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L'oeuvre du divin Arétin, première partie

LES SONNETS LUXURIEUX

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SONNET I

Faisons l'amour, mon âme, faisons vite l'amour, Puisque nous sommes tous nés pour faire l'amour; Et si tu adores le cas, toi, moi j'aime le mirely, Car le monde ne serait rien qui vaille sans cela. Et si post mortem il était honnête de faire l'amour, Je dirais: Faisons l'amour à en mourir. A partir de ce moment-là nous ferons l'amour avec Adam et Ève Qui inventèrent la si déshonnête mort. —Vraiment, il est vrai que si les scélérats N'avaient pas mangé ce fruit traître, Je sais bien que les amants auraient sans cesse joui. Mais laissons aller les sottises, et jusqu'au cœur Fiche-moi le cas et fais que de moi jaillisse L'âme qui, sur le cas, tantôt naît, tantôt meurt. Et, si c'était possible, Ne me tiens pas hors du mirely les appendages, De tout plaisir fortunés témoins.

NOTE

Ces seize Sonnets sont à queue, colla coda. On appelle ainsi des sonnets auxquels on ajoute une queue d'un ou plusieurs tercets dont le premier vers n'est qu'un simple hémistiche rimant avec le dernier vers du tercet précédent. La queue des Sonnets luxurieux n'est que d'un tercet. Je pense que la mode de cette sorte de sonnets provenait d'Espagne.

SONNET II

Mets-moi un doigt dans le pertuis prohibé, mon vieux chéri, Et pousse le cas dedans peu à peu, Lève bien cette jambe et fais bon jeu, Puis, démène-toi sans faire de compte. Oui! sur ma foi, ceci est une meilleure bouchée Que de manger une tartine auprès du feu, Et si cela le déplaît dans le mirely, change de lieu: Car il n'est pas homme celui qui n'est pas bougre. —Dans le mirely je vous le ferai pour cette fois, Et dans celui-ci la prochaine, et dans le mirely et ailleurs le cas Me rendra joyeux et vous béate. Et celui qui veut être un grand maître fou C'est proprement un oiseau perd-journée Qui à autre chose qu'à faire l'amour prend plaisir. Et crève dans un palais, Messire Courtisan, et attends qu'un tel meure; Pour moi, j'espère seulement passer ma rage.

NOTE

Dans les deux premiers vers de la queue de ce sonnet, l'Arétin fait sans doute allusion (à la fin de 1525) à ses récents déboires à la Cour de Rome.

SONNET III

Je veux ce cas, et non un trésor! Ceci est celui-là qui peut me rendre heureuse! Celui-ci est vraiment un bien d'impératrice! Cette gemme vaut plus qu'un puits d'or! Holà, mon cas, secours-moi, car je meurs, Et trouve bien le fond de la matrice: En somme, un cas tout petit se dédit Si dans le mirely il veut observer le decorum. —Ma patronne, vous dites bien le vrai: Qui a petit le cas et le met au mirely Mériterait d'avoir d'eau fraîche un clystère. Qui en a peu qu'il fasse l'amour à la sodomite jour et nuit: Mais qui l'a comme je l'ai, impitoyable et fier, Qu'il s'ébatte toujours dans les mirelys. —C'est vrai, mais nous sommes si goulues Du cas, et cela nous semble si joyeux Que nous recevrions l'aiguille tout entière derrière.

SONNET IV

Pose-moi cette jambe par-dessus l'épaule Et ôte aussi ta main de mon cas, Et quand tu voudras que je pousse fort ou doucement, Doucement ou fort avec le derrière danse sur le lit. Et si du mirely à l'autre pertuis mon cas se trompe, Dis que je suis un scélérat et un rustre, Car je sais reconnaître la vulve de l'anus, Comme l'étalon reconnaît la cavale. —Je ne veux pas ôter la main du cas, moi, Non, moi, je ne veux pas faire cette folie Et si tu ne veux pas ainsi, va-t'en avec Dieu. Car le plaisir, derrière, serait pour toi, Mais devant le plaisir est à toi et à moi. Ainsi donc fais l'amour à la bonne façon ou bien va-t'en. —Je ne m'en irai pas, Signora chère, d'une aussi douce bêtise, Quand bien même je croirais délivrer le roi de France.

