Front matter (continued 2)
Reading edition
En revenant des vacances, l’enfant se portait mieux : deux mois de vie au grand air sont un précieux dérivatif. Il avait oublié la caserne et ses mœurs : il n’était point guéri, mais il s’en fallait peu. Il se lie avec un nouveau, plus jeune que lui de dix-huit mois, qui arrivait, tout interdit, de sa province. Cette amitié devient rapidement de l’amour.
Les deux enfants ne se quittaient plus. Charles D… était fort arriéré, il donnait ses devoirs à corriger à Henri. Les jeudis et dimanches, on travaillait ensemble.
Sans doute ils causaient, comme cela se fait, des scandales de la veille, mais ils demeuraient chastes : l’idée de se livrer ensemble à des plaisirs honteux ne s’était pas présentée à leur esprit.
— Mais, me direz-vous, alors c’était de la pure amitié ?
— Non point, lecteur ; c’était bel et bien de l’amour, car Charles était un joli enfant, doué du caractère le plus affable, le plus bienveillant. Il était sous la protection immédiate de Henri, dont il absorbait la pensée et la vie.
Savez-vous quel prodige fit cet amour ? — Henri désapprit tout à fait l’onanisme. Lorsque, dans un rêve érotique, il lui arrivait de hâter le spasme, le lendemain il était morne et soucieux. Il se mettait au travail avec une sorte de fureur. Confiait-il ces choses à Charles ? Je ne le crois point. Car vraiment c’eût été une expérience périlleuse.
Cet amour, fortifié par quelques brouilles et quelques raccommodements délicieux, dura huit mois, presque l’année scolaire. La tante d’Henri se félicitait du caractère franc, ouvert de son neveu ; elle avait remarqué le rétablissement de sa santé, et comment son teint, son regard s’étaient insensiblement éclaircis. « Il s’est corrigé, pensait-elle ; il a la volonté du bien : il arrivera ! »
— Ah, madame, pourquoi n’avez-vous pas saisi cette occasion infiniment rare d’arracher un enfant aux flétrissures du collége ! Alors il était possible encore d’en faire un homme. Par un véritable miracle, le cœur avait momentanément fait taire les sollicitations furieuses des sens surexcités par deux ans d’onanisme. Dans votre foyer calme et affectueux, la passion se fût définitivement épurée, et l’amour de Charles D… n’eût servi à Henri que d’une sorte de transition à l’amour de la femme. La nature allait reconquérir ses droits. Les livres, la science, l’étude eussent d’abord captivé cet être bon, et effacé les impressions funestes.
Cela ne se passa pas ainsi. Par une soirée de juin. Henri et Charles, qui avaient peu à peu laissé les amis s’introduire entre eux deux, tenaient je ne sais quelle conversation malpropre. Maintes fois, Henri avait été accusé de faire de Charles son complice, et il avait repoussé avec indignation un tel soupçon. Mais depuis quelques jours, par suite d’un changement dans les dortoirs, il se trouvait coucher à côté de son ami. La tentation était trop forte, et de ce soir-là même leur amour s’abîma dans le vice.
C’est ainsi que l’idéal, dans les quatre murs du collége, confine à l’onanisme, et que les premières aspirations, si vous ne les surveillez point, se trompent d’objet, et se satisfont aux dépens de l’intelligence et du sens moral. Lecteur, si, comme Henri C…, votre fils est retombé à l’âge de seize ans dans les pratiques unisexuelles, soyez certain qu’il est perdu. De cette seconde crise on ne se relève point.
Quels que soient les débuts d’une union semblable, le jeune homme, au collége, dans cette épaisse atmosphère de vice, succombe nécessairement. Au moment même où les premières ardeurs de l’âge l’aiguillonnent, il n’est entouré que d’excitations. Dans l’air moite de l’étude, sa tête s’enflamme au contact des bouquins classiques eux-mêmes, et les dissertations de Platon font vibrer toutes les cordes de son être. Le corps a besoin d’être fatigué, et c’est l’esprit que l’on surexcite : cet adolescent est soumis au traitement spécial qui convient à un vieillard.
Entourez-le maintenant d’êtres vicieux : je défie qu’il résiste ! Il n’y a point de séminariste que sa robe protégerait contre ces provocations de tous les instants. Eh ! le ridicule même le récompenserait, s’il prétendait garder la pureté de son corps. A l’étude, aux récréations, au dortoir, la sensualité l’assiége, ce que les camarades appellent le chauffage, paroles et actes.
