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La culture des idées

Note (retour) — LA CRÉATION SUBCONSCIENTE13

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A l'état de veille, l'inspiration semble la manifestation la plus claire du subconscient dans le domaine de la création intellectuelle. Sous sa forme aiguë, l'inspiration se rapprocherait beaucoup du somnambulisme. Certaines attitudes de Socrate (d'après Aulu-Gelle), de Diderot, de Blake, de Shelley, de Balzac, donnent de la force à cette opinion. Le Dr Régis19 dit que les hommes de génie furent presque tous des «dormeurs éveillés»; mais le dormeur éveillé est assez souvent un «distrait», celui dont l'esprit se concentre volontairement sur un problème. Ainsi l'excès et l'absence de conscience psychologique se manifesteraient, en certains cas, par d'identiques phénomènes. A quoi pensait Socrate pendant ses journées d'immobilité? Pensait-il? Avait-il connaissance de sa pensée? Les fakirs pensent-ils? Et Beethoven, lorsque, sans chapeau, sans habit, il se laissait arrêter comme vagabond? Était-il en obsession volontaire ou en quasi-somnambulisme? Savait-il à quoi il pensait si fortement, ou bien son travail cérébral était-il inconscient? Stuart Mill composa sa logique dans les rues de Londres, pendant le trajet quotidien de sa maison aux bureaux de la Compagnie des Indes; croira-t-on que cet ouvrage ne fut pas ordonné en état de conscience parfaite? Ce qui était subconscient chez Stuart Mill c'était, dit M. Chabaneix20, l'effort pour se guider dans une rue populeuse; «il y a là automatisme des centres inférieurs». Ce renversement des termes, plus fréquent que ne l'ont cru certains psychologues, peut faire naître des doutes sur la véritable nature de l'inspiration. On devra tout au moins rechercher si, à partir du moment où commence la réalisation, même purement cérébrale, d'une oeuvre, il est possible que le travail demeure tout à fait subconscient. La lettre de Mozart n'explique que Mozart: «Quand je me sens bien et que je suis de bonne humeur, soit que je voyage en voiture ou que je me promène après un bon repas, ou dans la nuit, quand je ne puis dormir, les pensées me viennent en foule et le plus aisément du monde. D'où et comment m'arrivent-elles? Je n'en sais rien, je n'y suis pour rien. Celles qui me plaisent, je les garde dans ma tête et je les fredonne, à ce que du moins m'ont dit les autres. Une fois que je tiens mon air, un autre bientôt vient s'ajouter au premier. L'oeuvre grandit, je l'entends toujours et la rends de plus en plus distincte, et la composition finit par être tout entière achevée dans ma tête, bien qu'elle soit longue... Tout cela se produit en moi comme dans un beau songe très distinct... Si je me mets ensuite à écrire, je n'ai plus qu'à tirer du sac de mon cerveau ce qui s'y est accumulé précédemment, comme je l'ai dit. Aussi le tout ne tarde guère à se fixer sur le papier. Tout est déjà parfaitement arrêté et il est rare que ma partition diffère beaucoup de ce que j'avais auparavant dans ma tête. On peut sans inconvénient me déranger pendant que j'écris... 21.» Tout est donc subconscient dans Mozart, et le labeur matériel de l'exécution n'est plus guère qu'un travail de copie. J'ai vu un écrivain ne pas oser corriger ses rédactions spontanées, de peur de commettre des fautes de ton: il se rendait compte que l'état dans lequel il corrigerait était très différent de l'état où il se trouvait pendant la période d'exécution, qui avait été en même temps celle de la conception. Un mot entendu, une attitude entrevue, un personnage singulier croisé dans la rue étaient souvent le seul prétexte de ses contes, qu'il improvisait en trois ou quatre heures; s'il suivait un plan antérieur, presque toujours, dès la première page écrite, il l'abandonnait, achevant son récit d'après une logique nouvelle, arrivant à une conclusion tout à fait différente de celle qui, la première fois, lui avait paru la meilleure. Quelques-uns de ces plans avaient parfois été écrits sous une si forte influence du subconscient qu'il ne les comprenait plus, ne les reconnaissait qu'à l'écriture, ne pouvait les situer dans le passé que grâce au genre du papier, à la couleur de l'encre. D'autres projets, se rapportant à des oeuvres plus longues, lui revenaient au contraire, fréquemment, à l'esprit; il avait conscience d'y songer plusieurs fois par jour et il était persuadé que c'étaient ces songeries, même vagues et inconsistantes, qui lui rendaient, aux moments de l'exécution, le travail assez facile. De fait, je ne lui ai jamais vu de sérieuses préoccupations au sujet d'oeuvres qui passaient pourtant pour être d'une littérature plutôt ardue; il n'en parlait jamais et je crois bien qu'il n'y pensait consciemment qu'au moment d'en écrire les terribles premières lignes; mais, une fois le travail en train, presque toute sa vie intellectuelle s'y concentrait, les périodes de rumination subconsciente rejoignant perpétuellement les périodes de méditation volontaire.

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