← Table of contents
L'illustre Partonneau

LES FEMMES DE PARTONNEAU

Reading edition

LES FEMMES DE PARTONNEAU

Partonneau revenait de Madagascar. Il y a longtemps que se passèrent les événements dont je me fais l’historien : c’était deux ou trois ans après l’insurrection qui suivit la prise de Tananarive. Partonneau s’était alors révélé ce qu’il fut durant le reste de son aventureuse carrière : l’un des collaborateurs civils les plus adroits, le plus vigoureux de Gallieni ; en apparence, et à l’écouter, le plus imprévu des humains ; en réalité, montrant le génie de la politique indigène. Il avait administré des provinces aussi vastes que la Belgique, rendu la justice comme saint Louis, sauf qu’il était assis sous un pamplemoussier, non sous un chêne ; livré des batailles rangées à la tête de dix-huit miliciens, de la sorte pacifié la moitié d’un empire ; enfin, gouverné sagement, mais dans l’éclat d’une puissance illimitée. Le tout sans s’étonner de rien : il n’avait jamais l’air de croire que c’était arrivé.

Quand un mot de lui me fit savoir qu’il était de retour à Paris, je courus le voir. Ce proconsul avait tout simplement repris son ancien domicile, une modeste chambre d’étudiant, rue Flatters, au quartier latin. Sa concierge me dit, d’une voix un peu surprise :

— Mais M. Partonneau n’est pas là, à cette heure-ci ! (Il était quatre heures de l’après-midi.) Vous le trouverez au café Mahieu, comme de juste.

J’allai donc au café Mahieu. J’y découvris en effet Partonneau, attaché de toute son âme aux problèmes d’une manille aux enchères avec des habitués qui l’ignoraient radicalement trois jours auparavant, mais le tutoyaient. Telle était la simplicité de son âme : il ne se souvenait plus d’avoir été vice-roi, d’être toujours officier de la Légion d’honneur et grande médaille d’or de la Société de Géographie. Ou plutôt, comme il disait, avec sa belle philosophie, ramassée dans une formule concise : « Tout ça n’avait aucun rapport ! »

— Alors, lui dis-je, tu ne regrettes pas tes grandeurs ?

— Non, fit-il, sincèrement : ici la vie est beaucoup plus facile ! Je n’ai à me soucier de rien…

En effet, il ne se souciait de rien. Toutefois, y réfléchissant, il me déclara que, pour lui, Paris manquait de femmes. Je répliquai que ce n’était pas l’opinion générale.

— C’est possible, me répondit Partonneau, mais alors c’est que je ne sais plus « manière ». A Madagascar, je n’avais qu’à m’adresser aux governora madinika, les chefs des notables, qui m’envoyaient tout de suite ce qu’ils avaient de mieux. Ici, il n’y a pas de governora madinika : cela me manque.

Je lui fis remarquer qu’il y avait un préfet de police ; il me pria de ne pas me payer sa tête. Mais je ne croyais pas si bien dire, ainsi qu’on verra.

Deux jours plus tard, il m’apprenait qu’il avait trouvé « quelqu’un ». Ce quelqu’un s’appelait Émilienne. Comme je m’informais de l’endroit où il l’avait rencontrée :

— Mais dans la rue ! Où veux-tu que ce soit ?

Il ajouta qu’il l’avait installée chez lui, que c’était une personne très comme il faut, bien agréable, et qu’elle avait des vertus d’intérieur.

Je supposai que c’était à cause de ces vertus d’intérieur qu’on ne voyait jamais Émilienne. Partonneau allait au Mahieu sans elle, dînait sans elle à la brasserie du Panthéon, retournait jouer à la manille, au Mahieu, sans elle, et ne partait que vers minuit.

— Partonneau, lui dis-je timidement un soir, qu’est-ce qu’elle fait, ton Émilienne, pendant ce temps-là ?

— Elle m’attend en mangeant des marrons. C’est une femme qui adore les marrons, avec du vin blanc. Chaque tribu a ses mœurs.

Je me permis de lui faire observer que les mœurs de la tribu parisienne ne sont pas, généralement, si simples ; que les femmes, chez nous, aiment la distraction ; que, de plus, elles souhaitent d’ordinaire que leurs amis fassent l’étalage public de leurs attraits et de leur toilette.

— Je me souviens, reconnut Partonneau, d’avoir lu ces particularités dans certains ouvrages qui traitent de la matière. Mais Émilienne est différente. Elle ne demande pas du tout à m’accompagner. Je la vois le soir, quand je rentre, et le matin, où elle fait le ménage, cependant que je travaille à ma grande carte, au cent millième, du nord-est de Madagascar. Cela nous suffit à tous deux.

Toutefois, il advint un jour que Partonneau vint s’asseoir à mes côtés, la figure légèrement attristée.