NOTE

Au dernier vers, l'allusion à la captivité de François Ier, qui dura du 24 février 1525 au 15 mars 1526, nous renseigne sur l'époque à laquelle furent composés ces sonnets. C'est probablement vers la fin de 1525, et peut-être à Mantoue. On est à peu près certain maintenant qu'ils ne furent pas imprimés du vivant de l'Arétin et que l'histoire du scandale qu'ils causèrent à Rome est une fable imaginée de bonne foi par Mazzuchelli.

SONNET V

Puisque j'essaie maintenant un si solennel v... Qui me retourne l'ourlet du c..., Je voudrais me transformer toute en c..., Mais je voudrais que tu fusses tout v... Parce que si j'étais c... et toi v..., Je rassasierais d'un seul coup mon c... Et tu aurais aussi du c... Tout le plaisir qu'en peut avoir un v... Mais ne pouvant être toute c... Ni toi devenir en tout un v..., Prends le bon vouloir de ce c... —Et vous, prenez du peu que j'ai de v... La bonne volonté et affermissez en bas votre c... Tandis que moi au-dessus je ficherai mon v... Et ensuite sur mon v... Laissez-vous aller toute avec le c..., Et je serai v... et vous, vous serez c...

NOTE

Il fallait, pour ce sonnet, essayer d'en rendre l'aspect si particulier que lui donne la répétition alternée des deux mots à la fin des vers. On a dû, pour cela, recourir au déplaisant artifice typographique des trois points qu'on pourrait appeler points de discrétion ou d'hypocrisie.

SONNET VI

Tu as mon cas dans le mirely et tu me vois les hanches, Et moi je vois comment sont faites les tiennes, Mais tu pourrais dire que je suis un fou Parce que j'ai les mains où se tiennent les pieds. —Mais si tu crois faire l'amour de cette façon, Tu es une bête et tu n'en viendras pas à bout, Parce que je me prête bien mieux à faire l'amour Quand tu appuies ta poitrine contre ma poitrine. —Je veux vous le faire à la lettre, commère, Et je veux vous faire par derrière tant de mamours, Avec les doigts, avec le cas, en me démenant, Que vous ressentirez un plaisir sans fin, Et je sais bien que c'est plus doux que les chatouilles De déesses, de duchesses ou de reines. Et vous me direz à la fin Que je suis un vaillant homme en ce métier... Mais de n'en avoir qu'un petit je me désespère.

NOTE

On connaît les Triolets à une vertu, pour s'excuser du peu, de Verlaine:

A la grosseur du sentiment Ne va pas mesurer ma force, Je ne prétends aucunement A la grosseur du sentiment. Toi, serre le mien bontément, Entre ton arbre et ton écorce. A la grosseur du sentiment Ne va pas mesurer ma force. La qualité vaut mieux, dit-on, Que la quantité, fût-ce énorme. Vive un gourmet, fi du glouton. La qualité vaut mieux, dit-on. Allons, sois gentille et que ton Goût à ton désir se conforme. La qualité vaut mieux, dit-on, Que la quantité, fût-ce énorme...

SONNET VII

Où le mettrez-vous? Dites-le de grâce, Derrière ou devant? Je le voudrais savoir, Parce que je vous ferai peut-être déplaisir Si, par derrière, je me le chasse par malheur. —Madonna, non; parce que le mirely rassasie Le cas à tel point qu'il y a peu de plaisir; Mais ce que je fais, je le fais pour ne point paraître Un Fra Mariano, verbi gratia. Mais puisque vous voulez tout le cas dans ce pertuis, Comme veulent les sages, je suis content Que vous fassiez du mien ce que vous voulez. Et prenez-le avec la main, mettez-le dedans: Vous le trouverez aussi utile pour le corps Que l'est aux malades l'argument. Et tant de joie je sens A le sentir dans votre main Qu'entre nous, je mourrai, si nous faisons l'amour.