Imaginez ce jeune homme libre : lâchez-le sur les boulevards. Il verra là des filles en grand nombre, mais elles sont dans la foule ; mais il n’est pas forcé de vivre à leur contact ; mais mille autres objets contribuent à le distraire. Sa timidité même, s’il a toujours vécu dans sa famille, le retient, et ce n’est pas du désir qu’il éprouve pour ces prostituées, c’est de l’horreur.
Les prostitués, au collége, sont la foule elle-même : il est obligé de leur donner la main, de manger avec eux, et de dormir près d’eux. Je déclare impossible qu’il ne soit pas souillé.
J’ai connu un jeune homme qui avait gardé ses mœurs pures dans ce mauvais lieu. Il avait un vice de conformation qui constituait presque l’impuissance. Il vivait assez solitairement ; on lui rendait la vie malheureuse par les railleries ignobles dont on l’accablait ; il est parti avant d’avoir fini ses études.
Nous avons vu tout à l’heure Henri C… se dégrader par amour. Dans ses lettres, Horace voulant se justifier de désirer Mignon, allègue quelquefois l’indifférence cruelle que celui-ci lui a toujours témoignée. Toute sa dialectique amoureuse se résume en cette alternative :
A-t-il n’a-t-il pas } du cœur ?
On penche pour l’affirmative quand Mignon se montre gracieux, et pour la négative lorsqu’il querelle. Mais aimé ou point, il est facile d’indiquer l’identité du but où tend la passion d’Horace.
Ceci est écrit dans les bons jours où l’affirmative l’emportait :
Sombres pensées, retirez-vous ; laissez mon cœur aimer, laissez les rêves les plus beaux se former dans ma tête, retirez-vous, je ne vous crois pas ; mon cœur est pur, il ne peut vous croire. N’est-ce pas lui qui, depuis trois jours, vient se mêler à mes rêves ? N’est-ce pas lui que je vois, qui m’embrasse qui me répète ce doux mot : Je t’aime, et que je couvre de mes baisers ? N’est-ce pas lui que, depuis trois nuits, je vois à mes côtés et qui m’enlace de ses bras blancs pendant mon sommeil ? N’est-ce pas lui que maintenant je vois étendu sur sa couche et cherchant en vain le sommeil ? Il rêve, il pense à moi, il pense que demain enfin il pourra serrer ma main, et il appelle, en murmurant des mots d’amour, l’amour qui tarde tant à venir. Il se dit que je dors, et il voudrait être un ange pour venir contempler mon sommeil et déposer un baiser sur mon front ! Oui, il m’aime. Oui, je puis enfin le dire : Nous nous aimons.
On le voit, quand cet ange a du cœur, il inspire des sentiments très vifs, et l’amour d’Horace se réduit à de simples désirs pédérastiques.
Mais quand il n’en a pas ? — Il en est absolument de même :
… Sans doute ce que j’ai dit ce soir est exagéré, mais je n’en conviens pas moins que mon amour pour Mignon n’est pas très pur. A qui la faute ? Quand donc cesseras-tu de m’accuser ? Si tu avais réfléchi ce soir, si tu avais approfondi un peu plus le cœur humain lorsque tu parlais, m’aurais-tu lancé la pierre ?
Oui, il y a peu de temps encore, ma passion pour pour lui était très pure. Mais il m’a changé. Pourquoi est-il si indifférent ? On n’aime point si l’on n’est aimé, du moins l’on n’aime pas longtemps. Ces passions sans retour qui font tant de malheureux ne sont fondées que sur les sens. Ainsi donc, lorsqu’on n’est pas aimé, on n’aime pas longtemps, tout juste le temps de contenter ses sens.
Puisque je ne puis aimer son cœur, ses qualités (qui lui font défaut), que puis-je aimer ? Tu le sais, ce que j’aime, c’est sa beauté. Lorsque l’on n’aime que la beauté, tu sais à quoi cela mène, sans compter que l’on est un égoïste. Mais encore une fois, à qui la faute ? J’ai frappé à la porte de son cœur : elle est restée fermée…
Je ne sais que deux moyens devant tant d’indifférence : le quitter ? Mais mon cœur ne le peut ; ou aimer quoi ? son corps. Je le dis avec franchise…
Je serais pourtant si heureux de l’aimer PUREMENT s’il avait un cœur.