— C’est curieux, me dit-il, Émilienne a été prise dans une rafle !

— Dans une rafle ? Comment cela ?

— Comme il paraît que ça se fait : par la police. Elle se promenait sur le boulevard, et la police l’a emmenée…

Je compris pourquoi Émilienne ne tenait pas à accompagner Partonneau le soir : elle avait d’autres occupations, et ne passait pas décidément tout son temps à manger des marrons.

— … Et elle a fait prévenir la concierge, poursuivit Partonneau, qu’il me fallait aller la réclamer à la préfecture de police.

— Et tu iras ?

— Sûrement, j’irai ! Je me suis informé. Une femme qui vit avec un homme honorable, la police n’a pas le droit de la cueillir : tels sont les lois et règlements de ces populations occidentales. Tout à l’heure je vais donc aller réclamer Émilienne.

Il revint deux heures après.

— C’est extraordinaire, fit-il, on n’a pas voulu la relâcher !

— Il y avait un cheveu ?…

— Aucun cheveu. J’ai vu un administrateur, très aimable. Je lui ai dit : « Vos miliciens ont arrêté une femme qui vit avec moi. Puisqu’elle vit avec moi, je viens la chercher. Voilà mes noms et qualités. » Il m’a répondu : « Rien de plus juste, cher monsieur… Enchanté de cette occasion de faire connaissance de l’explorateur Partonneau, dont la renommée est venue jusqu’à moi. Cette dame s’appelle ?…

» — Elle s’appelle Émilienne !

» — … Émilienne ? Bien. Son nom de famille ?

» Alors, je suis tombé des nues : « Est-ce que vous croyez, lui ai-je dit, que j’ai l’indiscrétion de demander leur nom de famille aux dames qui m’honorent de leurs faveurs ? Et qu’avais-je besoin de connaître son nom de famille ? Je ne veux pas en hériter ! » Là-dessus, il m’a répondu : « Je regrette ! mais, dans ce cas, malgré la meilleure volonté du monde… »

Partonneau réfléchit un instant, et conclut :

— A Madagascar, les femmes n’ont pas de nom de famille. Les hommes non plus, du reste. Ils ont bien raison : ces complications sont ridicules !

Il ne faudrait pas croire que toutes les dames que, dans l’acception biblique du terme, mon ami Partonneau connut à Paris, quand, par chance il y venait se reposer de ses fatigues, échouèrent, comme celle dont je viens de parler, à la préfecture de police. Il y en eut d’autres, dont les relations avec cet homme illustre se terminèrent différemment, bien que d’une façon toujours aussi singulière ; et je compte rapporter comment. Il est certain qu’il n’avait de rien, ni des femmes, ni de l’autorité, ni de la manière dont il convient d’exercer cette autorité, une conception qui puisse ressembler en quoi que ce soit à la nôtre.

Celle-ci ne pouvait que demeurer fort éloignée des comportements que son génie naturel, développé par ses séjours sous d’autres cieux, et l’habitude qu’il avait prise d’y exercer les réalités de la domination, avaient inculqués à Partonneau. C’est ce qu’il me fit bien sentir, il y a quelques années, alors que j’avais le plaisir de le retrouver chef de cercle, muni de pouvoirs effectivement illimités, dans une des régions les moins assimilées de notre Indo-Chine septentrionale : car ce diable d’homme a été partout, et l’on doit à la vérité de reconnaître qu’il est l’un de ceux qui ont le moins mal réussi partout où il a passé.

« L’administration, me dit-il, est une chose très simple. Elle a trois aspects : ce qu’on fait pour le gouvernement, ce qu’on fait pour les indigènes, ce qu’on fait pour soi. Le gouvernement, les indigènes n’étant pas électeurs, se déclare satisfait si les impôts rentrent régulièrement. Pour les indigènes, il s’agit de les persuader que plus ils paieront régulièrement ces impôts et moins on les embêtera. En d’autres termes, que s’ils s’acquittent gentiment de ce devoir, on leur fichera la paix absolument, et que nous serons pour eux comme si nous n’existions pas. Pour soi-même, il s’agit d’organiser sa petite vie le plus confortablement qu’on peut. »

Je constatai que, en effet, Partonneau jouissait de la confiance silencieuse du gouvernement ; que les indigènes payaient l’impôt et, pour le reste, ne se volaient les uns les autres que selon leurs coutumes héréditaires ; enfin, qu’il avait organisé sa petite vie.

