Note 145 — «NOS PÈRES NOUS ONT DIT» (continued 2)
Marcel Proust translation
Cette sorte d'ignorance de ce qui est au fond de leur âme est à la base de l'idée que Ruskin se fait de tous les prophètes, c'est-à-dire de tous les hommes vraiment géniaux. Parlant de lui-même il dit: «Ainsi, d'année en année, j'ai été amené à parler, ne sachant pas, lorsque je dépliais le rouleau où était contenu mon message, ce qui se trouverait plus bas, pas plus qu'un brin d'herbe ne sait quelle sera la forme de son fruit (Fors, IV, lettre LXXVIII, p. 121) et parlant des derniers jours de la vie de Moïse: «Quand il vit se dérouler devant lui l'histoire entière de ces quarante dernières années et quand le mystère de son propre ministère lui fut enfin révélé» (Modern Painters, IV, V, XX, 46, cité par M. Brunhes). Mais cet avenir que les hommes ne voient pas, est déjà contenu dans leur cœur. Et Ruskin me semble ne jamais l'avoir exprimé d'une façon plus mystérieuse et plus belle que dans cette phrase sur Giotto enfant, quand pour la première fois il vit Florence: «Il vit à ses pieds les innombrables tours de la cité des lys; mais la plus belle de toutes (le Campanile) était encore cachée dans les profondeurs de son propre cœur» (Giotto and his work in Padua, p. 321 de l'édition américaine: The Poetry of Architecture; Giotto and his work in Padua).—(Note du Traducteur.)