôtel garni, un notaire fait sa résidence. Vous voyez sa femme et lui couchés dans deux petits lits jumeaux. Ils font tous deux en ce moment des songes bien différents: le mari rêve qu'il rafraîchit une vieille écriture, et madame sa femme songe qu'elle est chez un marchand, où elle achète et paye argent comptant une riche étoffe, au même prix qu'une duchesse l'a refusée à crédit.

Cette histoire est la dernière de l'édition originale. Immédiatement après vient le dénouement:

Asmodée allait continuer, mais il lui prit tout à coup un frisson qui l'en empêcha. L'écolier lui demanda pourquoi il tremblait: «Ah! seigneur don Cléofas, répondit le démon, je suis perdu. Le magicien qui me tenait en bouteille vient de s'apercevoir de ma fuite. Il m'appelle; il me menace. Il fait des conjurations si fortes que tout l'enfer en retentit. Il faut que j'obéisse à sa voix. Je vais vous porter dans votre appartement, et puis je vole au galetas funeste d'où vous m'avez tiré.» En achevant ces mots, il embrassa l'écolier, l'enleva et disparut à ses yeux, après l'avoir transporté dans sa chambre.

II. Dédicace de la première édition.

AU TRÈS-ILLUSTRE AUTEUR LOUIS VELEZ DE GUEVARA.

Souffrez, seigneur de Guevara, que je vous adresse cet ouvrage. Il n'est pas moins de vous que de moi. Votre Diablo Cojuelo m'en a fourni le titre et l'idée. J'en fais un aveu public. Je vous cède la gloire de l'invention, sans approfondir si quelque auteur grec, latin ou italien ne pourrait pas justement vous la disputer.

Je dirai même qu'en y regardant de près, on reconnaîtra dans le corps de ce livre quelques-unes de vos pensées; car je vous ai copié autant que me l'a pu permettre la nécessité de m'accommoder au goût de ma nation.

Cela ne m'empêche pas de rendre justice à votre Cojuelo. Je le crois digne des applaudissements qu'il a reçus en Espagne et du bruit qu'il a fait particulièrement en Aragon, où vous l'avez mis en lumière. Je conçois bien que vos façons de parler figurées, vos images bizarres et vos pensées extraordinaires ont pu trouver chez vous des approbateurs; mais vous devez concevoir aussi que des hommes nés sous un autre climat en peuvent juger autrement. Les Français surtout, eux qui ont la justesse et le naturel en partage, ne les goûteraient pas. Je me suis donc souvent écarté du texte, ou, pour mieux dire, j'ai fait un nouveau livre sur le même fonds.

C'est ainsi que j'ai traité le seigneur Alonso Fernandez de Avellaneda. Je n'ai pas traduit plus fidèlement son D. Quichotte que votre Cojuelo. Cependant cet Avellaneda, qui avait déjà subi le sort des écrivains abandonnés des lecteurs, est présentement en quelque réputation parmi nous, au lieu que si je l'avais suivi littéralement, on me saurait mauvais gré de l'avoir tiré de l'oubli.

J'espère que vous aurez la même destinée. Si je n'ai pu prêter à votre Cojuelo tous les agréments dont il a besoin pour plaire à nos Français, je crois du moins ne lui avoir rien laissé qui doive le rebuter. Après tout, vous ne risquez rien. Si le livre n'a point de succès, vous êtes en droit de dire que je l'ai tellement défiguré qu'il n'est pas reconnaissable. Et s'il réussit, vous m'aurez obligation de vous avoir procuré l'estime de gens dont peut-être sans moi vous n'auriez jamais été connu.

III. Dédicace de 1726.

AU TRÈS-ILLUSTRE AUTEUR LOUIS VELEZ DE GUEVARA.

C'est à vous, seigneur de Guevara, que j'ai dédié cet ouvrage dans sa nouveauté. Si je me fis un devoir alors de vous rendre cet hommage, rien ne doit me dispenser aujourd'hui de vous le renouveler. J'ai déjà déclaré et je déclare encore publiquement que votre Diablo Cojuelo m'en a fourni le titre et l'idée. Ainsi je vous cède l'honneur de l'invention, sans vouloir, comme je vous l'ai dit, approfondir si quelque auteur grec, latin ou italien ne pourrait pas justement vous le disputer.