Il s’était fait construire une « résidence » au milieu d’un assez beau lac. C’était afin de goûter un peu de fraîcheur. « L’inconvénient de cet emplacement, expliquait-il, est que l’eau engendre des moustiques : mais c’est un fait bien connu que les poissons rouges mangent les moustiques. J’ai donc frappé mes administrés d’une taxe annuelle et personnelle d’un certain nombre de poissons rouges, dont ils s’acquittent fort honnêtement ; ils les mettent dans le lac et je suis débarrassé des moustiques. Une autre plaie du pays, ce sont les cafards ; ils envahissent les habitations : mais c’est un autre fait bien connu en histoire naturelle que les pintades mangent les cafards. Il me suffit donc d’entretenir dans la résidence les pintades qu’il faut. »

Et il est vrai que cette demeure administrative avait, grâce à ces oiseaux, l’air d’un poulailler ; mais il jugeait avec bon sens qu’il n’est pas, après tout, plus extraordinaire d’avoir chez soi des pintades que des chiens ou des chats.

Toutefois, l’intérieur de ce palais résidentiel me parut assez bizarre. Il ne se composait que d’une chambre à coucher, sur laquelle je reviendrai tout à l’heure, et d’une salle immense, très haute, mais entièrement dépourvue de meubles. J’apercevais seulement, suspendues au plafond, des choses vagues, auxquelles étaient attachées des poulies.

Partonneau me dit, d’un air tout naturel :

— Je suppose que tu veux déjeuner ?… Tirailleur Ba, — c’est-à-dire numéro trois, — l’appareil numéro cinq !

Sur quoi le linh-cô Ba, avec une aisance qui prouvait une longue habitude, manœuvra un certain nombre de poulies, et fit descendre du plafond une table, des chaises et un buffet. Nous déjeunâmes.

— A présent, tirailleur Ba, la sieste ! commanda Partonneau : l’appareil numéro deux !

Le tirailleur Ba, ayant fait prendre au mobilier de salle à manger un mouvement ascensionnel, le remplaça par deux lits de repos, couverts de nattes fraîches parfaitement confortables.

— Maintenant, me dit Partonneau vers quatre heures, tu permets que je travaille un peu ?

Le tirailleur Ba évoqua des hauteurs un bureau, un fauteuil de bureau, quelques sièges et une bibliothèque avec des cartons verts.

— Par ce procédé, m’expliqua sérieusement Partonneau, on a beaucoup plus d’air !

Il se mit à dépouiller paisiblement son courrier administratif. Bientôt une exclamation d’impatience lui échappa, qui me surprit de la part de cet homme d’un si grand sang-froid.

— Faut-il qu’ils soient bêtes, cria-t-il, faut-il qu’ils soient bêtes !

— Plus qu’à l’ordinaire ?

— Oui. C’est la direction de la justice, à Hanoï, qui me demande un tas de renseignements dont elle n’a que faire ! Des renseignements qui sont destinés à Paris, tu comprends, aux gens de Paris, mais ne signifient absolument rien : « L’esprit de la population !… l’organisation de la justice dans mon cercle ! » Ils vont voir !

En regard d’une des formules imprimées qu’on lui communiquait, il écrivit :

« Le chef du cercle de Yen-Minh inflige aux indigènes les amendes qu’ils ont méritées ; leur administre les châtiments qui sont nécessaires pour les maintenir dans la bonne conduite ; condamne à mort ; et, dans les cas plus graves, en réfère à l’autorité supérieure ! »

— Mais c’est idiot ! Si tu condamnes à mort, il ne peut y avoir de cas plus graves !

— Mon cher, fit-il, l’essentiel est de remplir les formules ; on ne lit jamais rien, mais on remarque les blancs !

Un génie si décidément original me remplissait d’admiration. La nuit venue, je l’accompagnai jusque dans sa chambre à coucher. Elle était fort vaste, et les meubles, ce qui me parut presque choquant, si vite on s’accoutume aux choses qui, d’abord, vous semblent incongrues, reposaient à terre, au lieu de planer dans le ciel. Même le lit, un lit immense, carré, de la dimension, à lui tout seul, d’une pièce d’un appartement parisien, était aussi définitivement fixé au sol qu’une cathédrale. Il se caractérisait, de plus, par une particularité assez exceptionnelle : sur l’une de ses parois latérales apparaissait une petite porte, une espèce de trappe.

— Que diable est-ce là ? demandai-je.

— Tu vas voir, me répondit Partonneau : tout ce qu’il y a de plus pratique.

S’étant déshabillé, il s’étendit sur le lit, et, allongeant la main, frappa un petit coup sur le bois de la porte.

— Ti-Haï ! appela-t-il.

La porte s’ouvrit et, du dessous du lit, sortit une jeune Annamite, d’un aspect agréable, qui salua respectueusement son seigneur et maître.

— Tu conçois, m’expliqua Partonneau, qu’il est parfaitement inutile qu’elle reste au-dessus quand je n’ai plus besoin d’elle. Je l’appelle quand je veux… et puis elle rentre.

Ti-Haï, comme lui, semblait juger que rien n’était plus légitime, ni plus simple.

