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L'Illustration, No. 3737, 17 Octobre 1914

LA ONZIÈME SEMAINE DE GUERRE

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Cassel, Bouvines, Mons-en-Pévèle, Lens, Denain, Tourcoing, Lille, tous ces noms glorieux rappelant la formation de la patrie française, du moyen âge à la Révolution, sont soudain réapparus dans une sanglante auréole. C’est dans ces campagnes des Flandres et de l’Artois que se transportèrent cette semaine les principaux événements de guerre. Du moins est-ce surtout sur cette nouvelle phase de l’invasion que le quartier général nous donne plus particulièrement des indications. Il faut commencer aujourd’hui par cette région ensanglantée le résumé des événements de la semaine.

DANS LE NORD

Dans nos précédentes notes nous disions qu’une force allemande de composition inconnue était aux prises aux environs de Lille avec les forces françaises, d’effectifs également tenus secrets par le communiqué. On signalait seulement une division de cavalerie ennemie au Nord de Lille, s’étendant de la rive gauche de la Lys aux abords d’Hazebrouck et de Cassel, presque à la mer du Nord, nous disait-on.

Cette cavalerie a rencontré la nôtre qui, à plusieurs reprises, l’a refoulée au Nord de Lille, et ensuite l’a rejetée sur la Lys au moment où les escadrons ennemis en tentaient le passage sur plusieurs points. Ces rencontres se sont poursuivies jusqu’au 10 et au 12. Elles avaient pour but, de la part des Allemands, de couvrir la marche d’un corps d’armée vers Lille. Les premiers détachements ennemis se virent repoussés à leur arrivée devant cette grande ville; le combat fut assez violent dans les faubourgs. Puis les Allemands revinrent en force—un corps d’armée—et occupèrent Lille, défendu uniquement par des éléments territoriaux. La nouvelle en parvint le 13. Le 14, l’état-major annonçait que les Franco-Anglais occupaient Ypres, se portant ainsi au Nord de Lille.

AUTOUR D’ARRAS

Les Allemands voulaient évidemment attirer sur les bords de la Lys une partie des troupes françaises qui opéraient avec succès autour d’Arras et jusque dans les plaines illustres de Lens où Condé, par sa plus éclatante victoire, fit rentrer l’Artois dans le giron national. Mais le généralissime ne s’est pas laissé détourner. Il poursuit son but. Celui-ci est-il atteint? On pourrait le supposer puisque le Temps assure que nous serions près de la Sambre.

Les communiqués, d’ailleurs, n’ont pas cessé de dire que nous contenons partout l’ennemi quand nous ne progressons pas. S’ils restèrent sobres de détails sur ce qui a dû se passer entre Arras, Douai et Cambrai, ils ont signalé que les Allemands, tentant, au Sud d’Arras, de percer nos lignes dans la vallée de l’Ancre, n’ont pu réussir et ont dû se retirer après des pertes considérables. De ce côté et aux abords même d’Arras, la bataille a été extrêmement ardente. Le 10, nous refoulions l’ennemi à 20 kilomètres du chef-lieu du Pas-de-Calais.

EN SANTERRE

Tout en s’efforçant de s’opposer à la manœuvre que nous opérions dans le Nord, l’ennemi n’a pas cessé ses attaques furibondes sur notre front marqué entre le Noyonnais et le Santerre par Lassigny, Roye et la Somme. Presque chaque jour on annonçait une nouvelle tentative pour percer nos lignes dans la direction d’Amiens et, chaque fois, on apprenait que le mouvement avait échoué. Un moment, vers le 7 octobre, la violence de la ruée et le nombre des assaillants nous avaient obligés à un recul; mais nous reprîmes l’offensive; le terrain un instant abandonné fut réoccupé. Depuis lors, l’ennemi a redoublé d’efforts, sans pouvoir nous déloger; le 9, une vive action tourna encore à notre avantage; nous faisions 1.600 prisonniers. Le 10, nos troupes enlevaient un drapeau.

ENTRE L’OISE ET L’AISNE

La guerre de siège continue sur le plateau du Soissonnais où Français et Anglais prennent un à un les retranchements, les carrières souterraines aménagées en casemates, les creuttes ou habitations de troglodytes dans lesquels les Allemands ont installé de multiples moyens de défense et d’attaque. Nous avons renoncé aux attaques brillantes d’un effet rapide, mais qui nous coûtaient cher en vies humaines, pour cheminer méthodiquement, parvenir aux tranchées et en déloger les occupants lorsque la mélinite ne les a pas asphyxiés ou pulvérisés.

ENTRE REIMS ET L’ARGONNE

Les combats ont continué autour de Reims et le duel d’artillerie s’est poursuivi entre nos batteries des collines de l’Ouest et celles que les Allemands ont installées sur les forts abandonnés par nous, tels que Berru, Nogent-l’Abbesse et Brimont. L’ennemi tente en vain de rompre nos lignes de Reims à Craonne; attaques de nuit, attaques diurnes se heurtent à la même résistance. Et, aux dernières nouvelles, nous paraissons prendre l’offensive et progresser.

Plus à l’Est, dans la plaine de Champagne et en Argonne, après une longue période de calme, l’action recommence; le 13, on annonçait une avance au Nord de Souain, point occupé il y a bien des jours. En même temps nous montions aux deux lisières Ouest et Est de la forêt d’Argonne. Entre la forêt et la Meuse nous occupions, le 13, Malancourt, village situé sur le parallèle de Varennes, à 5 kilomètres au Sud-Est de la colline de Montfaucon dont l’armée du kronprinz avait fait son réduit retranché.