J'avouerai même encore qu'en y regardant de près, on reconnaîtrait dans le corps de ce livre quelques-unes de vos pensées. Plût au ciel qu'il y en eût davantage, et que la nécessité de m'accommoder au génie de ma nation m'eût permis de vous copier exactement! J'aurais fait gloire d'être votre traducteur; mais j'ai été obligé de m'écarter du texte, ou, pour mieux dire, j'ai fait un ouvrage nouveau sur le même plan.

Sous la forme que je lui ai prêtée d'abord, il a été réimprimé en France, je ne sais combien de fois. Nous avons partagé tous deux l'honneur du succès qu'il a eu; mais, que dis-je, partagé? J'ai passé, à Paris, pour votre copiste, et je n'ai été loué qu'en second. Il est vrai, en récompense, qu'à Madrid la copie a été traduite en espagnol et qu'elle y est devenue un ouvrage original.

J'en donne aujourd'hui une nouvelle édition que je vous adresse encore, Seigneur Louis Velez; mais, pour la rendre plus digne de revoir le jour après dix-neuf années, il a fallu le retoucher et le remettre, pour ainsi dire, à la mode. Quoique le monde soit toujours le même, il s'y fait une succession continuelle d'originaux qui semble y apporter quelque changement.

Je n'ai pas seulement corrigé l'ouvrage; je l'ai refondu et augmenté d'un volume, que les sottises humaines m'ont aisément fourni. C'est une source de tomes inépuisable; mais je n'ai point entrepris de l'épuiser. J'abandonne ce travail immense à quelqu'un de ces auteurs laborieux qui veulent bien employer une longue vie à mériter d'occuper une toise de place dans les bibliothèques. Pour moi, qui borne mon ambition à égayer pendant quelques heures mes lecteurs, je me contente de leur offrir en petit un tableau des mœurs du siècle.

Après avoir reconnu, Seigneur de Guevara, que votre Diable a toujours hypothèque sur le mien, il faut encore confesser, pour la décharge de ma conscience, que j'ai emprunté des vers et quelques images de Francisco Santos, auteur du livre intitulé: Dia y noche de Madrid. Quoique le larcin ne soit pas de grande importance, je déclare que je l'ai fait, afin que quelque mauvais plaisant ne vienne pas me comparer aux voleurs qui, pour vendre impunément une vaisselle qu'ils ont volée, en ôtent les armoiries.

Puisse le public recevoir aussi favorablement cette dernière édition qu'il a reçu la première. Je n'oserais me flatter de ce bonheur, quoique l'ouvrage soit plus nouveau qu'il n'était et que j'aie fait de mon mieux pour engager ceux qui le liront à y prendre un nouveau goût.

IV. TABLE ANALYTIQUE.

La lettre A désigne l'ouvrage espagnol de Louis Velez de Guevara, El Diablo cojuelo; la lettre B, l'édition originale du Diable boiteux.

L'astérisque (*) indique les passages ajoutés en 1726.

TOME I

Chapitre I. Quel diable c'est que le Diable boiteux. Où et par quel hasard Don Cléofas Léandro Perez Zambullo fit connaissance avec lui (A, tranco I; B, chap. I.)

On est à Madrid. Il est minuit. Léandro Perez, surpris chez Dona Tomasa et poursuivi par quatre spadassins, se sauve sur les toits. P. 1. (Dans Guevara, il est poursuivi par la justice, à l'instigation de la dame, qui veut se faire épouser.)—Guidé par une lumière qu'il aperçoit, il se réfugie dans un grenier qui sert de laboratoire à un magicien. P. 2.—Il entend les soupirs du Diable boiteux, que le magicien tient enfermé dans une bouteille. Ce que c'est que le Diable boiteux. Quelles sont ses fonctions et celles de Lucifer, Uriel, etc. P. 3.—Promesses que fait le Diable boiteux. Cléofas le délivre. Portrait du démon. P. 7.

Chapitre II. Suite de la délivrance d'Asmodée (A, tranco I; B, chap. II.), 11.

Pourquoi Asmodée est boiteux, 12 (Ceci est autrement expliqué dans Guevara).—Terreur qu'inspire le magicien au Diable boiteux. Comment celui-ci s'est attiré sa haine, 13.

Chapitre III. Dans quel endroit le Diable boiteux transporta l'écolier, et des premières choses qu'il lui fit voir, 16.