Quelque temps plus tard, une légitime émotion agita, jusqu’à le déchirer, le corps des administrateurs, ou du moins la grande majorité d’entre eux, dans notre colonie du Juste-Milieu-Asiatique : un nouveau Résident Général, dans sa sollicitude, avait bien voulu se préoccuper d’amender leurs mœurs.

Il en était résulté une circulaire confidentielle, mais pressante, et même rédigée en termes impérieux : MM. les administrateurs étaient invités à répudier, dans le plus court délai, les petites épouses indigènes qui, jusqu’à ce jour, embellissaient leur solitude. La circulaire admettait que ce sacrifice pourrait, dans certains cas, leur paraître douloureux ; elle représentait qu’il était indispensable : ces unions plus ou moins morganatiques sont de nature à déconsidérer nos agents aux yeux des fonctionnaires britanniques de la colonie voisine qui parfois viennent visiter notre possession ; par surcroît, les preuves qu’elles ne sont point sans inconvénients politiques ne sont que trop nombreuses : Combien de chefs de cercle n’en sont-ils pas arrivés à ne voir que par les yeux de leurs « congaïes », adoptant leurs préjugés, leurs sympathies ou leurs antipathies, favorisant leur famille et leur village au détriment des intérêts généraux des indigènes, et de la simple justice même ? Combien de ces congaïes n’abusent-elles de leur influence pour faire rendre, à condition d’y trouver leur avantage, des arrêts qui compromettent le bon renom de l’administration française ? Et n’en peut-on citer aussi qui vont jusqu’à trahir à la fois leur époux européen et le gouvernement dont il est le délégué ?

Ceux des administrateurs que touchait la circulaire — ils étaient nombreux — tinrent des espèces de congrès secrets qui ne furent guère que d’inutiles parlotes. Les uns prétendaient se révolter ouvertement. D’autres en appeler à la presse parisienne ; d’autres encore proposaient qu’au moins l’on adressât à M. le Résident Général une lettre collective de protestation, suggérant qu’une mesure si draconienne, prise, en apparence, au nom de la morale, était susceptible d’entraîner des écarts bien plus déplorables, de nature à faire périr les deux sexes, chacun de son côté. On comptait beaucoup, pour cette insurrection, sur le célèbre Partonneau, on attendait de sa part une énergique défense : on connaissait son scepticisme, ses habitudes de franc-parler ; on savait aussi quels liens l’attachaient, depuis plusieurs années, à l’aimable Ti-Haï.

Ti-Haï n’avait été appelée par lui aux honneurs d’un concubinat quasi officiel qu’après de scrupuleuses enquêtes et un achat en forme à ses parents des Trois-Lacs : il s’agissait, en somme, d’un mariage parfaitement régulier, selon la coutume indigène. Cette aimable enfant était arrivée chez Partonneau entièrement couverte de bouse de vache, et Partonneau, au courant des usages, s’était bien gardé de lui faire enlever sur l’heure cette carapace, à laquelle seules ont droit les filles parfaitement vertueuses, notoirement vierges, et qui ont l’intention d’accomplir avec rigueur tous leurs devoirs d’épouses ; il avait attendu qu’elle séchât. A cette heure, Ti-Haï possédait trois colliers, l’un de perles d’or, l’autre de perles d’ambre, le dernier de corail, dons de son seigneur et maître, preuve ostentatoire et somptueuse de condescendances de sa part exceptionnelles. Même elle avait un pousse-pousse pour courir le marché et les magasins, comme la femme de première classe d’un mandarin ; enfin, à l’abondance et à la richesse de ses toilettes, au nombre de ses kai-aos de soie, il ne semblait pas impossible qu’elle reçût des cadeaux qui tous ne venaient point de Partonneau, mais de ses administrés, justement soucieux de se ménager les faveurs d’une si grande dame, et si influente.

A la grande surprise de ses collègues, Partonneau leur opposa la fin de non-recevoir la plus catégorique.

— Les journaux de Paris, leur dit-il, se ficheront de vous ! Ils se ficheront de vous parce que c’est trop drôle : les administrateurs du Juste-Milieu-Asiatique réduits à la situation et aux obsessions des citoyens d’Athènes dans Lysistrata ! On se moquera de vous, sans que nulle pitié se mêle à cet ébaudissement. Quant au Résident Général, oui, je vais lui écrire, au Résident Général, mais ce sera pour lui dire qu’il a raison, cent fois raison, que nous ne pouvons qu’être désagréablement roulés par nos congaïes, qu’il se peut bien même que j’aie été roulé par la mienne et que je m’empresse d’accéder à son juste désir.