NOTE

Fra Mariano dont il est question ici s'appelait Mariano Fetti. Il avait été barbier de Laurent de Médicis, père de Léon X, qui, à cause de ses bouffonneries et de ses joyeux Caprices, en fit le Frate del Piombo, Frère du Plomb ou Plombier des Bulles Apostoliques, à la Chancellerie pontificale. L'Office du Plomb était une sinécure lucrative dont Bramante avait joui avant Fra Mariano. Après la mort de celui-ci, Benvenuto Cellini intrigua pour lui succéder, mais le pape Clément VII lui préféra le peintre Sebastiano Luciani, dit del Piombo, à cause de sa charge. Dans la 2e partie des Ragionamenti, l'Arétin parle des merveilleux jardins que Fra Mariano possédait à Rome sur le Monte Cavallo. Dans son Dialogue des Cours il fait raconter par Pietro Piccardo quelques-uns des caprices du facétieux plombier. Il le montre à la fin d'un festin à la cour pontificale dansant sur la table en jonglant avec des torches allumées. Léon X ne pouvait se passer de Fra Mariano qui fut son bouffon préféré et dont les bouffonneries, qu'on appelait ses caprices, étaient célèbres dans toute l'Italie. Alfonso Pauluzzo ou Pocolucci, ambassadeur, à Rome, du duc de Ferrare, Alphonse d'Este, lui décrit dans une lettre datée du 8 mars 1519 une représentation des Suppositi de l'Arioste, donnée le dimanche précédent au Vatican, en présence de Léon X et d'une nombreuse assemblée. Entre autres détails intéressants, l'Ambassadeur dit que le décor brossé par Raphaël était caché avant la représentation par un rideau «sur lequel était peint Fra Mariano avec quelques diables qui jouaient avec lui de chaque côté de la toile, et puis, au milieu de la toile, il y avait une inscription qui disait: Ce sont là les Caprices de Fra Mariano». Il était très gourmand, et dans la Cortigiana, l'Arétin fait dire au Rosso par un pêcheur qui lui montre quelques lamproies: «Les autres viennent d'être achetées par le majordome de Fra Mariano pour offrir à souper au Moro, à Brandino, au Proto, à Troja et à tous ces gloutons du palais.» Léon X faisait souvent manger à sa table Fra Mariano, dont l'appétit était formidable et qui buvait en proportion. Il inventa les saucisses à la chair de paon et prisait surtout les ortolans, les becfigues, les faisans, les paons et les lamproies. Sa voracité était inimaginable, il ne faisait qu'une bouchée d'un pigeon; durant un seul repas il dévorait vingt chapons et gobait quatre cents œufs. La délicatesse de son goût laissait parfois à désirer: un seigneur put lui faire avaler un bout de vieux câble en guise d'anguille. Une fois même, il mangea tout un froc de moine, en camelot, graisseux et plein de crasse. Il n'était pas le seul, d'ailleurs, qui se livrât à ces excentricités à la cour de Léon X. L'Arétin cite aussi un autre Frère dont la spécialité était de manger des bonnets. De nos jours, un poète de grand mérite, André Salmon, est pris, lorsqu'il a un peu bu en compagnie, de fringales qui le poussent à manger les objets les moins comestibles: boîtes d'allumettes, crayons, journaux, etc. Il a même un goût très particulier pour les chapeaux, commençant toujours par dévorer le sien et passant ensuite à ceux de l'assemblée. Un soir d'été, il venait de se repaître de quelques couvre-chefs, lorsque la vue d'un Anglais qui passait coiffé d'un canotier de paille blanc et noir réveilla soudain son appétit. Il réussit à s'emparer du chapeau truffé et le mordit à belles dents, s'en délectant, tandis que l'Anglais, effrayé, se sauvait en courant par la rue des Trois-Frères.

Bouffon et glouton, Fra Mariano n'était pas moins farceur, et la moindre de ses espiègleries c'était, à table, de renverser les sauces sur les vêtements des convives. Ses traits d'esprit avaient un grand succès; c'est lui qui surnomma Lucques l'Urinal des Guées, parce qu'il y pleut toujours. Léon X avait composé une épitaphe anticipée de son bouffon:

Un Frère blanc dessous et noir dessus En gueule et en maboulerie très excellent, Au dehors porc et dedans puant Tandis qu'il vécut, maintenant infecte un cimetière. Ce n'est pas d'eau bénite, ni de psautier Qu'il faut te munir, Passant! mais seulement, Si tu veux faire une chose agréable à son esprit, Arrose-le de bon vin et raisonne sur zéro. L'autre serait perdue, car il ne crut que peu, Bien qu'en effet, il simulât la religion, Mais il le fit pour fuir un plus triste jeu, Parce qu'entre les moines il fut plutôt bouffon Que compagnon, et il tenait pour le cuisinier Plus que pour le sacristain, et plaisanta avec le caviste. Et pour conclusion: L'âme au feu, il apporta de la renommée en bas. Si tu ne veux tomber mort, étudie le pas.