Le refrain persiste : S’il avait un cœur ! Il se referait une virginité sans doute.
Horace est imbibé de phrases de roman : tout cela découle pour peu qu’on le presse ; c’est une écritoire intarissable, c’est un flot poétique qui roule un fond de gravelures. Il lui est arrivé d’abuser le plus étrangement du monde de ce mot : cœur.
C’était un jeudi soir à l’étude : il se trouvait entre Mignon et Q…, un lapin, grâce aux soins de L… que ces intrigues réjouissaient. Horace lui fit passer ce billet :
Est-ce que tu aurais l’intention, par cette invention, de nous exciter et de nous familiariser avec les endroits sensibles ? Tu sais qu’un feu brûlant coule dans mes veines et que mon jeune voisin n’est pas moins ardent. N’allume donc pas en nous un incendie qui par sa force pourrait nous être funeste. Entre les deux mon cœur ne balancerait bientôt plus ; car mon charmant voisin de droite sait aimer ; IL A DU CŒUR.
Voilà l’aveu ; voilà le mot qui illumine toutes les lettres précédentes et détermine, caractérise les amours de collége.
Je crois avoir montré suffisamment par tous ces extraits quelle est la marche de la corruption ; comment l’intelligence devient la dupe, souvent complaisante, des sens, et quelle dépravation morale résulte de ces passions ambiguës. Le jeune homme prétend toujours viser au bien ; il se félicite d’aimer, se glorifie de ces premières expansions, et il mêle si bien, si longtemps les mots amour, vertu, cœur, honneur, que les idées elles-mêmes se fondent et se confondent : la fange reflète encore les splendeurs de l’idéal.
— « Il n’est qu’un bonheur au monde, dit un personnage d’un roman de George Sand : c’est l’amour, et il faut l’accepter par vertu. »
Cette philosophie-là est celle de notre Horace ; elle court les colléges : seulement là, faute de femmes, la communion a lieu entre êtres du même sexe.
Précédemment, j’ai nommé Platon. Le poëte a donné la théorie et la loi de cette prostitution juvénile. Diotime, la prophétesse de Mantinée, s’exprime en ces termes dans le Banquet :
« Celui qui veut atteindre à ce but par la vraie voie doit, dès son jeune âge, commencer par rechercher les beaux corps. Il doit en outre, s’il est bien dirigé, n’en aimer qu’un seul, et, dans celui qu’il aura choisi, engendrer de beaux discours. Ensuite, il doit arriver à comprendre que la beauté qui se trouve dans un corps quelconque est la sœur de la beauté qui se trouve dans tous les autres. En effet, s’il faut rechercher la beauté en général, ce serait une grande folie de ne pas croire que la beauté qui réside dans tous les corps est une et identique. Une fois pénétré de cette pensée, notre homme doit se montrer l’amant de tous les beaux corps, et dépouiller, comme une petitesse méprisable, toute passion qui se concentrerait sur un seul. Après cela, il doit regarder la beauté de l’âme comme plus précieuse que celle du corps ; en sorte qu’une belle âme, même dans un corps dépourvu d’agréments, suffise pour attirer son amour et ses soins, et pour lui faire engendrer en elle les discours les plus propres à rendre la jeunesse meilleure. Par là, il sera nécessairement amené à contempler la beauté qui se trouve dans les actions des hommes et dans les lois, à voir que cette beauté est partout identique à elle-même, et conséquemment à faire peu de cas de la beauté corporelle. Des actions des hommes il devra passer aux sciences, pour en contempler la beauté ; et alors, ayant une vue plus large du beau, il ne sera plus enchaîné comme un esclave dans l’étroit amour de la beauté d’un jeune garçon ; mais, lancé sur l’océan de la beauté, il enfantera avec une inépuisable fécondité les discours et les pensées les plus magnifiques de la philosophie, jusqu’à ce qu’ayant affermi et agrandi son esprit par cette sublime contemplation, il n’aperçoive plus qu’une science, celle du beau. »
Ce chemin poétique que trace Diotime de la pédérastie à la vertu est parcouru par tous les jeunes gens réduits à vivre en troupeau ; seulement il est parcouru à rebours, et c’est là la marche naturelle des choses. Le poëte grec, non-seulement accepte la fatalité des sens, mais il prétend la prévenir et soumettre ceux-ci d’abord en leur donnant satisfaction. Cette fiction philosophique a pris corps, et la lubricité moderne, dont nos romanciers sont les interprètes, s’est inspirée de ces rêveries hyperphysiques.