Il fut traité de lâcheur, voire de lâche. On alla jusqu’à murmurer, derrière son dos, que l’illustre Partonneau vieillissait, qu’il n’était plus digne de sa réputation, qu’il sacrifiait ses affections, ainsi que les légitimes plaisirs de ses collègues, au désir d’être bien en cour, au soin de son avancement. L’ayant appris, il répondit seulement qu’il était en effet, très probablement, un héros dans le genre de Titus, lequel, pour garder l’Empire, avait sacrifié Bérénice aux exigences du Sénat romain ; et l’on vit la pauvre Ti-Haï quitter la maison de Partonneau. Cela ne prouvait rien ; les cœurs n’ont pas besoin, pour palpiter à l’unisson, de battre sous le même toit : mais elle était souvent en larmes, et perpétuellement, en plus, de la pire humeur. Alors, nul ne douta plus de la sincérité de Partonneau.

M. le Résident Général ne manqua pas d’être flatté de l’adhésion, à ses principes, d’un personnage qui passait pour pousser fort loin, d’ordinaire, l’esprit d’indépendance : Partonneau bénéficia, avant son tour, d’un avancement de classe. Ce ne fut pas tout : M. le Résident Général, dans une de ses tournées, s’étant arrêté chez lui, trouva des paroles presque attendries pour le féliciter d’une si noble obéissance, si rapide, et qui pourtant lui avait dû coûter. Partonneau se contenta de s’incliner en souriant. Au même instant, parurent deux jeunes personnes, qui entrèrent par deux portes opposées, ne se regardèrent point, mais lui posèrent fort tendrement la main, chacune de son côté, sur une épaule.

— Madame Ti-Haï ! fit Partonneau, les présentant, du village des Trois-Lacs, madame Thi-Ba, du village des Grandes-Rizières…

— Et quel rôle, monsieur, jouent ici ces dames ? demanda M. le Résident Général, glacial.

— Madame Ti-Haï est ma première épouse, madame Thi-Ba, la seconde.

— Est-ce là, fit M. le Résident Général, l’engagement que vous aviez pris ? En vérité, monsieur !…

Il ne cachait pas se trouver fort offensé. Partonneau répliqua :

— J’ai porté honnêtement à votre connaissance que je n’avais plus d’épouse indigène. Rien de plus rigoureusement et grammaticalement exact, puisque j’en ai deux, ce qui fait un pluriel… J’ai considéré, monsieur le Résident Général, qu’il avait été fort sage de m’interdire la monogamie. Faisant mon examen de conscience, j’ai reconnu qu’en effet l’influence d’une épouse menaçait de m’être funeste, et que, selon vos propres paroles, je risquais de m’abandonner à sa seule influence, de ne voir que par ses yeux. J’en ai donc pris une seconde. Thi-Ba est du village des Grandes-Rizières, lequel, depuis l’aurore des temps historiques, abomine le village des Trois-Lacs, dont Ti-Haï est sortie. Toutes deux, par surcroît, se jalousent, et s’entendent comme chien et chat. Il n’est pas une petite malice, une petite tentative de prévarication par séduction, de la part de Ti-Haï, que Thi-Ba ne s’empresse de signaler. Et Ti-Haï fait de même à l’égard de Thi-Ba. Elles sont devenues ma police ; en se dénonçant réciproquement, elles dénoncent tous ceux qui s’adressent à elles. Sans vous, monsieur le Résident Général, je n’eusse jamais découvert cet admirable moyen de gouvernement.

Ce haut fonctionnaire, ayant réfléchi, jugea qu’il y avait du bon dans la politique conjugale et extra-conjugale de Partonneau. C’est lui qui m’a conté l’histoire.

DANS LE MONDE

L’avant-dernière fois que Partonneau revint à Paris, il était au comble de la gloire. Dédaignant, pour quitter la colonie du Juste-Milieu-Asiatique, de faire comme tout le monde, et de s’embarquer sur un confortable paquebot, et tournant le dos à l’océan Indien, il s’en était revenu par le Thibet. Tout seul ! Et, seul de tous les Européens depuis le voyage des missionnaires Huc et Gabet, c’est-à-dire depuis plus de trois quarts de siècle, il avait réussi là où Dutreuil de Rhins a si cruellement échoué : il avait pénétré dans la mystérieuse Lha-Ssa ; il s’était entretenu avec le Dalaï-Lama, Bouddha vivant des Thibétains, beaucoup plus familièrement que je n’arriverai jamais à le faire avec M. Ramsay Macdonald ; il avait visité, je ne sais où, des grottes-bibliothèques où dorment depuis trente siècles des manuscrits rédigés dans des langues que nul ne parle plus, pas même les perroquets ; il n’avait tué personne, on n’avait pas même essayé de l’assassiner ; pourtant, il avait tout vu, tout entendu sur son passage ; il avait été géographe, géologue, philologue, botaniste, et rapportait par surcroît une collection d’argols unique au monde. Les argols, il faut le faire connaître à ceux qui pourraient l’ignorer, sont le seul combustible connu sur les hauts plateaux thibétains, où ne sauraient croître même ces saules, pas plus hauts que des géraniums, qu’on rencontre encore jusque dans les régions arctiques ; ce sont des bouses de ruminants, tout bonnement, mais parvenues à un parfait état de siccité. Il y a celles du chameau, pour lesquelles Partonneau professe de l’estime : il paraît qu’elles valent, pour faire griller une côtelette, le meilleur bois de hêtre. Il y a celles des vaches, pour lesquelles il témoigne un profond mépris. Il y a enfin les petites boules rondes que laissent sur leurs pas les chèvres et les moutons, et dont il est enthousiaste : il démontra, devant un aréopage de savants et de métallurgistes, qu’elles dégagent une chaleur susceptible de fondre même l’acier. Un journal publia cette expérience avec cette manchette : « La crise du charbon conjurée ! »

