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La Bible d'Amiens

Note 105 — «NOS PÈRES NOUS ONT DIT» (continued 2)

Marcel Proust translation

Dans tout ce portrait de Clovis se fait jour, chez Ruskin, une tendance à ne pas donner de la dureté une interprétation morale trop défavorable, tendance qui existe aussi, il me semble, chez Carlyle (voir dans Carlyle, Cromwell, etc.). En ceci, il y a, je crois, deux choses. D'abord, une sorte de don historique ou sociologique qui sait découvrir dans des actions en apparence identiques une intention morale différente, selon le temps et la civilisation, et apparenter les formes extrêmement diverses que revêt une même moralité ou immoralité à travers les âges. Ce don existe à un très haut degré chez des écrivains comme Ruskin, et plus encore chez George Eliot. Il existe aussi chez M. Tarde. Deuxièmement une sorte de goût de l'imagination assez naturel chez un lettré très bon pour la sauvagerie inculte. Ce goût se reconnait même parfois jusque dans les lettres de Ruskin, à une certaine affectation de dureté et de non-conformisme. Lire dans le livre de M. de la Sizeranne, page 61, la réponse de Ruskin à un révérend endetté: «Vous devriez mendier d'abord; je ne vous défendrais pas de voler si cela était nécessaire. Mais n'achetez pas de choses que vous ne puissiez payer. Et de toutes les espèces de débiteurs les gens pieux qui bâtissent des églises sont, à mon avis, les plus détestables fous. Et vous êtes, de tous, les plus absurdes, etc., etc.»—(Note du Traducteur.)

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