Note 22 — ÉROTIKA BIBLION
Reading edition
En effet, comme le remarque l’illustre M. d’Alembert, d’après l’ingénieux et quelquefois sublime Diderot, quelle finesse d’idées n’a-t-il pas fallu pour y parvenir? L’aveugle n’a de connoissance que par le tact; il sait qu’on ne peut voir son visage quoiqu’on puisse le toucher. «La vue, conclue-t-il, est donc une espèce de tact qui ne s’étend que sur les objets différens du visage et éloignés de nous.» Le tact ne lui donne en outre que l’idée du relief. Donc un miroir est une machine qui nous met en relief hors de nous-mêmes. Ces mots en relief ne sont pas de trop. Si l’aveugle disoit, nous met hors de nous-mêmes, il diroit une absurdité de plus; car comment concevoir une machine qui puisse doubler un objet? Le mot relief ne s’applique qu’à la surface; ainsi, nous mettre en relief hors de nous-mêmes, c’est mettre la représentation de la surface de notre corps hors de nous. Cette désignation est toujours une énigme pour l’aveugle; mais on voit qu’il a cherché à diminuer l’énigme le plus qu’il étoit possible.