DE LA MEUSE A LA WOËVRE

Les combats ont été constants. Les forces allemandes qui avaient atteint Saint-Mihiel se sont vues peu à peu entourées par les troupes françaises montant au long des Côtes de Meuse et qui ont occupé les points capitaux de cette ligne de hauteurs: Apremont au Sud, Hattonchâtel au Nord. En vain l’ennemi a-t-il dirigé, de jour et de nuit, des attaques violentes pour rompre le cercle; il paraît toujours contenu et l’espace se rétrécit.

Pendant ce temps, nos troupes de la Woëvre continuent à monter vers le Nord et à dégager les abords de Verdun; elles ont atteint la région à l’Est de cette grande place et se sont rendues maîtresses de la route de Verdun à Metz dans la partie débouchant sur la plaine. De ce côté encore nous n’avons cessé de progresser.

VOSGES ET ALSACE

Les communiqués sont très calmes: ils n’ont signalé qu’une attaque de nuit au Nord de Saint-Dié, près du village du Ban-de-Sapt. Mais les journaux suisses ont révélé que des opérations assez actives ont lieu en Haute Alsace. Nous avons fortement occupé et retranché les crêtes et cols des Vosges; de vives attaques allemandes n’ont abouti qu’à causer d’énormes pertes à l’ennemi.

EN BELGIQUE

L’occupation d’Anvers à laquelle on s’attendait malheureusement depuis que l’exemple de Liége, de Namur et de Maubeuge a révélé l’action destructrice des obusiers allemands sur les ouvrages bétonnés n’a donc pas surpris si elle a été douloureuse. Mais l’événement n’a pas eu l’importance que lui aurait donnée la capture de l’armée belge de campagne. Celle-ci a pu se retirer au complet, avec son artillerie et ses convois, sous la conduite de son admirable souverain.

Dès le 7, le gouvernement s’installait à Ostende; le 8, le commandant du corps de siège allemand, ayant pu forcer au Sud la ceinture des forts, annonçait le bombardement. Et, le 10, l’ennemi pénétrait dans la ville. Toutefois la plupart des forts, 24 sur 30, continuaient encore à résister; les autres ont été détruits par les Belges avant leur retraite pour les empêcher d’être utilisés par les assiégeants.

Le 13, le gouvernement belge se retirait au Havre, où sa résidence constituera une véritable fraction du sol de la Belgique indépendante. Le coup de main que les Allemands, qui sont entrés à Gand, auraient pu diriger sur Ostende serait désormais sans effet.

LES ARMÉES RUSSES

Au Nord, les batailles livrées sur le Niémen, puis entre ce fleuve et la frontière prussienne, ont abouti au refoulement des Allemands sur leur territoire. Les Russes les ont poursuivis; ils avaient déjà Soldau, au Nord-Ouest de Varsovie; ils sont maintenant à Lyck, au cœur de la Masurie (Masurenland), centre des communications dans cette région parsemée de lacs. Ils ont également occupé Bialla, près de Johannisburg.

On peut se rendre compte sur notre carte du progrès de l’armée russe, depuis le jour où elle a chassé l’ennemi des rives du Niémen, non loin de Grodno, pour venir remporter les grandes victoires de Souvalki et d’Augustovo qui ont amené la déroute des Allemands et leur retour en Prusse.

D’autres combats heureux ont eu lieu à Wirballen (le Vierjbolovo de notre carte), première gare russe sur le chemin de fer de Pétrograd. Plus au Sud, sur la rivière Bobr, entre Grodno et Lomcha, le siège d’Ossowetz a dû être levé en hâte par les Allemands qui, dans la précipitation de leur retraite, ont abandonné la plus grande partie de leur artillerie.

En Pologne, où les Allemands étaient parvenus fort avant dès les premiers jours de la guerre, les Russes prononcent maintenant une offensive vigoureuse. Sur la Vistule inférieure ils approchent de Thorn; dans la région de Lodz ils refoulent peu à peu l’envahisseur vers la Silésie. La nécessité de déblayer le territoire national des corps d’armée qui l’occupent encore explique comment l’effort sur Cracovie ne se traduit pas dès maintenant par la bataille; mais, de toutes parts, les masses se préparent à la formidable rencontre. Pendant que Przemysl est attaquée avec une vigueur qui fait prévoir la chute prochaine de la forteresse, les colonnes russes, passant au Nord et au Sud de la place, continuent leur marche vers la seconde capitale de la Galicie.

D’autres forces russes, 200.000 hommes, dit-on, ont franchi les Karpathes et descendu les vallées. Elles atteignent déjà la plaine hongroise. On a signalé l’occupation de villes que l’on trouvera au bas de notre carte, à droite: Maramoros-Szigeth, Huszt, Ungvar. Plusieurs comitats hongrois sont ainsi envahis. Les Russes semblent maintenant se porter sur Budapest, à travers des régions où les Austro-Hongrois n’ont que des forces insuffisantes.

DANS LES BALKANS

Les Serbes et les Monténégrins continuent leur avance vers Sarajevo; l’attaque directe de la ville est proche.

Sur l’Adriatique, le bombardement de l’escadre autrichienne, bloquée à Cattaro, va être entrepris par les batteries que l’artillerie française a installées au sommet du mont Lovcen, dominant la mer de plus de 1.700 mètres.

Ardouin-Dumazet.

Illustration from L'Illustration, No. 3737, 17 Octobre 1914

Le théâtre des opérations russes contre l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie, du Niémen aux Karpathes.

Illustration from L'Illustration, No. 3737, 17 Octobre 1914
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