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La vie d'Ernest Psichari

Note (retour) — Front matter

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Avec tout cela, je n'ai pas la foi. Je suis, si je puis dire cette chose absurde, un catholique sans la foi. Je pensais à moi et assez tristement en lisant cette belle page 14: «Il semble qu'en ce temps la vérité soit trop forte pour les âmes...» et je me demandais si tu pouvais bien me tenir rigueur de mon impiété. Il me semble pourtant que je déteste les gens que tu détestes et que j'aime ceux que tu aimes et que je ne diffère guère de toi qu'en ce que la grâce ne m'a pas touché. La grâce! Voilà le mystère des mystères. Tu vas me dire de ne pas tomber dans l'erreur janséniste et que l'homme est libre et qu'il peut par ses oeuvres sinon forcer, du moins provoquer la grâce (je ne sais pas si je dis bien). Mais non, je sens qu'arrivé au tournant où je suis, il n'y a plus rien à faire qu'à, attendre. «Abêtissez-Vous», me dit Pascal, mais c'est impossible: on ne peut pas plus s'abêtir que se donner de l'intelligence. Vais-je lire, apprendre? Mais les disciples d'Emmaüs n'ont pas cru après l'enseignement du Christ. «Deum quem in Scripturae Sanctae expositione non cognoverant, in panis fractione cognoscunt», dit saint Grégoire, dans une phrase qui me fait rêver infiniment. Et nullement semblable à l'aveugle qui ne demande pas la guérison, j'appelle à grands cris le Dieu qui ne veut pas venir 15...

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