MADRIGAUX INÉDITS COMPOSÉS POUR LA GUIRLANDE MANUSCRIT DE CONRART [95]
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MADRIGAUX INÉDITS COMPOSÉS POUR LA GUIRLANDE MANUSCRIT DE CONRART [95]
SUR LA FLAMBE GUSTAVE A JULIE
DIVINE cause de mes pleurs, Object dont la gloire m'estonne, Adjouste à tant de belles fleurs Ceste Flambe que je te donne. Tes yeux peuvent bien approuver Ce présent d'un cœur tributaire; La Flambe qui te va trouver Est un feu qui tend à sa sphere. Jette ton regard curieux Sur les merveilles qu'elle enserre; Ce qu'est Iris dedans les Cieux, La Flambe l'est dessus la terre. Ou sois favorable à mes vœux, Ou tu seras digne de blasme; Je ne mets que sur tes Cheveux Ce que tu mets dedans mon âme. Il faut que son feu nompareil Cherche un object à qui tout cede, Et que ce qui vient du Soleil Un autre Soleil le possede. A peine luit-elle en ces lieux, Où l'amour veut que je l'envoye, Que, paroissant devant tes yeux, Elle s'espanouit de joye. Tes yeux en cest heureux séjour Raniment sa grâce premiere, Et c'est moins de l'Astre du jour Que d'eux qu'elle tient sa lumiere. L'Arc-en-Ciel n'a point de couleur Que le Soleil rende si belle Que le lustre de cette fleur Quand tes yeux rayonnent sur elle. A l'esclat du feu vehement Dont toutes ses feuilles sont pleines, Tu pourras juger aysement Celuy qui brusle dans mes veynes. Ces feuilles qui dans ce beau lieu N'ont rien que de vif et de rare, Sont autant de langues de feu Par qui mon amour se déclare. Je ne puis en la vive ardeur Que me cause ta renommée Exprimer l'estat de mon cœur Que par une chose enflammée. Certes, mon courage est atteint D'autant de peines violentes Que l'émail dont elle se peint Brille de couleurs differentes. Face l'Astre qui luit aux Roys, Pour adoucir mon amertume, Que la Flambe que tu reçois Passe en ton cœur et te consume [96]!
ANONYME
LA TULIPE [97]
CURIEUX Enfants d'espérance, Belle troupe de mes Amans, Ne vivez plus dans l'ignorance Du suject de mes changemens. Je cherche à me rendre embellie D'un si grand nombre de couleurs Qu'il ne faille que de mes fleurs Pour la Guirlande de Julie.
ANONYME.
EN FAVEUR DE LA GUYRLANDE DE JULIE MADRIGAL [98]
QUELL' est cette beauté que tout le monde adore? A voir son front orné de tant de vives fleurs, Et son teint surmonter l'esclat de leurs couleurs, On la prendroit pour la Déesse Flore. Mais non, Flore s'esmeut au doux vent des Zephirs, Et celle-cy resiste au vent de noz souspirs.
ANONYME.
LE NARCISSE POUR LA GUIRLANDE DE JULIE [99]
LORSQUE la Nymphe Écho fut réduitte en servage, Et ressentit les traicts de ma vaine beauté, Si de Julie elle eust eu le visage, J'eusse banny de moy l'insensibilité. Jamais une fontaine en son cristal mobile Ne m'eust charmé les yeux d'un object decevant, Un autre plus divin m'eust pris auparavant Et la Nymphe eust trouvé ma conqueste facile. Je ne serois pas fleur; mais, ô doux changement, Mémorable destin d'un bienheureux Amant! Agréable folie! Je triomphe en ma perte et deviens glorieux De pouvoir vivre ainsy jusqu'au temps de Julie, D'embellir sa Guirlande et de plaire à ses yeux.
ANONYME.
L'ŒILLET A JULIE [100]
LA blancheur de ta main m'est un trosne d'yvoire, Et, bien que par ton teint le mien soit surmonté, Je suis soubz ton Empire au comble de la gloire, Et j'emprunte de toy ma plus grande beauté.
ANONYME.
L'ANGELIQUE [101]
DE tant de fleurs que l'on vous donne Pour composer cette Couronne, Celle que je vous viens offrir Vous sera la plus chere. Le Ciel qui cognoissoit qu'elle vous devoit plaire, D'un Amour non commun a daigné la chérir; A ce que vous aymez ses dons il communique, Et vous aymez surtout la celeste Angelique [102].
ANONYME.
LA ROSE A JULIE [103]
P AR la loy d'un nouveau Destin, Ma pourpre, qui jadis ne vivoit qu'un matin, Conserve son esclat dans ta riche Guirlande. Je naquis du beau sang de la Mere d'Amour; Mais c'est une grace plus grande De conserver que de donner le jour.
ANONYME.
LA ROSE [104]
VÉNUS qui veoid les Cieux [105], ainsi que les Mortelz, Implorer sa clemence au pied de ses autelz, Se repent que son sang m'ayt donné la naissance, Et croit recevoir un affront Me voyant couronner le front De celle dont le cœur se rit de sa puissance.
ANONYME.
LE NARCISSE [106]
RIEN n'est esgal à ma douleur; Bien que je ne sois qu'une fleur, J'ayme la fille d'Artenice [107], Aux flammes de ses yeux je me laisse esblouyr; Mais je suis sans espoir, car le sort de Narcisse Est d'aymer les objets dont il ne peut jouir.
ANONYME.
L'HYACINTHE [108]
ALORS que d'un Garçon je devins une Fleur, Le Dieu qui me perdoit voulut que sa douleur Dessus mes feuilles fût tracée; Mais te couronnant aujourd'huy, Qu'on ne s'estonne point de la veoir effacée, Je gaigne plus en toy que je ne perds en luy [109].
ANONYME.

