← Table of contents
La cour et la ville de Madrid vers la fin du XVIIe siècle

Note 126 — LETTRES (continued 6)

Reading edition

La Reine Louise de Savoie, femme de Philippe V, racontait au cardinal d'Estrée un exemple curieux de l'usage que les Espagnols faisaient des reliques. La duchesse d'Albe, alarmée de l'état de santé de son fils, fit demander à des moines de Madrid quelques reliques. Elle obtint un doigt de saint Isidore, le fit piler et le fit prendre à son fils, partie en potion, partie en clystère. (Mémoires de Louville, t. II, p. 107.)

Le duc de Saint-Simon cite de ces folies espagnoles un exemple non moins plaisant. Louville trouva, dit-il, le duc d'Albe assez malproprement entre deux draps, couché sur le côté droit, où il était sans avoir changé de place ni fait faire son lit depuis plusieurs mois. Il se disait hors d'état de remuer, et se portait pourtant très-bien. Le fait était qu'il entretenait une maîtresse qui, lasse de lui, avait pris la fuite. Il en fut au désespoir, la fit chercher par toute l'Espagne, fit dire des messes et autres dévotions pour la retrouver, et finalement fit le vœu de demeurer au lit et sans bouger de dessus le côté droit, jusqu'à ce qu'il l'eût retrouvée. Il contait cette folie à Louville comme une chose capable de lui rendre sa maîtresse et tout à fait raisonnable. Il recevait grand monde chez lui et la meilleure compagnie de la cour, et était même d'excellente conversation. Avec ce vœu, il ne fut de rien à la mort de Charles II, ni à l'avénement de Philippe V, qu'il ne vit jamais. (Mémoires du duc de Saint-Simon, t. IV, p. 251.)

Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings