Note 98 — LETTRES (continued 5)
Reading edition
De la cour du palais, on voit des portes à rez-de-chaussée. On y descend plusieurs marches, au bas desquelles on entre en des lieux spacieux, bas, voûtés, dont la plupart n'ont pas de fenêtres. Ces lieux sont remplis de longues tables et d'autres petites, autour desquelles un grand nombre de commis écrivent et travaillent sans se dire un seul mot. Les petites sont pour les commis principaux, chacun travaille seul sur sa table. Ces tables ont des lumières d'espace en espace, assez pour éclairer dessus, mais qui laissent ces lieux fort obscurs. Au bout de ces espèces de caves est une manière de cabinet un peu orné, qui a des fenêtres sur le Mançanarez et sur la campagne, avec un bureau pour travailler, des armoiries, quelques tables et quelques sièges. C'est la cavachuela particulière du secrétaire d'État, où il se tient toute la journée et où on le trouve toujours.... Si on proposait de mener cette vie à nos secrétaires d'État, même à leurs commis, ils seraient bien étonnés, et je pense même indignés. (Mémoires du duc de Saint-Simon, t. XIX, p. 96.)
Le conseil d'État, de même que les divers conseils de l'administration, réglaient les affaires de leur compétence et se tenaient également au palais, selon l'usage introduit par Philippe II; le Roi n'assistait, jamais aux délibérations. Il était en mesure d'entendre tout ce qui se disait, grâce à une fenêtre grillée où il pouvait se rendre de son appartement, «ce qui tient un peu les ministres la croupe dans la volte, dit le maréchal de Gramont, et les fait cheminer droit.» (Collection des Mémoires, t. XXXI, p. 321.)