Fra Mariano aurait pu lui-même composer cette épitaphe pour le plaisant pontife, son bienfaiteur, auquel il survécut. Selon l'un des nombreux bruits qui coururent alors, il assista seul à son agonie, et le voyant mourir sans sacrements, il lui cria: «Souvenez-vous de Dieu, Saint-Père!» Cette bouffonnerie n'est pas la moins fantastique de celles auxquelles il se soit livré. Au demeurant, c'était un brave homme de courtisan, plus dévot qu'on ne supposerait, très charitable et plein d'affabilité, et à sa mort il édifia tout le monde. M. Arturo Graf a consacré à Fra Mariano Fetti un important chapitre dans Attraverso il 500 (Turin, 1888).

SONNET VIII

Ce serait vraiment une couillonnerie, Ayant le désir de vous prendre maintenant, Que de vous avoir mis le cas au mirely, Puisque de l'autre côté pour moi vous n'êtes pas chiche. Finisse en moi ma généalogie! Je veux vous prendre à l'inverse souvent, souvent, Puisque le rond est plus différent de la fente Que la tisane du malvoisie. —Prends-moi et fais de moi tout ce que tu veux, Devant, derrière, je me soucie peu Du lieu où tu feras ton affaire, Car pour moi, devant, derrière, j'ai le feu, Et tous les cas qu'ont mulets, ânes et bœufs N'éteindraient pas de mon ardeur seulement un peu. Et puis, tu serais un homme de peu De me le faire à l'antique, entre les cuisses: Moi aussi je le ferais de l'autre côté si j'étais un homme.

SONNET IX

Celui-ci est vraiment un beau cas long et gros. Allons! Si tu veux bien, laisse-moi le voir. —Nous allons essayer si vous pouvez recevoir Ce cas au mirely et moi par dessus. —Comment? si je veux essayer? Comment? si je puis? Plutôt cela que manger ou boire! —Mais si je vous écrase ensuite en étant couché, Je vous ferai mal.—Tu as la pensée du Rosso. Jette-toi donc sur le lit et sur le plancher Sur moi, quand ce serait Marforio Ou un géant, moi j'en aurais soulas. Pourvu que tu me touches les moelles et les os, Avec ce lien divinissime cas Qui guérit les mirelys de la toux. —Ouvrez bien les cuisses. Certes, on pourrait voir des femmes Mieux vêtues que vous, mais non mieux foutues.

NOTE

La robuste commère trouve que son galant, craignant de l'écraser, a là une idée aussi comique que celle du Rosso, auquel une annotation a déjà été consacrée. Pour Marforio, on le connaît assez. On sait que l'Arétin le prit souvent pour interprète, avec Pasquin. C'est à propos de ses pasquinades, dont il est parlé dans l'introduction, que dans une lettre adressée en 1537 à Gian-Jacopo Leonardo, ambassadeur du duc d'Urbin, le Divin racontant un rêve où Apollon le couvrait de couronnes diverses appropriées à ses diverses productions, dit avoir reçu une couronne d'orties pour ses sonnets contre les prêtres.

SONNET X

Je le veux derrière.—Tu me pardonneras, O Femme, je ne veux pas faire ce péché, Parce que ceci est un mets de Prélat Qui a perdu le goût à tout jamais. —Eh! Mets-le ici!—Je n'en ferai rien.—Oui, tu feras. —Pourquoi? N'use-t-on plus de l'autre côté Id est au mirely?—Si, mais il est plus agréable De l'avoir derrière que devant, de beaucoup. —Par vous je veux me laisser conseiller: Ma virilité est à vous et si elle vous plaît tant, Comme à un cas, vous n'avez qu'à lui commander. Je l'accepte, mon Bien! pousse de côté, Plus haut, plus à fond, et va sans cracher, O cas, bon compagnon! ô saint cas! —Prenez-en tant qu'il y en a. —Je l'ai accueilli dedans plus que volontiers; Mais je voudrais rester ainsi un an assise!