C’est là la bibliothèque où Horace puisait les « arguments » de sa passion. Ses lettres ne pourraient-elles point porter en épigraphe cette autre proposition de Platon ?
« Dans l’espérance de parvenir à une grande perfection, on est capable de tout entreprendre ; il est donc beau d’aimer pour la vertu ; cet amour est celui de la Vénus céleste ; il est céleste lui-même, utile aux particuliers et aux États, et digne d’être l’objet de leur principale étude, puisqu’il oblige l’amant et l’aimé à veiller sur eux-mêmes, et à s’efforcer de se rendre mutuellement vertueux. »
Cette rhétorique exerce un puissant attrait sur certains esprits d’élite : elle contribue à la dépravation de l’individu. Quant à la foule, elle n’est point capable de lire, et j’ai dit déjà que les pratiques vicieuses précédaient généralement toute initiation par les livres.
Jusqu’ici, le lecteur remarquera que je me suis abstenu de parler de la femme. Quelle part la femme a-t-elle dans l’existence du collégien ? — Petite. Richard, celui qu’Horace appelait ironiquement « le mari de Mignon », Richard avait une maîtresse qu’il allait voir tous les dimanches ; mais, un jour, ayant projeté une partie de campagne avec Mignon, il oublia d’avertir sa maîtresse, et ne la revit plus. Si ce fait n’était pas assez éloquent par lui-même, je n’hésiterais pas à affirmer qu’aucune femme n’eût pu destituer Mignon dans le cœur de ses amants. Lorsque l’esprit est dépravé, le cœur est peu susceptible de ces amours honnêtes que la nature justifie. L’adolescent repu d’images et de pensées obscènes est plus porté à dédaigner la femme qu’à l’aimer ; à cet égard, il est moralement impuissant : tout au plus souffre-t-il la fille.
Tissot note cet effet du vice :
« Un symptôme commun aux deux sexes, c’est l’indifférence qu’il laisse pour les plaisirs légitimes de l’hymen, lors même que les désirs et les forces ne sont pas éteints : indifférence qui non seulement fait bien des célibataires, mais qui souvent poursuit jusque dans le lit nuptial… Je connais un homme qui, instruit à ces pratiques par un précepteur, éprouvait un profond dégoût pour sa femme dès les premiers jours de son mariage. »
Dans l’amour unisexuel, il y a une brutalité qui ne s’accommode pas des soupirs et du dévouement délicat de l’amour honnête. Ce jeune homme que vous voyez dans un salon, gauche et renfrogné, souffre d’avoir été déplacé de son milieu. On a dit que ce que nos pères appelaient la galanterie n’existe plus. Eh ! comment demandez-vous d’être aimable, prévenant, de chercher des flatteries fines et gracieuses, de marivauder, au besoin, à un jeune homme chez lequel l’accoutumance du plaisir le plus brutal a éteint le désir ? C’est un des symptômes frappants de notre démoralisation, que le mépris de la femme. L’homme, avant d’en arriver là, a appris dès le collége à se mépriser lui-même. Le malheureux a gâté à l’avance toutes les délicieuses illusions qui font la vie charmante. Il ne peut pas même se dire blasé, car il n’a pas désiré. Sa virtualité d’émotion s’est épuisée avant qu’il ait atteint l’âge où il est seulement capable de goûter les plus douces émotions. Le corps, la tête et le cœur sont déflorés. Il est condamné à vivre bestialement, privé des jouissances de l’imagination. Il ne voit de toutes choses que la surface grise et terne ; il ne peut même pleurer et se désespérer, car c’est à peine s’il comprend que la perte qu’il a faite est irréparable.
