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La vie d'Ernest Psichari

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Cette heure lui semblait être venue. Comme tous ceux de son âge, Psichari en avait la certitude: «Notre génération, nous écrivait-il, notre génération—celle de ceux qui ont commencé leur vie d'homme avec le siècle—est importante. C'est en elle que sont venus tous les espoirs, et nous le savons. C'est d'elle que dépend le salut de la France, donc celui du monde et de la civilisation. Tout se joue sur nos têtes. Il me semble que les jeunes sentent obscurément qu'ils verront de grandes choses, que de grandes choses se feront par eux. Ils ne seront pas des amateurs ni des sceptiques. Ils ne seront pas des touristes à travers la vie. Ils savent ce qu'on attend d'eux3.» Et parce qu'il prenait une conscience nette de l'événement qui dominerait nos vies, nous trouvions à méditer sur l'aventure de cet officier, fils d'intellectuels. Ne nous avait-il pas déjà donné sujet de l'envier, ce soldat au grand coeur qui réalisait tout ce que nous souhaitions de posséder: goût de l'action, désir du rêve... Et dans cette lente reprise de nous-mêmes que nous accomplissions, nous exaltions cette vie déjà si pleine, si riche de témoignages, qui nous faisait oublier la laideur et les misères où nous nous agitions, pour nous découvrir les vertus qui seules donnent du prix à l'existence. Lorsque Psichari nous revenait des continents perdus, les yeux lavés par les horizons libres de l'Afrique, c'est à ce solitaire que nous demandions le mot de nos destinées, c'est lui que nous interrogions sur nous-mêmes, c'est de cet exilé que nous attendions les paroles qui élèvent et qui fortifient. C'est ainsi qu'il nous avait restitué le sens des vertus et de la gloire des armes4. Nous devions à son exemple une certaine tension de l'âme qui nous avait aidés à rejeter les piperies d'un enseignement meurtrier. Mais, sous cette fièvre de l'action, nous sentions que se débattait une plus grande misère, ce mal inconnu qui nous laissait désemparés devant la vie, ce désir éperdu que la vérité et la pureté ne fussent point que de vains mots.

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