Note 107 — LETTRES (continued 6)
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Tous ceux qui ont été à Madrid assurent que ce sont les femmes qui ruinent la plupart des maisons. Il n'y a personne qui n'entretienne sa dame et qui ne donne dans l'amour de quelques courtisanes, et comme il n'y en a point de plus spirituelles dans l'Europe et de plus effrontées, dès qu'il y a quelqu'un qui tombe dans leurs rêts, elles le plument d'une belle façon. Il leur faut des jupes de trente pistoles, qu'on nomme des garde-pieds, des habits de prix, des pierreries, des carrosses et des meubles. Et c'est un défaut de générosité, parmi cette nation, de rien épargner pour le sexe.... On a quatre fêtes ici, ou processions hors de la ville, qui sont comme autant de rendez-vous où elles essayent de paraître. Alors, il faut que tous leurs galants leur fassent des présents, et s'ils s'y oublient, tout est perdu et ils ne sont point gens d'honneur. (Voyage d'Espagne, Van Aarsens, p. 50.)
Les mémoires du temps font mention de l'incroyable dissolution des mœurs; de la dépense que les grands seigneurs faisaient pour les comédiennes; de l'influence de la richesse et de la liberté de propos de ces femmes. Elles se trouvaient en foule au palais lorsque le maréchal de Gramont vint demander la main de l'infante, et ne lui permettaient pas d'avancer. «Quant à moi, dit son fils, qui était fort beau, fort jeune et fort paré, et qui marchait à ses côtés, je fus enlevé comme un corps saint par les tapadas, lesquelles me prenaient à force après m'avoir pillé tous mes rubans; peu s'en fallut qu'elles me violassent publiquement.» (Collection des Mémoires, t. XXXI, p. 315.)