Je racontais un jour ces tristes désordres à un médecin célèbre, qui de tous ses malades s’est fait des amis. Je lui rappelais que, dans certains séminaires, on fait aux jeunes gens des saignées périodiques, et je lui demandais si ce moyen pouvait suffire à étouffer le cri des sens et à prévenir l’onanisme. Il me répondit que non, et que le vice solitaire était plus commun dans les maisons religieuses que dans les établissements laïques. On le comprend, si l’on considère que les enfants sont dressés à s’espionner les uns les autres et ne peuvent, d’après les règlements, se promener moins de trois ensemble. Et, comme nous insistions sur la difficulté inouïe que l’enfant trouve à se corriger de telles habitudes, le docteur, s’échauffant par degrés :
« Tenez, conclut-il, si vous voulez maintenir ces agrégations de jeunes gens, si vous prétendez que la luxure ne sévisse pas sur toutes ces natures en éveil, il n’est qu’un parti à prendre. Je ne le conseillerais pas à la rue des Postes ; il n’est qu’un remède : la femme. »
Ce mot brutal renferme la condamnation sans appel de l’internat. Il signifie qu’il y a impossibilité pour le collégien de conserver sa virginité, et que de remède aux vices contre nature, il n’en est point en dehors de la satisfaction normale des désirs sensuels.
Ces vices contre nature sont développés fatalement par une éducation contre nature. L’adolescent, dans la famille, trouve un refuge contre les sollicitations des sens ; au collége, il ne rencontre qu’excitations, et, à défaut de l’assouvissement légitime, il tombe fatalement dans la bestialité.
J’ai décrit un état de choses qui ne peut point changer, quelques modifications qu’on apporte dans le régime intérieur du collége : car il est le résultat de la vie en commun d’êtres du même sexe dans le même air.
Par une fausse et pernicieuse pudeur, on a coutume, en France, d’éloigner le jeune homme de la société des femmes. A ce système est due la brutalité de nos mœurs. L’enfance est mise au corps de garde : comment voulez-vous qu’elle n’en prenne point la tenue et les goûts ?
Par la seule suppression du collége, c’est-à-dire de l’internat, on supprimera un tel état de choses.
Pères de famille qui prétendez faire de votre fils un honnête homme et un homme de cœur, laissez-le grandir entre sa mère et sa sœur. Qu’il suive en qualité d’externe les leçons de l’Université : croyez qu’il se fera toujours assez de camarades au dehors. Ce que rien ne remplace, c’est l’éducation du foyer. C’est là seulement qu’il prendra le goût des bonnes et des belles choses, avec l’horreur du vice. La pureté des mœurs fait leur urbanité, et la société d’une mère et d’une sœur est excellente à protéger le jeune homme contre la femme.
La femme est au collége l’antidote du poison unisexuel.
Dans le salon de sa mère, à peine la soupçonnera-t-il ; les sollicitations du cœur dominent celles des sens dans l’atmosphère affectueuse et chaste de la famille.
Peut-être direz-vous que le gamin vous embarrasse à la maison : alors autant en font, entre nous, votre femme cet votre fille. Point ne fallait épouser, procréer.
Comment fait l’ouvrier, l’homme du peuple ? Quand le gars a atteint l’âge, il le met apprenti. Mais quitte-t-il pour cela le pauvre logis ? Non.
Ayez moins de glaces, monsieur, dans votre appartement ; jouez moins, fumez moins, s’il le faut ; mais vous avez fait un fils, il faut vous occuper de lui. Il y a de la place dans la maison pour un domestique fainéant qui passe sa vie à annoncer. Cet homme mange, couche chez vous : et il n’y a point de place pour votre fils !
Si depuis trois ans nous avons appris quelque chose ;
Si nous nous sommes avisés de la rareté du patriotisme et de l’abaissement du sens moral ;
Si nous sommes soucieux d’enrayer ce mouvement de décadence, il faut nous occuper de fonder chez nous la FAMILLE ;
Il n’y a point de famille en France, partant point de bonne éducation, et très peu d’hommes. Quand la cause du mal est connue, il ne reste qu’à la détruire. La régénération de la patrie, si elle doit se faire, ne se fera qu’en commençant au foyer paternel. Les musons qui éloignent les enfants de ce foyer, les internats, sont condamnées à disparaître. Qu’on ne m’objecte point l’impossibilité prétendue de satisfaire aux besoins chaque jour croissants de l’instruction publique par des maisons d’externes : c’est là une question qui s’impose et que nous ne saurions esquiver sans lâcheté ! Qu’elle soit difficile à résoudre, je le veux ; mais il faut à tout prix qu’elle soit résolue ; car cette solution est, je le dis sans déclamer, essentielle au relèvement de la société française.
PARIS. — IMP. NOUV. (ASSOC. OUV.), 14, rue des Jeûneurs G. Masquin et Cie