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La genèse de l'esprit national égyptien (1863-1882)

Note 3 — INTRODUCTION

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La Société royale de géographie d’Egypte vient de publier des documents inédits, recueillis aux archives du Foreign Office, sous le titre : L’Egypte indépendante, projet de 1801. Ils montrent, disait M. Georges Douin dans la préface, que « l’idée de l’indépendance égyptienne, née sous les auspices de l’expédition de Bonaparte, s’était, des la prime aube du XIXe siècle, fait jour dans l’esprit des Egyptiens. L’un d’eux, le copte Moallem Yacoub, se fit leur porte-parole, mais une mort prématurée, survenue en août 1801, l’empêcha de soumettre et de plaider cette cause auprès des Cabinets de l’Europe. »

Yacoub passa, après le débarquement de Bonaparte en Egypte, au service des Français qui « se présentaient en amis et prêchaient un évangile nouveau : celui de la Liberté. » Dès la capitulation du Caire (27 juin 1801), il quitta la ville avec l’armée française pour aller s’embarquer à destination de la France. Il prit passage avec le général Belliard, le 10 août, sur la frégate anglaise la Pallas. Il mourut des suites d’une maladie, le 16 août, après s’être, toutefois, ouvert au commandant anglais de la Pallas de ses projets que révèlent les documents retrouvés.

Il partait à la tête d’une légation égyptienne formée de notables coptes. La thèse principale de Yacoub, qui voulut s’adresser d’abord à l’Angleterre est, selon M. G. Douin, que cette nation a, plus que toute autre puissance, intérêt à la réussite du projet d’indépendance de l’Egypte. L’Angleterre tient, en effet, le sceptre des mers ; elle possède le pouvoir d’empêcher la France de s’emparer de l’Egypte ; mais si elle-même s’avisait de tenter cette conquête, elle serait certaine de se heurter à son tour à l’hostilité de la première puissance militaire du Continent. L’Egypte indépendante est donc le moyen de contenir ces deux ambitions rivales, mais avec un avantage décidé pour l’Angleterre assurée, par son commerce de mer, de profiter des productions de cette vaste région de l’Afrique dont l’Egypte constitue le débouché naturel.

Pour ménager les susceptibilités de l’Angleterre et assurer le succès de l’entreprise, la Légation comptait cacher à la France l’ouverture des négociations et le but de son voyage en Europe. Mais la mort prématurée de son chef le général moallem Yacoub (Jacob), au cours de la traversée, mit brusquement fin au projet « de négocier avec les puissances de l’Europe, l’indépendance de l’Egypte », projet qui était, dans la pensée de ses auteurs, voué à un échec, sans le concours de la Grande-Bretagne.

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