De si notables et diverses découvertes avaient valu à Partonneau quelque notoriété. Il devint d’abord populaire ; son portrait figura dans les périodiques et les quotidiens. Ce qui compte davantage, il fut un homme à la mode. Les salons se le disputèrent ; il connut cette gloire suprême : des dames fort distinguées envoyèrent à leurs amis des cartes les invitant à venir prendre le thé chez elles, avec cette note, soigneusement soulignée : « Pour rencontrer M. Partonneau. »

Je crois me souvenir de l’avoir dit, au début de l’étude que je consacre à la vie de cet homme singulier et admirable : Partonneau, dans les séjours qu’il avait faits à Paris, au cours de sa longue et très aventureuse carrière, n’avait jamais fréquenté que le café Mahieu. Cet homme qui semble tout savoir ignore le bridge ; il ne connaît que la manille. Une fois en France, il se retrouvait ce qu’il y avait été avant de la quitter pour la première fois, un étudiant, même un étudiant pauvre, aux joies faciles ; que dis-je, élémentaires. Il ne sait rien de ce qu’on est convenu d’appeler « le monde », de ses usages, du ton de conversation qu’il y faut prendre. Cela m’inquiéta pour lui. D’autre part, j’étais son ami, je m’enorgueillissais de sa réputation, j’eusse été peiné qu’il repoussât de si flatteuses attentions. A cet égard, je fus bientôt rassuré.

— J’irai, fit-il, considérant d’un air paisible la première de ces invitations, que je ne lui présentais qu’avec timidité.

Et comme je le regardais, un peu étonné d’une décision si aisée, si rapide :

— … C’est de l’exploration !

J’avoue que ce mot me fit trembler. Je le voyais entrant avec un théodolite chez Madame de Véromandes, ou appliquant un compas à branches courbes sur la face de M. Mouvenot, le grand homme d’affaires, à l’égard de qui cette personne passe pour avoir des bontés, afin de prendre sa mensuration crânienne ; ou bien encore faisant un petit cadeau à M. l’abbé Chudier, qui fréquente aussi la maison, pour l’inciter à lui céder une pièce archéologique intéressante de son église, par les mêmes procédés dont il usa pour séduire les bonzes des lamaseries, et emporter leurs plus précieux bouddhas.

Il ne fit rien de tout cela, par la bonne raison que c’est à peine, d’abord, s’il ouvrit la bouche, sauf pour les expressions de courtoisie les plus vagues et les plus générales. Il avait l’air, pour moi qui le connaissais bien, de songer : « Qu’est-ce que ces indigènes vont me demander de payer pour entrer dans leur pays ? »

— Monsieur, lui demanda à la fin madame de Véromandes, avec une aimable impatience, parlez-nous un peu des femmes du Thibet.

— Ce sont, madame, des personnes fort heureuses : car elles ont généralement trois ou quatre époux légitimes en même temps, ce qui me paraît suffire. Tous les frères d’une famille sont ordinairement maris d’une même femme.

Madame de Véromandes manifesta, malgré sa politesse, quelque incrédulité. Mais M. l’abbé Chudier voulut bien lui jurer que les Annales de la Propagation de la Foi confirment les dires de l’explorateur. Il ajouta que cette coutume ne lui paraissait pas irréprochable.

— En effet, observa madame de Véromandes, que deviennent les autres hommes ?

— Madame, fit Partonneau, tout est comme en France, ne vous en souciez point : une femme a plusieurs hommes, et les hommes sans emploi se font moines !… Cette coutume n’a pas manqué d’être favorisée par la Chine, suzeraine du pays, et antimilitariste : une femme qui possède plusieurs hommes les juge tous indispensables à son bonheur, et n’en veut pas faire des soldats. Quant aux moines ils sont naturellement exempts de porter les armes : combinaison de tout repos pour assurer la paix ! Si nos pacifistes avaient la moindre prévoyance ils devraient d’abord établir en France ces deux institutions qui s’appuient et se complètent : le cléricalisme et la polyandrie.