SONNET XI

Ouvre les cuisses afin que j'aperçoive bien Tes belles hanches et ton mirely de face. O hanches à faire qu'un cas change d'avis! O mirely qui distille les cœurs par les veines! Pendant que je vous caresse, voici qu'il me vient Un caprice de vous baiser à l'improviste, Et je me parais beaucoup plus beau que Narcisse Dans le miroir que mon cas allègre tient. —Ah! ribaude! ah! ribaud! sur la terre et au lit! Je te vois bien, putain! et prépare-toi, Je vais te rompre deux côtes dans la poitrine. —Je t'encague, vieille au mal français! Car pour ce plaisir archiparfaît J'entrerais dans un puits sans seau. Et il n'y a pas d'abeille Gourmande de fleurs comme moi d'une noble virilité. Je ne l'éprouve pas encore, et rien qu'à le contempler, je me mouille.

NOTE

Au moment du congrès, une vieille entre et menace le couple en criant le premier tercet. L'homme qui a débité les quatrains reste interdit et muet, c'est la fille qui éloigne la vieille en l'injuriant.

SONNET XII

Mars, le plus maudit de tous les poltrons, On ne se place pas ainsi sous une femmelette Et l'on ne f... pas Vénus à l'aveuglette Avec tant de furie et si peu de discrétion. —Je ne suis pas Mars, je suis Hercule Rangon Et je vous f... vous qui êtes Angiola la Grecque, Et si maintenant j'avais là mon rebec Je vous f...rais sonnant une chanson. Et vous, Signora, ma douce épouse, Dans le mirely vous ferez baller la chouse En remuant le c... et en poussant très fort. —Oui, Seigneur, car je jouis beaucoup en me donnant à vous, Mais je crains que l'Amour ne me donne la mort Avec vos armes, étant un enfant et un fou. —Cupidon est mon bardache, or Il est votre fils, et mes armes il les garde Pour les consacrer à la déesse de la lâcheté paillarde.

NOTE

On a essayé de donner à ce sonnet le mouvement qu'il a en italien. On espère que les lecteurs le trouveront assez sonore. L'Arétin a été à diverses reprises en relations avec des membres de l'illustre famille des Rangoni. Il y avait à cette époque deux personnages du nom de Ercole ou Hercule Rangone.

L'un d'eux avait été envoyé par sa mère en Lombardie pour apporter des dons et des secours au cardinal Jean de Médicis, prisonnier des Français, en 1512, après la bataille de Ravenne. Le jeune homme s'offrit aussi à l'accompagner en France. Après sa captivité, le cardinal fut accueilli avec beaucoup de considération par les Rangoni, à Modène. Il conduisit avec soi, à Rome, le jeune Ercole, et en 1513, parvenu au pontificat sous le nom de Léon X, il le créa son camérier secret et protonotaire apostolique. Il le nomma cardinal, le 1er juillet 1517. L'Ambassadeur du duc de Ferrare le mentionne dans la lettre citée plus haut à propos de Fra Mariano et dans laquelle il parle de la représentation de Suppositi au Vatican: «Je fus à la comédie dimanche soir et Monseigneur de Rangoni me fit entrer...» En 1519, il fut élu à l'évêché d'Adria et démissionna en 1524. Il était, en 1520, évêque de Modène et régnait par l'entremise d'un vicaire par lequel il fit célébrer en 1521 un synode qui est le premier dont on possède les actes imprimés. Se trouvant à Rome, en 1527, au moment du sac, il suivit Clément VII au castel Saint-Ange et y finit ses jours à 36 ans, le 25 août.

