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L'Illustration, No. 3732, 5 Septembre 1914

LA GUERRE

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RÉSUMÉ DE LA SITUATION AU 2 SEPTEMBRE

ALSACE.--En l'absence de renseignements plus complets, on peut conclure du bombardement de Saint Dié, ville ouverte, effectué par les Allemands le 26, que notre ligne de défense se trouve assez nettement en arrière de la crête des Vosges, dans leur partie Nord. L'offensive a néanmoins été reprise le 27 avec succès dans la région de Saint-Dié.

LORRAINE.--Les combats sont ininterrompus dans la région entre les Vosges et Nancy: alternatives de progrès et de recul par rapport à la ligne de la Mortagne sur laquelle nous sommes établis maintenant, avec une avance de notre droite. Nous progressons sur la rive droite du Sanon.

Longwy, défendu par un seul bataillon, a capitulé le 27 août après une défense de 24 jours.

SUR LA MEUSE.--Les troupes allemandes ont franchi la Meuse entre Sedan et Mouzon. Une violente action eut lieu le 28 à l'Est de Mézières, sur la ligne Launois, Signy-l'Abbaye, Novion-Porcien. On annonce la prise d'un drapeau par nos troupes, et ce haut fait semble pouvoir être attribué à celles qui se trouvent dans le département des Ardennes. L'activité de l'ennemi se ralentit.

DANS LE NORD ET VERS PARIS.--Les armées alliées reculent lentement, en défendant le terrain pied à pied. Les quatre corps d'armée qui barrent la vallée de l'Oise à l'ennemi ont livré, le 28, une bataille qui fut un succès pour notre aile droite, dont la résistance a brisé l'offensive du 10e corps allemand et de la garde. Elle leur a infligé des pertes considérables et les a rejetés sur Guise. A notre gauche, nous n'avons pas pu empêcher les progrès vers La Fère des forces adverses.

L'armée anglaise, de son côté, après avoir soutenu un combat dans la région au Nord de Saint-Quentin, avait dû se replier. Elle se maintient en liaison avec nos troupes d'aile gauche.

Des détachements de cavalerie ennemie ont inquiété la région Lille-Valenciennes-Cambrai, mais sans être suivis par leurs troupes dont l'axe de marche est la vallée de l'Oise et l'objectif Paris.

De ce côté, nous n'avons pu arrêter leur progression. L'aile droite allemande poursuit--assez témérairement--sa course vers Paris, tandis que le gros demeure accroché par notre résistance. Le 1er septembre, un corps de cavalerie ennemie a eu, dans la forêt de Compiègne, un engagement avec les Anglais, qui lui ont pris 10 canons. Un autre corps a poussé jusqu'à la ligne Soissons-Anizy-le-Château.

L'effort de l'ennemi va se concentrer désormais contre le camp retranché de Paris. Le général Galliéni, dans une proclamation où il annonce que le gouvernement a dû quitter la capitale, se déclare prêt à le défendre «jusqu'au bout».

BELGIQUE.--Les Allemands sont entrés dans Namur le dimanche 23 août, après avoir écrasé deux des forts de l'enceinte. Les troupes belges de la défense mobile et un régiment français qui les appuyait ont rejoint nos lignes. L'armée belge, abritée dans le camp retranché d'Anvers, a pris une offensive heureuse sur Malines, bientôt repris par les Allemands. Elle retient une partie des forces adverses et soulage d'autant notre résistance. D'ailleurs, les troupes allemandes, en ces deux derniers jours, ont commencé à quitter la Belgique, ramenées à pleins trains vers l'Est, afin de tenter de résister aux Russes.

RUSSIE.--Après leur défaite à Gumbinnen, les Allemands ont encore subi un échec à Neidenburg, au Sud de la ville d'Allenstein, qui a elle-même été occupée le 28 août par les Russes. Les débris des troupes ennemies sont refoulés vers Osterode, au delà d'Allenstein, tandis que les restes du 1er corps sont rejetés sur Koenigsberg. La place de Tilsitt, plus au Nord, est tombée aux mains des Russes, qui y ont fait un butin considérable. La Masovie, ou pays des Mazures, le coin le plus germanophile de la Pologne, est occupée. On peut, en résumé, considérer que la Prusse orientale est maintenant débarrassée des troupes allemandes et que les troupes russes de Pologne, n'étant plus sous la menace d'une attaque sur leur flanc droit, peuvent manoeuvrer hardiment dans la direction de Posen. Les détachements allemands qui, au début des opérations, s'étaient avancés en Pologne, ont dû se retirer, et Lodz, la grande ville industrielle, a été réoccupée par les Russes.

Les deux armées russes lancées vers la Galicie l'ont envahie, l'une par la ligne de Lublin, l'autre par Tarnopol, marchant sur Lemberg, capitale de cette province. En une bataille de sept jours, les Russes ont mis en déroute complète les forces autrichiennes. C'est une grosse victoire.

