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La culture des idées

Note (retour) — LA CRÉATION SUBCONSCIENTE13

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Comment une sensation devient-elle une image; l'image, une idée; comment l'idée se développe-t-elle; comment prend-elle la forme qui nous semble la meilleure; comment, s'il s'agit d'écriture, la mémoire verbale est-elle mise à contribution? Autant de questions qui me semblent insolubles et dont la solution serait pourtant nécessaire à qui voudrait donner une définition précise de l'inspiration. «Pour la création originale, écrit M. Ribot22, ni la réflexion ni la volonté ne suppléent l'inspiration.» Sans doute, mais la réflexion et la volonté peuvent cependant avoir leur rôle dans l'évolution de ce phénomène mystérieux et, d'autre part, les cas sont assez rares de pur automatisme intellectuel. Il faut sans doute supposer que les hommes capables de subir l'heureuse influence de l'inspiration sont aussi des hommes plus que les autres capables de sentir avec force et avec fréquence les chocs du monde extérieur. Les imaginatifs sont aussi des sensitifs. Il faut que les réserves de leur cerveau soient très riches en éléments; cela suppose un apport constant de la sensation; cela suppose donc une sensibilité très vive et une capacité de sentir incessamment renouvelée. Cette sensibilité appartient encore en grande partie au domaine du subconscient; il y a, selon l'expression de Leibnitz, «les pensées dont ne s'aperçoivent pas notre âme», il y a aussi les sensations dont ne s'aperçoivent pas nos sens, et ce sont peut-être celles-ci qui, de même qu'elles sont entrées, sortent subconsciemment. Les observations les plus fructueuses sont celles que l'on a faites sans le savoir; vivre sans penser à la vie est souvent le meilleur moyen d'apprendre à connaître la vie. Après un demi-siècle et plus un homme voit surgir devant lui le milieu, le paysage, les faits de son enfance indifférente; enfant, il avait vécu dans le monde extérieur comme dans une dépendance de lui-même, avec un souci purement physiologique; il avait vu sans voir, et voici que, tandis que tout l'intermédiaire reste brumeux, c'est la période de ses sensations les plus fugaces qui remonte et s'avive devant ses yeux. Il est bien évident que la sensation entrée en nous sans que nous en ayons eu conscience ne peut, à aucun moment, être volontairement évoquée; mais la sensation consciente peut, au contraire, nous revenir à l'improviste, sans nul concours de la volonté. Le subconscient a donc pouvoir sur deux ordres de sensations et la conscience n'en a qu'un seul à sa disposition: cela peut expliquer pourquoi la volonté et la réflexion ont une part si restreinte dans les créations de la littérature ou de l'art.

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