L'autre, Ercole Rangone, qui fut un des correspondants de l'Arétin, était le cousin du fameux Ludovico Rangone et, comme lui, embrassa la carrière militaire. Condottier au service des ducs de Ferrare, lorsqu'en 1529 les Florentins appelèrent Hercule, le fils d'Alphonse d'Esté, en qualité de capitaine général, pour la guerre et la défense de leur liberté contre Clément VII et Charles-Quint, Rangone alla en Toscane en qualité de lieutenant d'Hercule. Bien qu'il se fût distingué par un fait d'armes près de Lari, on vit ensuite qu'il opérait avec mollesse, et cela fut manifeste au siège de Peccioli. Le motif de cette conduite se découvrit lorsque la maison d'Este, qui voulait être neutre dans cette guerre, le rappela. En 1548, il fut désigné pour accompagner en France Anne d'Este, destinée en mariage au duc de Guise. De 1549 à 1552, il fut ambassadeur des ducs d'Este à la cour impériale. Il mourut à Modène le 27 mai 1572. Il avait cultivé la poésie, en latin et en italien, et l'on a de lui une paraphrase des psaumes pénitentiels. Il semble à première vue que c'est ce deuxième Hercule Rangone que l'Arétin a introduit dans son deuxième sonnet luxurieux. Mais rien n'est moins certain. Chorier, qui connaissait les Sonnets, a fait de ce personnage un des interlocuteurs des Dialogues d'Aloysia Sigea. Sans doute, l'Arétin avait-il de bonnes raisons pour en vouloir à Hercule Rangone. Le Sonnet XII est nettement satirique et il ne s'agit pas seulement d'une plaisanterie, comme l'a pensé Alcide Bonneau. En effet, le Divin a consacré au comte Hercule un autre sonnet pour le moins aussi injurieux que le précédent. Il a été publié par M. Francesco Trucchi (Poésie italiane inédite di dugento autori, Praio, 1847, t. III). Voici la traduction de ce sonnet, qu'on n'a jamais songé (et c'est bien étonnant) à rapprocher du douzième sonnet luxurieux:

Le comte Ercol Rangon (si Ercole et comte Et de' Rangoni il mérite d'être nommé) D'épouser l'Angiola grecque a terminé. O gardien de bétail, quand t'en iras-tu vers le mont? De se faire voir à Rome encore il a le front, Ce malatestissime soldat Qui par le comte Ugo, le triste et le malencontreux, Se laissa enlever la bannière, spontanément! Poltron! archipoltron! ô hibou! Tu voulais être, toi, ô coquin! Lieutenant du Signor Giovanni. Ta vie, poltron, ne vaut pas un sou, Poltron, archipoltron, à tel point que les goujats S'archivergogneraient de te garder à leur solde. Et moi je m'acoquine A discourir de toi, vilain poltron, Infamie et honte de la maison Rangone.

Il ressort de ces deux sonnets que le comte Hercule aurait épousé Angiola Greca, courtisane d'origine grecque sans doute, et dont il est dit dans le Zoppino: «Angela Greca vint à Rome à l'époque de Léon X; elle avait été dépouillée par certains ruffians, à Lanciano, et pleine de rogne, ils la menèrent au Campo di Fiore dans une taverne; puis elle prit une maisonnette dans le quartier de Calabraga, étant aux mains d'un Espagnol des Alborensis, puis, comme elle était une belle dame fort honnête et ayant de beaux charmes, un camérier de Léon s'en amouracha et la mit en faveur.» Le Zoppino semble donc désigner assez clairement le premier de nos Ercole Rangone, qui fut, en effet, camérier secret de Léon X. Et, dans ce deuxième sonnet, il signor Giovanni s'appliquerait à Jean de Médicis, c'est-à-dire Léon X lui-même, auprès de qui Monseigneur de Rangoni était si en faveur qu'on pouvait bien l'appeler son lieutenant.

Mais alors pourquoi dans les deux sonnets cet appareil guerrier qui s'appliquerait si bien au second Hercule Rangon? Ce personnage semblable à Mars, ce malatestissime soldat (c'est-à-dire sans scrupules comme les Malatesta ou bien pareil à Malatesta de' Medici que l'Arétin cite dans une lettre au marquis de Mantoue, disant qu'il lui envoie quatre peignes d'ébène dont les trois derniers sont très certainement ceux dont Mars se peignait la barbe, et les lui a enlevés de force l'horrible Malatesta de' Medici), ce lâche Hercule Rangon que les valets de soldats auraient honte de garder à leur solde, ne pouvait être qu'un soldat, et en ce cas, il signor Giovanni pourrait bien être Jean des Bandes Noires. En tout cas, le sonnet luxurieux prête au comte Hercule des mœurs contre nature et nous le montre se laissant entièrement dominer par l'Angiola, son épouse. Le sonnet publié par M. Trucchi fait allusion au scandale provoqué par ce mariage auquel la famille des Rangoni se serait opposée. Le comte Ugo était un frère du second Hercule: le militaire Ugo Rangone, qui embrassa l'état ecclésiastique, fut nonce en Allemagne au temps de la diète de Smalcade. Mais on lui retira sa charge de nonce comme incapable de la remplir. Il fut aussi gouverneur de Plaisance et de Parme sous Paul III, gouverneur de Rome, nonce à la cour de Charles-Quint, et mourut à Modène en 1540.

