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La vie d'Ernest Psichari

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Si l'Afrique avait été le lieu de sa purification et de son attente, Paris réservait à ce soldat d'autres tribulations, par lesquelles Dieu l'éprouverait de définitive façon et lui ferait payer les grâces dont il voulait le combler b. Quand nous revîmes Psichari, à la fin de décembre 1912, il nous confia son angoisse, celle-là même dont notre âme était justement tourmentée. Après trois années de séparation, nos coeurs fraternels se retrouvaient, travaillés d'une pareille souffrance. Nous faisions à la vie la même interrogation pressante, décisive, et nous nous refusions à ce que notre destinée n'eût aucun sens. Nous ne pouvions nous passer d'un absolu moral. Nous avions éprouvé la vanité des doctrines et des belles idées que nos professeurs nous avaient servies à profusion. «Nous cherchions un maître, un maître de vérité», et pour cela, nous étions prêts à changer nos existences, mais non pas pour un système quel qu'il fût ... Par quelle correspondance vraiment divine, ce jeune officier qui revenait de l'Adrar, tout frémissant d'action et revêtu de gloire guerrière, nous confiait-il ce même besoin que nous renoncions à satisfaire dans la raison dépravée des modernes? Tous les deux, sans confesser la foi catholique, nous apercevions déjà, dans la beauté de l'Église, l'éclat de la beauté éternelle. Nous savions qu'il n'y avait qu'elle qui pourrait nous donner la certitude, que rien, dans la vaste et charnelle futilité du temps présent, ne nous la procurerait. Nous savions que l'Église seule était capable de nous refaire. Notre intelligence n'avait rien à opposer à ses dogmes, bien plus, nous étions persuadés que là seulement était la vérité. Nous savions tout cela et pourtant nous ne croyions point, nous demeurions indécis devant le seuil de la maison de Dieu, nous hésitions devant l'affirmation qui est la gloire de l'Église. Et tous deux, nous nous déclarions, cette chose dérisoire, des catholiques sans la grâce. Tel est l'aveu qu'au début de 1913, Ernest Psichari faisait anxieusement à l'ami qui, plus avancé que nous-mêmes dans la foi et dans la vraie science, l'avait assisté par la prière et qui allait le presser, dans cet instant décisif, de se laisser informer «par l'esprit ecclésiastique, qui est le Saint-Esprit».

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