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La genèse de l'esprit national égyptien (1863-1882)

Note 127 — CHAPITRE III

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L’Europe Diplomatique, en juin 1879, publia un article de son correspondant au Caire concernant Abou Naddara et le « genre de popularité dont jouit incontestablement James Sanua » : « Le mois passé, dit-il, j’ai pu aller entendre Ahmed Salem, le grand chanteur arabe du Caire... Au loin il fait entendre ses étranges mélopées et cela s’écoute religieusement d’ordinaire. Mais ce soir-là, il arriva qu’un vendeur clandestin de l’Abou Naddara put se glisser, je ne sais comment, au travers de l’assemblée. En moins de rien c’était fait, loin des yeux de la police il avait vendu près de trois cents exemplaires. Aussitôt changement à vue. Chacun de tourner le dos au chanteur et de se mettre, entouré d’un petit groupe, à lire le journal prohibé... Et les invités ne consentirent à rester qu’à la condition qu’Ahmed Salem leur chanterait la chanson du proscrit Abou Naddara !

« O bien-aimé patriote, ô gentil Abou Naddara, exprime notre affection au dévouement de ce clément dont l’absence nous accable de chagrin (Allusion au prince Halim).

« Il (le khédive) a sucé nos veines et vidé nos poches. Pitié, pitié pour ton peuple O Allah « ne le vois-tu pas courbé sous les taxes et les impôts sans nombre ? »

« Ce journal n’est pas composé d’articles, c’est un ensemble de dialogues entre Abou Naddara et ses chers Fellahs, un recueil d’hymnes, d’invocations et d’imprécations où figurent quelquefois les noms des morts, mais très rarement les noms des vivants. Malgré ces précautions par prétérition, le pauvre Ahmed Salem n’était guère à son aise en chantant la chanson du proscrit... Le résultat de cette soirée fut qu’Ahmed Salem et ses musiciens étaient, dès le lendemain, jetés en prison. Ils n’en sont sortis que dix jours après grâce à l’intervention des princesses et des dames des harems, mais défense expresse leur est faite de chanter en ville, désormais, n’importe où.

« Il est moins facile, comme je vous le disais, d’arrêter la propagande d’Abou Naddara. Cette minuscule feuille a des partisans un peu partout — j’ai la conviction qu’une grande partie de ce qu’elle contient vient d’ici, et part quelquefois de personnes très bien placées. — Abou Naddara, selon moi, n’est pas la voix, il est l’écho passif, mais devenu puissant par son éloignement même, de l’opinion publique en Egypte. »

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