SERBIE.--La victoire des Serbes sur la Drina, complétée par la reprise de Chabatz le 24 août, momentanément occupé par les Autrichiens, a déterminé l'évacuation du Sandjak de Novi-Bazar par l'armée autrichienne. D'après les renseignements officiels de source serbe, l'ennemi avait engagé dans les combats de la Drina les 4e, 8e, 9e, 13e corps et deux brigades du 15e, soit 120 à 140.000 hommes. Les pertes dépassent 15.000 hommes hors de combat.

Les Monténégrins ont, de leur côté, remporté un succès à Grahovo, au Nord de Cattaro. Ils ont repoussé aussi le 28 un assaut général contre le mont Lovcen.

SUR MER.--Le paquebot allemand Kaiser-Wilhelm-der-Grosse, transformé en croiseur auxiliaire, a été coulé au large de Rio de Oro, au Sud du Maroc, par le croiseur anglais Highflyer.

Le croiseur allemand Magdebourg, échoué dans la baie de Finlande, a été détruit le 27 août par deux croiseurs russes.

Dans la mer du Nord, le 28, au matin, la flotte anglaise a remporté un vif succès devant Heligoland. Trois croiseurs allemands ont été coulés, le Mainz et le Koln, du même type, de 4.350 tonnes, et l'Ariadne de 2.680 tonnes, ainsi que deux contre-torpilleurs.

La flotte franco-anglaise a commencé mercredi le bombardement de Cattaro.

HORS D'EUROPE.--Le Japon a commencé les hostilités contre Kiao-Tcheou.

Le Togoland s'est rendu sans conditions aux forces anglo-françaises, ainsi que Samoa (Pacifique).

Dans un avant-poste à la frontière d'Alsace: des espions capturés vont être passés par les armes

Illustration from L'Illustration, No. 3732, 5 Septembre 1914

DANS LES VOSGES.--Un détachement du 11e chasseurs alpins occupe le point dit le «Champ du Feu», au Sud de Schirmeck, et incendie la maison forestière qui était machinée en forteresse.

Illustration from L'Illustration, No. 3732, 5 Septembre 1914
Illustration from L'Illustration, No. 3732, 5 Septembre 1914

LES FRANCISCAINES À LA MOISSON Dessin de I. SIMONT.

L'image que voici, en d'autres temps, eût paru bien énigmatique. Que font ces femmes, vêtues de blanc, qui, la figure reposée, presque souriante sous le grand voile que la brise soulève autour de leurs épaules, travaillent aux champs? Leurs mains délicates, peu habituées à de tels travaux, manient avec une sorte de calme allégresse la faucille des moissonneurs... Car elles font la moisson. Qui sont-elles? Le large turban qui soutient leur coiffure est un peu celui de nos dames infirmières de la Croix-Rouge, et de leurs gestes, de leur aspect se dégage une sorte de majesté religieuse. Le vieux paysan les regarde; et l'on devine qu'il n'est pas là, lui, pour commander...

Il n'oserait pas... Ces femmes sont des religieuses, en effet. Et c'est dans les champs qui entourent leur maison de retraite,--aux Châtelets, près Saint-Brieuc, dans le département des Côtes-du-Nord, qu'elles ont été vues ainsi, l'autre jour, moissonnant sous le soleil d'août qui chauffait la campagne bretonne. Ces franciscaines «missionnaires de Sainte-Marie», nos soldats et nos explorateurs les ont rencontrées en Chine, aux Indes, à Madagascar, au Maroc, au Congo--apôtres et patriotes--propageant leur foi, et, avec leur foi, la pensée française... Aujourd'hui, c'est d'une façon nouvelle, et tragiquement inattendue, qu'elles se dévouent. Elles remplacent, dans leur Armorique, les jeunes hommes qui sont allés défendre la patrie. Elles travaillaient, elles priaient naguère pour «la plus grande France», pour la France qui conquiert... Elles travaillent à présent, elles prient pour la France qui se défend.

Un coin du village alsacien de Badonviller, reconquis sur les Bavarois, qui l'avaient incendié. Convoi de blessés traversant le village de Brémesnil, qui fut également reconquis après avoir été brûlé.

Illustration from L'Illustration, No. 3732, 5 Septembre 1914
Illustration from L'Illustration, No. 3732, 5 Septembre 1914

Rue des Vinaigriers, à Paris, une bombe lancée par un aéroplane allemand a provoqué une explosion de gaz. Dans le jardin d'une maison de la rue de Lozane, à Anvers, une bombe lancée par un zeppelin a causé des dégâts plus sérieux.

Illustration from L'Illustration, No. 3732, 5 Septembre 1914
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BOMBES ET INCENDIES

LE CONTRASTE.--Un soldat allemand blessé est descendu avec d'infinies précautions de l'automobile qui l'a amené à Ostende.

Illustration from L'Illustration, No. 3732, 5 Septembre 1914
Illustration from L'Illustration, No. 3732, 5 Septembre 1914

[Illustration: LES BLESSÉS GARDENT LE SOURIRE

Phot. Ed. Jacques. Pau.

