Note 93 — «NOS PÈRES NOUS ONT DIT»
Marcel Proust translation
Gibbon serre le sujet de plus près dans une phrase de son XXIIe chapitre: «Les guerriers indépendants de Germanie qui considéraient la sincérité comme la plus noble de leurs vertus et la liberté comme le plus précieux de leurs biens.» Il parle spécialement de la tribu franque des Attuarii contre laquelle l'empereur Julien eut à refortifier le Rhin de Clèves à Bâle. Mais les premières lettres de l'empereur Jovien, après la mort de Julien «déléguaient le commandement militaire de la Gaule et de l'Illyrie (quel vaste commandement c'était, nous le verrons plus tard) à Malarich, un brave et fidèle officier de la nation des Francs»; et ils restent les loyaux alliés de Rome dans sa dernière lutte avec Alaric. Apparemment, pour le plaisir seul de varier d'une façon captivante sa manière de dire et, en tout cas, sans donner à entendre qu'il y eut une cause quelconque à un si grand changement dans le caractère national, nous voyons M. Gibbon, dans son volume suivant, adopter tout à coup les épithètes abusives de Procope et appeler les Francs «une nation légère et perfide» (VII, 251). Les seuls motifs discernables de cette définition inattendue sont qu'ils refusent de vendre leur amitié ou leur alliance à Rome et Ravenne; et que dans son invasion d'Italie le petit-fils de Clovis n'envoya pas préalablement l'avis direct de la route qu'il se proposait de suivre, ni même ne signifia entièrement ses intentions avant qu'il ne se fût assuré du Pô à Pavie; dévoilant son plan ensuite avec une clarté suffisante, en «attaquant presque au même instant les camps hostiles des Goths et des Romains qui, au lieu d'unir leurs armes, fuirent avec une égale précipitation».—(Note de l'Auteur.)