La conversation prenait un tour scabreux. J’en frémissais. Fort heureusement, comme elle était à M. Mouvenot de nul intérêt, il interrogea :

— Et l’administration, monsieur, le gouvernement de ce pays-là ? Ils doivent être fort vénaux, comme partout en Orient ?

M. Mouvenot en savait quelque chose. A l’aurore de sa grande fortune, alors qu’il opérait en Turquie, il acquit l’art de distribuer les bakchichs avec fruit et discernement ; et plus tard, en Occident, cet art n’a pas manqué non plus de lui être utile. Même l’importance des services qu’il a ainsi rendus le défend seule contre la malveillance de ceux qui le voudraient accuser de corruption.

— Il est vrai, fit ingénument Partonneau, il est vrai ! Dans ce pays, nul fonctionnaire civil, militaire, ou même religieux, n’accorde rien à personne qu’en échange d’un petit avantage personnel… Mais après tout, le pot-de-vin, monsieur, le pot-de-vin n’est pas incompatible avec un haut état de civilisation !

Je crus que la foudre était tombée. Je rougis, je pâlis. J’avais tort. Le visage de M. Mouvenot, du contraire, s’illumina. Il était enchanté, il acquérait de vives lueurs de philosophie sociale ; de quoi, auparavant, il ne s’était jamais soucié.

— Vous aviez raison, me dit-il à demi-voix, votre ami est un homme de génie ! Croyez-vous qu’il entrerait dans les affaires ? Avec sa notoriété…

Partonneau, malgré cette invitation, n’entra pas dans les affaires. Mais j’en vins à me persuader qu’il ne tenait qu’à lui de trouver dans les entours de madame de Véromandes une amie élégante, même spirituelle, en tout cas sachant, à coup sûr, unir quelque délicatesse à une intéressante et suffisante sensualité. Enfin quelque chose de nouveau pour lui ; et de l’exploration encore, sur quoi j’eusse goûté ses aperçus, qui manquent rarement, on le sait, d’originalité.

Il ne m’était point échappé qu’il avait plu. Comme toujours il avait montré quelque chose d’imprévu, de surprenant. La virilité de son grand corps maigre et sec, mais musculeux, le contraste assez voluptueux de ses sourcils fort noirs et d’un regard demeuré très jeune, presque enfantin, sous la forêt candide de ses cheveux parfaitement blancs, mais durs et coupés en brosse, n’avaient pas été non plus sans produire une impression favorable. Je pus bientôt me rendre compte qu’il lui était loisible de choisir entre trois ou quatre personnes qui ne feraient pas languir trop longtemps son impatience. Cela aussi me paraissait digne d’être retenu : je le savais n’avoir point accoutumé d’attendre. Je le savais ! mais comment eussé-je pu prévoir que, malgré tout mon empressement à lui être utile, j’arrivais déjà trop tard ! Lorsque je lui fis part des espoirs qu’à mon sens il était en droit légitime de nourrir, il fit preuve tout d’abord d’hésitations que je crus pouvoir porter au crédit de sa modestie, puis attribuer à sa nonchalance.

« Tant d’embarras, objecta-t-il, pour si peu de chose ! Il n’aimait pas les complications. Les jeunes femmes appartenant à un monde si brillant n’étaient point son affaire : ou bien il leur paraîtrait bientôt insupportable et sauvage, ou bien il leur devrait consacrer un temps qu’il préférait employer autrement ; il s’apprêtait à écrire la relation de son voyage, à relever ses itinéraires géographiques… »

Je lui représentai que ces allégations étaient fort semblables à des défaites ; que l’amie qu’il choisirait n’aurait guère plus de temps à lui donner que lui-même ne se sentait disposé à en accorder ; qu’une liaison, pour elle, consisterait surtout dans la satisfaction de se dire : « Cet homme dont on parle est à moi ! » et de le pouvoir faire connaître en confidence à des rivales possibles ; qu’il raisonnait de l’amour, tel qu’on le pratique aujourd’hui dans la bonne société, d’après une littérature surannée qui en exagère les difficultés, en complique fictivement les cérémonies ; et que celles-ci, dans la réalité, sont à cette heure réduites à presque rien.

— Il est possible, reconnut-il brusquement : mais j’ai ce qu’il me faut !

Il n’y avait pas encore quinze jours que Partonneau était à Paris : il y possédait déjà une amitié ! Cela n’était pas extraordinaire, j’aurais dû m’y attendre. Pourtant je lui demandai, un peu décontenancé :

— Et c’est… une passion ?

Il leva vers moi des yeux candides, mais scandalisés :

— Moi ? Voyons !… Non, et même je ne sais pas trop bien comment cela s’est fait. Elle habitait sur le même palier, la porte en face. J’avais laissé la mienne ouverte : elle est entrée…

— Et qu’est-ce qu’elle fait chez toi ?

