Front matter (continued 2)
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Je vous embrasse tous du fond du coeur et espère vous revoir bientôt. Si je ne reviens pas, acceptez mon sacrifice avec un coeur fort, en vous disant que je ne regrette rien et que je serai content de pouvoir donner ma vie pour mon pays, heureux surtout si nous avons la victoire.
Je vous demande pardon de vous causer peut-être de la peine en vous écrivant ces lignes, mais l'instant est critique.
Je ne vous en dis pas plus. Ayez confiance quand même et croyez que je reste malgré tout confiant dans le succès final.
Encore une fois, mille et mille baisers de votre fils qui vous aime.
HENRI.
Poème contenu dans la dernière lettre de Gabriel-Tristan FRANCONI, tombé au champ d'honneur le 23 Juillet 1918.
17 Juillet 1918.
PRIÈRE A LA FRANÇAISE
Le poing brisé d'avoir frappé l'envahisseur, Permets que poursuivi par l'invincible mort, De mon exil sonore, amante aux chairs perdues, Je rêve aux soirs heureux où j'encerclais, vainqueur, Et ne pressentant pas mon misérable sort, En mes bras fortunés, ta jeunesse éperdue.
Vous aussi, notre mère, enclose en la maison D'où jadis s'envolaient nos désirs d'hirondelle; Toi, la plus tendre amie, aussi franche que belle; Vous, la femme inconnue et pourtant désirée, Anges éblouissants, Françaises adorées, Recueillez les soldats épuisés sous vos ailes.
Ton orage implacable énerve l'horizon.
Quand la vapeur de soufre et les éclairs de flamme Calcineront ce coeur qui vous a tant aimées, Qu'il repose à jamais sur vos seins frémissants. Ne laissez pas la boue ensevelir nos âmes. Il serait dur qu'en vain fût versé notre sang, Veuillez le recevoir en vos mains parfumées.
Gabriel-Tristan FRANCONI.
Lettre écrite par FRAYSSE, 7e Colonial, tombé au champ d'honneur.
Le 25 Juin 1916.
Bien chers Amis,
Voici le moment arrivé où tout bon Français doit faire voir qu'il a du coeur. On croit qu'il y aura bientôt une offensive, moi, je n'en sais rien. Mais, par mesure de prudence, je viens vous adresser mes meilleurs souvenirs, vous remercier de tout le dévouement que vous avez bien voulu me montrer, vous souhaitant une bonne santé, une vieillesse heureuse. Nous allons peut-être courir la chance. Mais si la Providence veut que nous ne nous revoyions, ça va sans dire que mon amitié vivra toujours avec vous. Et une fois ce massacre terminé, je serai content de refaire une petite promenade pour oublier les dangers que nous aurons dû courir.
Recevez, Monsieur et Madame, la plus chère amitié d'un soldat qui vous aime.
FRAYSSE.
Lettre écrite par Fernand FROIDEFON, Aspirant au 2e Zouaves, mort au champ d'honneur.
Chère petite Maman,
Je suis parti en bon petit Français m'acquitter d'une dette sacrée et remplir jusqu'au bout avec calme ce devoir pour lequel tombent depuis tantôt neuf mois les meilleurs fils de notre belle Patrie.
Il faut libérer notre sol, il faut effacer à jamais de notre glorieuse histoire une souillure, il faut garder française la terre de nos morts, il faut préparer à une France nouvelle une ère de paix, il faut libérer à jamais les foyers de chez nous d'une guerre et il faut empêcher qu'un semblable cataclysme vienne encore dans quelques années déchirer des millions de coeurs et faire revivre ces heures affreuses; c'est dans ce but, petite mère, que j'ai voulu être officier français et c'est pour cet idéal que j'ai fait le sacrifice de mes vingt ans.
Puisque tu lis cette lettre, je suis tombé en brave et vers ma chère maison, vers la tombe de papa, mes dernières pensées se sont envolées.
Pauvre mère, ton coeur déjà torturé reçoit un nouveau coup, mais je te sais vaillante et forte; tu sauras trouver l'énergie nécessaire pour surmonter tes terribles épreuves dans la pensée que, plus heureuse, malgré tout, que beaucoup de mères françaises, il te reste un fils à élever, qui te donnera la satisfaction que tu dois attendre de lui.
Et toi, mon cher Emile,
Je te recommande maman, tu seras son soutien; c'est pour toi aussi que j'accepte volontiers le sacrifice, afin que ta vie soit tranquille et heureuse, que tu aies le bonheur qui ne m'est pas réservé de fonder un foyer; tu profiteras de tous les instants de ton existence en persévérant dans le droit chemin et en cherchant à travers toutes les épreuves ta satisfaction dans le bien.
Tu te souviendras de ton aîné, du petit officier de zouaves qui ne reviendra plus et tu associeras ma mémoire à celle de notre cher père; je revivrai ainsi en toi tant que durera cet hommage.
Chère Maman, Emile,
Je ne vous demande pas de ne pas me pleurer, je vous interdirais la seule consolation qui vous reste; mais sachez conserver de la modération dans votre peine; notre deuil récent et terrible nous a montré à tous le peu de prix qu'il convient d'attacher à la vie et il n'est pas sans noblesse de dévouer la sienne à un idéal.
Adieu donc.
Bonnes et affectueuses caresses de votre fils et frère qui vous a toujours aimés du plus profond de son être, plus que lui-même et que tout.
Fernand FROIDEFON.
Paroles prononcées par un pupille de l'Assistance Publique, sur le champ de bataille, quelques secondes avant sa mort:
«Ecrivez à Monsieur Mesureur que G… est mort à Verdun, qu'il est perdu dans un grand champ de bataille comme un jour il fut trouvé dans la rue.»