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La culture des idées

Note (retour) — LA CRÉATION SUBCONSCIENTE13

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Il y a deux manières de penser: ou accepter telles qu'elles sont en usage les idées et les associations d'idées, ou se livrer, pour son compte personnel, à de nouvelles associations et, ce qui est plus rare, à d'originales dissociations d'idées. L'intelligence capable de tels efforts est, plus ou moins, selon le degré, et selon l'abondance et la variété de ses autres dons, une intelligence créatrice. Il s'agit ou d'imaginer des rapports nouveaux entre les vieilles idées, les vieilles images, ou de séparer les vieilles idées, les vieilles images unies par la tradition, de les considérer une à une, quitte à les remarier et à ordonner une infinité de couples nouveaux qu'une nouvelle opération désunira encore, jusqu'à la formation toujours équivoque et fragile de nouveaux liens. Dans le domaine des faits et de l'expérience ces opérations se trouveraient limitées par la résistance de la matière et l'intolérance des lois physiques; dans le domaine purement intellectuel, elles sont soumises à la logique; mais la logique étant elle-même un tissu intellectuel, ses complaisances sont presque infinies. Véritablement l'association et la dissociation des idées (ou des images: l'idée n'est qu'une image usée) évoluent selon des méandres qu'il est impossible de déterminer et dont il est difficile même de suivre la direction générale. Il n'est pas d'idées si éloignées, d'images si hétéroclites que l'aisance dans l'association ne puisse joindre au moins pour un instant. Victor Hugo, voyant un câble qu'on entoure de chiffons à l'endroit où il porte sur une arête vive, voit en même temps les genoux des tragédiennes qui sont matelassés contre les chutes dramatiques du cinquième acte23; et ces deux choses si loin, un cordage amarré sur un rocher et les genoux d'une actrice se trouvent, le temps de notre lecture, évoquées dans un parallèle qui nous séduit parce que les genoux et la corde, les uns en dessus, l'autre en dessous, au pli, sont également «fourrés»24, parce que le coude que fait un câble ainsi jeté ressemble assez à une jambe pliée, parce que la situation de Giliatt est parfaitement tragique et enfin parce que, tout en percevant la logique de ces rapprochements, nous en percevons, non moins bien, la délicieuse absurdité.

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