SONNET XIII

Donne-moi ta langue, appuié les pieds au mûr, Serre les cuisses et liens-moi serré, serré. Laisse-toi aller à la renverse sur le lit, Car de rien autre que de faire l'amour je n'ai cure. —Ah! traître, tu as le cas dur. Oh! voici qu'au bord du mirely il se morfond. Un jour je te promets de le prendre de l'autre côté Et je t'assure qu'il en sortira net. —Je vous remercie, chère Lorenzina, Je m'efforcerai de vous servir, et maintenant, allons, poussez, Poussez, comme fait la Ciabattina. Je le ferai maintenant, et vous quand le ferez-vous? —Maintenant! donne-moi toute la languette, Car je meurs!—Moi aussi, et vous en êtes la cause; Enfin, achèverez-vous? —Maintenant, maintenant je le fais, mon Seigneur; Maintenant j'ai fait—Et moi aussi, oh! Dieu!

NOTE

Pour la Lorenzina, on en a déjà parlé plus haut; la Ciabattina, c'est-à-dire la Savetière, était aussi une des plus jolies courtisanes romaines et une de celles dont les faveurs coûtaient le plus.

SONNET XIV

Foutu petit Cupidon, ne tire pas La brouette, arrête-toi, double mulet, Je veux faire l'amour dans la bonne voie et non dans la prohibée A celle-ci qui me prend le cas, et je m'en ris. Je me fie aux jambes et aux bras, Je suis dans une position si incommode que je ne t'adore point en ce moment. Un mulet crèverait à rester une heure ainsi, Et pourtant seulement par derrière je souffle et crie. Mais vous, Béatrice, si je vous fais peiner, Vous devez me pardonner, car je montre Que faisant l'amour mal à l'aise je me consume. N'était que je me mire au miroir de vos hanches, Les tenant suspendues sur l'un et l'autre bras, Nous ne finirions jamais notre besogne. O hanches de lait et de pourpres, Si votre vue ne me donnait du cœur, C'est à peine si mon cas se tiendrait droit.

NOTE

La Béatrice était une courtisane romaine à la mode.

SONNET XV

Le poupon tette et le cela tette aussi, En même temps vous donnez le lait et en recevez, Et vous voyez en un lit trois heureux: Chacun, prend son plaisir du même coup Avez-vous jamais eu fouterie si goulue Parmi les milliers que vous en avez eues? En ce plaisir vous prenez plus de fête Qu'un vilain lorsqu'il mange la recuite —Vraiment elle est douce de cette façon La révérende fouterie, la dive fouterie, Et comme si j'étais une Abbesse, je jouis; Et il me touche si bien au vif la matrice en rage Ce bel et vaillant cas qui est à toi et si solide, Que je ressens un plaisir superlatif. Et toi, beau cas volage En grande hâte dans le mirely cache-toi, Restes-y un mois et grand profit le fasse!

SONNET XVI

Ne crie pas, mon enfançon; dodo, dodo. Pousse, Maître Andréa, pousse, ça y est, Donne-moi toute ta langue; aïe, holà! Que ton grand cas jusqu'à l'âme me va. —Signora, maintenant, maintenant il va entrer; Bercez bien le petit garçon avec le pied, Et vous rendrez service à tous trois, Parce que nous achèverons, lui dormira. —Je suis contente: je berce, je me démène, je le fais; Berce, démène-toi et travaille—toi encore plus, toi. —Petite mère, j'achèverai en suivant votre mouvement. —Ne le fais pas! Arrête, attends encore un peu, J'éprouve tant de douceur à faire ainsi l'amour Que je voudrais qu'il ne finît jamais plus. —Ma Madonna, allons, Faites, de grâce!—Et maintenant, puisque tu le veux ainsi, Je le fais, et toi, feras-tu?—Oui, Signora.

NOTE

Cette plaisanterie a dû faire la joie de Maître Andréa. Voir plus haut la note qui le concerne.

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