Note 119 — CHAPITRE III
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M. Renan ayant, au cours d’une conférence faite à la Sorbonne le 29 mars 1883, discuté la productivité scientifique de l’Islam, Gemmel-Eddin présenta quelques observations sur les idées de Renan dans un article publié par les Débats du 18 mai 1883 dont voici les passages caractéristiques : « Un vrai croyant doit, en effet, se détourner de la voie des études qui ont pour objet la vérité scientifique. Attelé comme un bœuf à la charrue, au dogme dont il est l’esclave, il doit marcher éternellement dans le même sillon qui lui a été tracé d’avance par les interprètes de la loi. Convaincu, en outre, que sa religion renferme en elle toute la morale et toutes les sciences il s’y attache résolument et ne fait aucun effort pour aller au delà.
« Je sais tout cela, mais je sais également que cet enfant musulman et arabe « ce fanatique plein d’une sotte fierté de posséder ce qu’il croit être la vérité absolue » appartient à une race qui marqua son passage dans le monde, non seulement par le fer et le sang, mais par des œuvres brillantes et fécondes qui prouvent son goût pour la science...
« Il est vrai qu’après la chute du royaume arabe en Orient, comme en Occident, les pays qui étaient devenus les grands foyers de la science, tels que l’Irak et l’Andalousie, retombèrent dans l’ignorance et devinrent le centre du fanatisme religieux ; mais l’on ne saurait conclure de ce triste spectacle que le progrès scientifique et philosophique au moyen âge ne soit dû au peuple arabe qui règnait alors. »
Le lendemain, dans le même journal, Renan répondait à cet article en faisant de Gemmal-Eddin l’éloge précité. Une idée ressort de cette réponse : « Je crois, dit-il, que la régénération des pays musulmans ne se fera pas par l’Islam : elle se fera par l’affaiblissement de l’islam, comme du reste le grand élan des pays dits chrétiens a commencé par la destruction de l’église tyrannique du moyen âge. » Renan entend par l’affaiblissement « arriver à cet état d’indifférence bienveillante où les croyances religieuses deviennent inoffensives ». Il est certain qu’en adaptant la religion aux besoins nouveaux par la propagation de l’instruction et de l’esprit de tolérance dans les masses, on obtiendrait ce résultat, mais il y aurait plutôt affaiblissement du dogme où la religion gagnerait du fait que le progrès serait mis sur son compte. Mohamed Abduh, le plus grand disciple de Gemmal-Eddin, qui s’occupait de réformes plus que de politique, a travaillé pendant quarante ans pour atteindre ce but et son œuvre ne périra pas. La réforme de la grande université religieuse de l’Azhar qu’il avait tentée et qui s’opère lentement par la création d’une direction d’études, d’un programme déterminé et moins chargé et l’introduction de l’histoire, de la géographie et d’autres sciences — équivaudrait, à elle seule, à une révolution.