Note 202 — CHAPITRE V
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« L’année 1882 nous a trouvés dans la posture de créanciers inquiets sur l’avenir de leurs titres. Cette question d’argent, on peut l’avouer aujourd’hui, a trop inspiré l’action de notre diplomatie. Le souci, très louable assurément, de protéger des intérêts particuliers a, par moments, empiété sur l’intérêt général et permanent de la France. » (de Freycinet : Souvenirs 1878-1893).
Un correspondant d’Alexandrie écrivait le 28 février 1881 : « M. de Blignières, qui est fort loin d’être républicain, s’occupe infiniment plus d’autres intérêts que de ceux qu’il représente. C’est lui dont Ismaïl disait : « Ce délégué fera en Egypte sa fortune et celle des jésuites, dont il veut remplir ma maison ». Dans mes lettres de 1879, vous retrouverez cette sentence désormais historique. » (Extrait du Siècle du 8 mai 1881).
M. Jules de Giry disait, dans deux articles cités par des journaux de l’époque, que M. de Blignières avait été nommé sur l’insistance de Lord Beaconsfield. Voici les passages essentiels de ses articles :
« 1o Daïra-Sanieh. Quand le contrat Jouvencourt fut expiré, M. de Blignières résolut d’affermer cette administration (200.000 hectares) à une compagnie anglaise. M. de Ring s’y opposa ;
« 2o N’ayant pas réussi, le contrôleur voulut, comme compensation, affermer pour cinquante ans les chemins de fer égyptiens et la navigation du Nil à une Compagnie anglaise présidée par le duc de Sutherland et dirigée par M. Easton. C’était livrer l’Egypte pieds et poings liés à la disposition de l’Angleterre : M. de Ring parvint encore à paralyser cette bonne volonté anti-française ;
« 3o Quant à l’arrosage du Béhéra, comme c’était une affaire purement industrielle, la politique n’avait rien à y voir. Cependant, on le sait au Caire, si M. Easton obtint cette concession, ce fut grâce à la propagande que fit M. de Blignières dans les bureaux du ministère des Travaux publics. » (Le Phare d’Alexandrie, 1er et 2 mars 1881).
M. de Blignières resta en Egypte, malgré les protestations mêmes de la colonie française, jusqu’au retour de M. de Freycinet, qui le remplaça en 1882 par M. de Bredief : il était trop tard.