MA VOIX
Albert Savine translation
En ce monde moderne, qui ne connaît pas le repos, en ce monde tumultueux, vous et moi nous avons pris tous les plaisirs du coeur et maintenant les voiles blanches de notre nef sont ployées et la charge de notre barque épuisée.
Mes joues ont donc blêmi avant leur temps, car ma gaîté s'est enfuie dans les larmes. Le Chagrin a pâli le vermillon de ma jeune bouche et la Ruine a tiré les rideaux de mon lit.
Mais toute cette vie tumultueuse n'a été pour toi qu'une lyre, un luth, le charme subtil de la viole ou la musique de la mer endormie, en écho minuscule dans le coquillage.
DES JOURS DE PRINTEMPS AUX JOURS D'HIVER
POUR METTRE EN MUSIQUE
Aux jours joyeux du printemps, quand les feuilles étaient vertes, oh! comme il chante gaîment, le merle! Je cherchai parmi les fouillis de clarté l'amour que mes yeux n'avaient jamais vu. Oh! la joyeuse tourterelle a des ailes dorées.
Parmi les fleurs et rouges et blanches, oh! comme chante gaîment le merle! Mon Amour parut le premier à mes yeux. Oh! parfaite vision de plaisir! Oh! la joyeuse tourterelle a des ailes dorées.
Le jaune des pommes avait l'ardeur du feu. Oh! comme il chante gaîment, le merle! O amour trop grand pour la parole ou la lyre, rose épanouie d'amour et de désir! Oh! la joyeuse tourterelle a des ailes dorées!
Mais maintenant l'arbre devient gris sous la neige! Ah! qu'il chante tristement le merle! Mon amour est mort! Ah! voyez-moi étendu devant ses pieds silencieux, tourterelle aux ailes brisées. Oh! amour! Oh! amour, plût au ciel que tu aies été mis à mort! Tourterelle caressante, tourterelle caressante, reviens.

Chante l'ailinos, l'ailinos, et que le Bon l'emporte.
Oh! tant mieux pour qui vit dans l'aisance, avec de l'or accumulé, dans un vaste domaine, et n'a cure de la pluie qui éclabousse, et du fracas que font en tombant les arbres de la forêt.
Oh! tant mieux pour qui ne connut jamais le labeur des années de privations, un père dont la douleur et les larmes ont fait grisonner les cheveux, une mère pleurant dans la solitude.
Mais tant mieux pour celui dont le pied a foulé la pénible route du travail et de la lutte, et qui néanmoins des chagrins de sa vie se fait des degrés pour se rapprocher de Dieu.