— Elle est gentille… Elle a ouvert mes caisses, et elle a mis dans les armoires ce qu’il y avait dans les caisses. Elle range, elle tourne dans l’appartement. Quand elle a fini de ranger, elle joue avec son chien : parce qu’elle a un chien, un berger allemand…

Alors, je me rappelai cette Émilienne, qu’il avait gardée chez lui durant six mois sans même penser à lui demander son nom de famille, et la petite Annamite qui passait la nuit sous son lit, à Yen-Minh, ne sortant de sa cachette qu’à l’évocation du maître. Je compris combien la femme continuait à tenir peu de place dans l’existence de cet homme vraiment fort. Il avait pris celle-là comme il avait pris les autres : parce qu’elle était entrée. Cela lui suffisait ; il n’en demandait pas davantage, il aurait cru imprudent, fatigant, funeste à son repos de chercher autre chose.

Il proposa, avec une auguste sérénité :

— Veux-tu la voir ?

Je la vis. Elle s’appelait Jacqueline. Elle était blonde, c’est tout le souvenir qu’elle m’a laissé ; de ces femmes dont on ne garde pas plus les traits dans sa mémoire qu’on ne pourrait distinguer une souris blanche d’une autre souris blanche. Je suppose qu’elle pouvait avoir entre trente et quarante ans ; elle était peut-être beaucoup plus jeune. Il paraît qu’elle vivait d’une rente assez confortable, qui lui avait été léguée par « quelqu’un ». Sur elle je n’en sus jamais davantage, et cela même, je me demande comment je l’ai su, comment elle était là, pourquoi elle était restée après être venue. Je ne me l’explique pas encore. Je ne crois pas qu’elle aimât Partonneau ; pourtant elle l’adorait. J’entends qu’elle aimait « servir », et être à un homme. Elle élevait vers lui des yeux perpétuellement attentifs, un peu inquiets : les yeux que son chien avait pour elle-même.

Et lui, Partonneau, était « bon » pour elle. Je n’ai jamais mieux senti tout ce qu’il peut habiter de cruel, à force d’insuffisance, dans ce seul petit mot, et le sentiment, l’attitude, qu’il prétend représenter. Il ne la traitait point comme la petite Annamite. Il ne l’enfermait pas, il la laissait parfaitement libre. J’imagine que sans raisonner, instinctivement, il respectait en elle « la majesté du blanc », dont tout Européen, une fois qu’il a fréquenté, en les dominant, des races différentes de la sienne, finit par concevoir une si haute idée. Il avait seulement l’air de lui dire : « Tu es libre, mais moi aussi ! Et au fond, alors c’est comme si nous ne nous connaissions pas ! » Et ce qu’il y avait de terrible, si l’on prenait la peine d’y réfléchir, c’est qu’elle, cette Jacqueline, ne voulait pas être libre…

Je fus quelques jours sans revoir Partonneau. Un matin, j’allai chez lui. Je le trouvai en bras de chemise, un crayon d’une main, un compas de l’autre, penché sur une immense carte à grande échelle, qu’il dessinait patiemment après l’avoir étendue sur une vaste planche de bois blanc posée sur deux tréteaux. Cette sorte de table était à peu près le seul meuble de la pièce, sauf une chaise de paille. Telle était la simplicité de mœurs de cet homme admirable. Partout il était campé. Je ne vis pas Jacqueline. Ce fut en vain que je la cherchai dans le reste de l’appartement.

— Où est-elle ? demandai-je.

— Je ne sais pas, répondit Partonneau. Chez elle, probablement ; en face. Elle ne vient plus.

— Tu l’as chassée ?

— Si tu veux… Figure-toi qu’avant-hier, il était cinq heures du soir, le jour commençait de se faire un peu sombre. J’étais là, où tu me vois, avec les mêmes outils, en train de songer : « Par où diable peut-elle bien passer, cette garce de cote 3.400 ?… Voilà une femme qui me met la main sur le front, qui me dit : « Mais, mon chéri, tu vas te faire mal aux yeux, si tu travailles sans lumière ! » Comprends-tu ça ? Est-ce que ça la regardait ? Je lui ai dit :

— F… le camp, à la fin, f… le camp ! D’abord, je ne conçois pas du tout pourquoi tu es ici ; tu ne me demandes jamais d’argent, c’est un mystère insondable. Mais cependant j’ai fini par comprendre : tu as un chien qui est curieux, un chien qui aime à « faire balcon », à regarder les passants dans la rue ! Et toi, tu habites sur la cour. Eh bien ! ton chien, il pourra venir tant qu’il voudra ! Mais toi, pour quoi faire ?…

« Je suppose qu’elle n’a pas été contente. Elle n’a pas pleuré, elle n’a pas insisté : elle est partie.

— Et tu n’as pas été la chercher ? Il y avait quatre pas…

— Non. Encore une fois, pour quoi faire ?

Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings