Note 104 — LETTRES (continued 6)
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Marie de Mancini était une de ces folles qui semblent plus encore à plaindre qu'à blâmer. Elle inspira, on le sait, un innocent et romanesque attachement au Roi Louis XIV, elle fut délaissée, s'éloigna tout en larmes; arrivée en Italie, se trouva consolée, épousa le connétable Colonne, jeune, aimable, magnifique, fait à peindre. Elle mena à Rome une vie enchantée. Bals, comédies, cavalcades, parties bruyantes, le connétable ne lui refusa rien, en dépit des usages sérieux de la société romaine. Mais les frasques de Marie de Mancini finirent par scandaliser; elle devint le point de mire des pasquinades; se brouilla avec son époux, échappa par fortune aux galères du connétable et aux corsaires turcs, arriva ainsi en France; fut invitée par le Roi à se retirer dans un couvent, en sortit pour aller en Savoie, puis aux Pays-Bas, où elle fut arrêtée, à la requête du connétable. Elle demanda alors à être ramenée à Madrid. Elle se rencontra ainsi avec madame d'Aulnoy et la marquise de Villars. Elle avait alors quarante ans, mais n'en était pas plus raisonnable. «Elle s'est avisée, dit la marquise de Villars, de prendre un amant qui est horrible, et il ne se soucie pas d'elle. Elle veut me faire avouer qu'il est agréable et qu'il a quelque chose de fin et de fripon dans les yeux.» Sur ces entrefaites, le connétable la fit enfermer au château de Ségovie. Elle s'en échappa, se réfugia chez sa belle-sœur, la marquise de Los Balbazes; puis, craignant d'être livrée à son mari, elle alla demander un asile à l'ambassade de France, fut chapitrée par la marquise de Villars et ramenée chez la marquise de Los Balbazes. Elle demanda alors à entrer dans un couvent; elle en sortit, puis y rentra pour en sortir de nouveau, et finit par lasser ainsi la patience de ses meilleurs amis. Elle disparut enfin et mourut en 1715, si fort ignorée, que le président de Brosses apprit avec surprise que cette «sempiternelle» avait encore vécu de son temps.