Asmodée emporte Léandro sur la tour de San Salvador. Il lui propose de lui faire voir tout ce qui se passe dans Madrid, en enlevant les toits des maisons (A, tranco I, 16).—L'avare et ses héritiers, 18.—La vieille coquette et ses charmes d'emprunt, 18.—Le vieux galant, 19 (A, tr. II).—La vieille qui se rajeunit, 19 (B, chap. VI).—Le concert ridicule, 19 (B, ch. XVI).—Le seigneur aux billets doux, 20.—Doña Fabula en mal d'enfant, 20 (A, tr. II).—Le vieux qui va au sabbat, 21 (A, tr. II).—Quel fut le démêlé qu'eut Asmodée avec un de ses confrères, 21 (autrement raconté dans A, tr. II).—Le souffleur, 22 (A, II).—L'apothicaire, sa femme et son garçon, 22.—Le prélat qui tousse, 23.—Le poëte tragique, 23.—* L'épître dédicatoire, 25.—Les voleurs chez le banquier, 25 (A, II).—Le marquis à l'échelle de soie, 25 (A, II).—Le greffier et son démon, 26.—Etrange pudeur d'une veuve (B, ch. VI).—* Le bachelier Donoso, 27.—* L'amoureux transi, 28.—Le contador qui veut fonder un monastère, 29 (B, ch. VI).—* La veuve et les deux conseillers, 29.—* Les deux joueurs qui s'entretuent, 29.—Le chanoine frappé d'apoplexie, 31 (B, ch. VI).—Les deux frères morts de la même maladie, 31, (B, ch. VI).—Le charivari, 32 (B, ch. VI).—* Le trio ridicule, 32.—* Les trois Galiciennes, 33.

Chapitre IV. Histoire des amours du comte de Belflor et de Léonor de Cespedes, 34.

La femme, le jeune mari et le vieil amant, 69 (B, ch. VI).

Chapitre V. Suite et conclusion des amours du comte de Belflor (B, chap. V), 70.

Chapitre VI. Des nouvelles choses que vit Don Cléofas, et de quelle manière il fut vengé de Dona Tomasa, 99.

Le grand seigneur endetté, 99.—* Le président qui va chez l'Asturienne, 100.—Le compilateur, 100.—Les deux entremetteuses, 101 (B, chap. IX).—L'impression clandestine, 103.—L'inquisiteur malade, 104 (B, ch. IV).—Combat des rivaux de Don Cléofas, 108 (B, chap. VII).

Chapitre VII. Des prisonniers (B, chap. VIII), 109.

Le cabaretier empoisonneur, 110.—L'assassin de profession, 110.—Le maître à danser, 111.—L'amoureux arrêté comme voleur, 111.—La feinte sorcière, 111. Le cabaretier et le sergent, 112.—Le valet de chambre accusé de viol, 118.—L'écuyer de la duchesse, 119.—Le chirurgien qui a saigné sa femme, 120.—* Le gentilhomme qui a tué son frère, 121.—* Domingo et le maître d'hôtel, 122.—* Le Castillan qui a souffleté son père, 137—* Les voleurs de grand chemin qui s'évadent, 137.—Les vingt ou trente filous, 138.

Chapitre viii. Asmodée montre à Don Cléofas plusieurs personnes, et lui révèle les actions qu'elles ont faites dans la journée (B, chap. IX), 136.

Le capitaine et l'usurier, 139.—Les deux filles qui ont perdu leur père, 142.—L'aventurière aragonaise, 143.—Le cavalier qui a écrit des lettres, 143.—* Le mari qui s'endort aux reproches de sa femme, 145.—La comtesse qui lit Hippocrate, 153.—* Le mendiant manchot, 154.—* Le poëte et le peintre, 155.—Le banquier et son père le savetier, 156.

Chapitre IX. Des fous enfermés (B, chap. X), 161.

Le nouvelliste castillan, 161.—* Le licencié qui se croit archevêque, 161.—* Le pupille enfermé par son tuteur, 162.—Le grammairien, 162 (A, tr. III).—Le marchand ruiné, 162.—Le capitaine Zanubio, 162.—* Le mari fou de la mort de sa femme, 170.—Le portier enrichi, 171.—L'amoureux fou, 171.—Sa chanson, 172.—Chanson française, 172.—* L'envieux, 173.—* Le vieux secrétaire, 173.—Le Mécène ruiné, 174.—La femme du corrégidor, 175.—La femme du conseiller, 175.—La bourgeoise qui voulait épouser un grand seigneur, 175.—* Doña Béatrix et Doña Mencia, 175.—* L'ayeule de l'avocat, 177.—* La vieille folle de regret, 177.—* Doña Emerenciana, 178.

Chapitre X. Dont la matière est inépuisable (B, ch. XI), 195.

Le mari de l'aventurière, 195.—L'homme aisé qui se fait domestique, 195 (A, tr. III).—La veuve du jurisconsulte, 196.—Les deux filles de cinquante ans, 196.—Les femmes qui se rajeunissent, 196.—* Prudent emploi de l'argent, 199.—Le peintre de portraits, 199.—La veuve et son testament, 200.—Le vieux licencié qui imprime ses gaudrioles, 200.—La coquette qui se croit aimée de tous les hommes, 201.—Le chanoine qui achète pour enrichir son inventaire, 201.—* Le courtisan par vanité, 202.—* Ceux qui font de la nuit le jour, 203.—* L'amoureux de la pantoufle, 203.—* L'homme à équipage qui rougit d'aller en carrosse de louage, 204.—* Celui qui va toujours en carrosse de louage pour ménager ses mules, 204.—* Le vieil amoureux qui raconte ses prouesses d'autrefois, 205.—* Le comte vêtu à l'ancienne mode, 205.—* La vieille veuve qui a donné son bien à ses enfants, 205.—* Le vieux garçon qui épouse sa blanchisseuse, 206.—Le comte, son frère et le bel esprit, 207.—* L'amateur de fleurs, 207.—* L'histrion modeste, 207.—* Le chevalier aimé de la fille d'un grand, 207.—* Portraits vivants de Bollanus, de Fufidius et de Marsæus, 208.—* La sérénade, 208.

* Chapitre XI. De l'incendie, et de ce que fit Asmodée en cette occasion par amitié pour Don Cléofas, 213.

Chapitre XII. Des tombeaux, des ombres et de la mort, 218.

L'officier trompé par sa femme, 219.—Jeune cavalier tué par un taureau, 219.—Le prélat mort pour avoir fait son testament, 219.—* Le courtisan assidu, 219.—* L'ambassadeur ruiné, 220.—* Le négociant et son épitaphe, 220.—* Le grand sommelier, 221.—* La duchesse qui change de directeur, 221.—Le vieux mari et sa jeune femme. 223.—* Le premier ministre, 224.—* La belle bourgeoise, 224.—* Le tombeau d'un auteur de comédies, 225.

* Des ombres: Le bourgeois fier; les amis buveurs, 226.—L'Allemand qui mettait du tabac dans son vin, 228.—Le Français qui offrait l'eau bénite aux dames, 228.—* Les comédiennes mortes, l'une d'envie et l'autre de débauche, 229.—La vestale morte en couches, 229.

* De la mort: le bourgeois regretté des siens; le conseiller et ses trois neveux; le jeune seigneur qui a la petite vérole; le vieux religieux; l'évêque d'Albarazin; la vieille courtisane malade de dépit, 229 à 234.

TOME II

Chapitre XIII. La force de l'amitié, histoire, 5.

Chapitre XIV. Le démêlé d'un auteur tragique avec un auteur comique, 47.

Chapitre XV. Suite et conclusion de l'Histoire de l'amitié, 59.

Chapitre XVI. Des songes, 109.

Le comte galant et libéral, 111.—La comtesse joueuse, 111.—Le marquis et son intendant, 111.—Le vicomte aragonais, 111 (A, tr. II).—Les deux frères médecins, 112.—Le courtisan regardé de travers, 112.—La jeune dame qui allait succomber, 113.—Le procureur et sa femme, 113.—Le gros chanoine, 114.—Le marchand de soie et ses créanciers, 114.—Le libraire qui rêve, 114.—* Les libraires dupés, 115.—L'amant trop respectueux, 116.—Le licencié qui défend l'immortalité de l'âme, 116.—Don Baltazar Fanfarronico, 117.—* Le gouverneur qui se rend, 117.—* L'orateur qui reste court, 117.—Le palefrenier somnambule (B, chap. VI), 117.—* Le vice-roi du Mexique et sa nièce, 118.—* La médisante, 119.—* Le bourgeois qui ramasse de l'or, 120.—* Les deux comédiennes, 120.—* La métamorphose, 121.—* Le comédien dans l'Olympe, 122.

