Note 204 — DEUXIÈME PARTIE
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Ce sentiment n’est pas particulier aux Senoussis. D’une façon générale, les Arabes de la Tripolitaine n’aiment point les Turcs, qu’ils tiennent pour des étrangers, uniquement préoccupés des impôts à faire payer par les habitants du pays. Les procédés en usage dans l’administration ottomane, les abus fréquents qu’elle commet ne font qu’augmenter cette aversion ; d’autre part, les soldats turcs, envoyés pour faire rentrer l’impôt, se montrent volontiers très durs pour les Arabes, qu’ils détestent tout particulièrement. C’est pourquoi un grand nombre de Bédouins, plus de 30.000 dit-on, ne voulant pas payer les taxes très lourdes qui frappaient leurs troupeaux, ont préféré émigrer en territoire égyptien. Ils rentreront vraisemblablement dans la Cyrénaïque, quand l’occupation italienne soumettra ce pays à une administration régulière.
Hassoun Karamanli Pacha, le syndic actuel de Tripoli, pressenti dès 1890, sur l’ordre de Crispi, au sujet d’une action italienne dans le vilayet, avait déclaré que le pays était las de la domination ottomane.
Le cheïkh Moḥammed el Haïchi signale la demi-hostilité qui règne entre Turcs et Senoussis : « Je dois dire à ce sujet, écrit-il, que les Turcs, même ceux des classes élevées, sont mal disposés envers le cheikh El Mahdi..... De son côté, le cheikh El Mahdi ne sympathise pas avec eux, c’est du moins ce que j’ai constaté quand je fréquentais les Khouans.
« Le cheikh Sidi Ahmed Mokhtar, chef de la confrérie à Mourzouk, me raconta le fait suivant : Le grand Sidi Moḥammed Senoussi aimait si peu les Turcs qu’un jour il appela sur eux la malédiction divine en disant : « O Dieu, faites que toutes les fois que les Turcs occuperont un pays de la terre, ce pays soit occupé après eux par les Européens ! » (Voyage au pays des Senoussia, page 106.)