* Chapitre XVII, où l'on verra plusieurs originaux qui ne sont pas sans copies, 124.

Les gueux: le boiteux; le teigneux; le cul-de-jatte, 124.—La comédienne en couches, 126.—Le chasseur amoureux, 126.—Le jeune bachelier et son oncle, 127.—Le bourgeois qui veut marier sa fille, 127.—L'auteur avare et vaniteux, 128.—La veuve allemande et son amoureux, 128.—Le philosophe cynique, 130.—Le gentilhomme ruiné et son dernier ami, 131.—Le Contador et la Galicienne, 132.—Le gentilhomme auteur, 133.—Les deux auteurs, 134.—Le novice qui a trouvé un trésor, 134.

* Chapitre XVIII. Ce que le diable fit encore remarquer à don Cléofas, 135.

Le médecin qui joue aux échecs, 135.—Les aventurières qui vivent à frais communs, 136.—La porte du marché, 138.—Le lever du roi; les éloges satiriques; les chevaliers; l'ancien flibustier; le hidalgo pauvre, 139.—Le livre censuré, 142.—Le cadet catalan, 143.—Le bourgeois obligeant et le seigneur ingrat, 145.—Le bourgeois parvenu, 145.—Le poëte satirique, 146.—Le grand juge de police, 146.

* Chapitre XIX. Des Captifs, 149

Le captif dont la femme est remariée, 151.—Celui dont le bien a été dissipé par ses frères, 151.—Celui qui trouve un riche héritage à recueillir, 151.—Le captif amoureux et son infidèle, 152.—Le paysan et la sœur du gentillâtre, 152.—Le captif aimé de la femme de son maître, 162.—Le barbier et son fils enrichi, 162.—Le médecin aragonais, 163.—Le cordelier, 164.

* Chapitre XX. De la dernière histoire qu'Asmodée raconta; comment, en la finissant, il fut tout à coup interrompu, et de quelle manière désagréable pour ce démon don Cléofas et lui furent séparés, 165.

Histoire d'un trésor, de celui qui le trouva et de celui qui l'avait caché, 163.—Asmodée est contraint de retourner auprès du magicien, 181.

* Chapitre XXI. De ce que fit don Cléofas après que le diable boiteux se fut éloigné de lui, et de quelle façon l'auteur de cet ouvrage a jugé à propos de le finir, 182.

Cléofas épouse doña Séraphina, que le Diable boiteux, sous les traits de l'écolier, avait sauvée de l'incendie, 190.

APPENDICE.

Le vieux musicien et sa jeune femme, 193.—Les deux courtisanes, 193.—Les deux sœurs coquettes, 193.—Dispute littéraire dans un café, 194.—Le bourgeois caution d'un licencié, 194.—Le jeune homme déguisé en fille, 194.—Le joaillier accusé de recel, 194.—Le polygame, 194.—Le traducteur du Misanthrope, 195.—L'amoureux à gages sans emploi, 196.—Le marchand devenu fou (V. t. I, 162), 196.—Le soldat qui a perdu sa grand'mère, 196.—L'imbécile, 196.—La vieille marquise et le jeune officier, 197.—La procureuse, 197.—La coquette qui a manqué un grand seigneur, 197.—Les deux servantes, 197.—Le courtisan, 197.—L'auteur de mérite, 197.—L'auteur sérieux, 198.—L'auteur qui copie les anciens et se croit original, 198.—L'amant mort de chagrin, 198.—L'avare mort de faim et son héritier mort d'excès, 198.—Le père dont la fille a été enlevée, 198.—Le jeune homme mort de pleurésie, 199.—La vieille fille morte d'ennui, 199.—La femme du trésorier, 199.—La femme du mari jaloux, 199.—Mort d'un dévot et d'une dévote, 199.—Le comédien qui allait à pied, 199.—L'auteur dramatique mort d'envie, 199.—La veuve inconsolable... pendant deux jours, 199.—La comtesse qui lit des romans, 200.—Le jeune homme qui rit en dormant, 200.—Le souffleur désappointé, 200.—Le courtisan qui rêve, 200.—Le comédien qui rudoie un auteur, 200.—L'académicien de la Crusca, 201.—Le notaire et sa femme, 201.—Séparation de l'écolier et du Diable boiteux, 201.

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