Dans cette atmosphère d'ardeur et de foi où nous vivons, il est un fait qui a fortement contribué à nous affermir dans notre confiance: c'est l'état moral où nous avons vu, toujours et partout, nos blessés. Tous ont été touchés en face. Ils en sont fiers. Et si quelques-uns laissaient paraître sur leur visage une ombre d'inquiétude ou de crainte, ce seraient ceux qui redoutent de ne pouvoir être guéris assez tôt pour retourner au front. Le photographe peut se camper devant n'importe lequel des trains qui les ramènent, viser le premier groupe qui s'offre à son objectif; la formule habituelle de l'opérateur est ici superflue: ils sourient sans qu'on le leur dise.

Illustration from L'Illustration, No. 3732, 5 Septembre 1914

NOTRE ADMIRABLE 75.--Une batterie changeant de position.

Dans la lutte acharnée que livre depuis un mois notre armée, elle a eu deux éléments de succès dont la valeur a été unanimement reconnue,--même de l'ennemi qui a avoué la crainte qu'ils lui inspirent: notre excellent canon de 75, le long et fin canon de campagne, et nos tirailleurs indigènes.

Voici, saisi sur le vif, méticuleusement rendu, avec ce souci d'exactitude, de vérité qui caractérise le tempérament de L. Sabattier, une batterie d'artillerie défilant au galop. Ce n'est point l'emportement fougueux qu'ont accoutumé de nous représenter, en pareil cas, les illustrateurs de l'école classique, les chevaux cabrés, pleins de feu et fumants des tableaux de bataille. C'est la réalité toute nue. Et c'est de cette allure que notre bon 75 s'en va prendre ses positions, protéger l'avance de l'infanterie, «reine des batailles», selon le vieux dicton. «Je verrai toujours, écrivait récemment un officier, sous le bombardement des dernières minutes, une batterie française s'en aller tranquillement, au petit trot, prendre position.»

Et cent autres témoignages attestent l'habileté de nos pointeurs ainsi que l'efficacité terrible de nos obus à la mélinite.

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NOS CONTINGENTS D'AFRIQUE.--Les tirailleurs indigènes à la charge.

Et voici l'infanterie africaine,--celle qui impressionne le plus l'ennemi, celle qui, dans les récentes actions, a tenu un rôle prépondérant, et qui, notamment, eut cet honneur de donner, au moment suprême, dans l'une des journées les plus importantes, contre la garde impériale elle-même,--et de l'enfoncer, à la baïonnette, bien entendu.

Ce sont eux encore--«les turcos», comme persiste à les appeler le public en souvenir de leurs exploits anciens, et quelle que soit leur origine--qui, à Charleroi, dans l'épique et farouche bataille pour la possession de la ville, prise, reprise et disputée avec un acharnement infernal, dans une ruée superbe, arrêtent un moment l'ennemi supérieur en forces. Leur première sortie avait échoué: «Les turcos, dit le Times, avec leur bravoure légendaire, prirent alors une autre sortie et réussirent à atteindre la batterie allemande dont ils tuèrent tous les servants.»

Le dessin de L. Sabattier montre les braves tirailleurs dans la préparation de l'acte décisif, s'avançant, au signal de la charge, d'un irrésistible élan dans le terrain même le plus difficile, le plus accidenté.

Illustration from L'Illustration, No. 3732, 5 Septembre 1914

LES NOUVEAUX APRÈS-MIDI DE LA PARISIENNE.--Confection de layettes pour les bébés des combattants.

Dès le premier jour de la mobilisation, un élan magnifique de charité et de solidarité nationale emporta Paris et la France entière. On ne songea d'abord qu'à ceux qui allaient se battre; dans tous les mondes, parfois avec un enthousiasme un peu bruyant, mais excusable, plus souvent avec une discrétion éminemment louable, nos femmes, nos filles, nos enfants, se disputèrent l'honneur de travailler pour les blessés, s'ingéniant à grouper tous les concours, à utiliser toutes les ressources, toutes les compétences pour organiser des ambulances, selon les derniers progrès de la science. Puis, on s'aperçut qu'il y avait d'autres oeuvres presque aussi urgentes à accomplir. Les futures infirmières, hier encore occupées de frivolités, préparèrent des layettes pour les bébés laissés par les combattants, tandis que d'autres se préoccupaient déjà de confectionner des vêtements d'hiver pour les marmots des travailleuses privées de ressources. A ces dernières, plusieurs ouvroirs ont offert une aide précieuse en les faisant travailler, moyennant un modique salaire, au profit d'infortunes encore plus grandes. Et quels que soient le quartier de l'ouvroir ou son niveau social, on y retrouve le même dévouement, les mêmes espoirs, la même sérénité.

Illustration from L'Illustration, No. 3732, 5 Septembre 1914

L'APPROVISIONNEMENT DE PARIS EN BÉTAIL VIVANT.--Un aspect nouveau de la pelouse de Longchamp.

Tous les Parisiens ont constaté qu'après une gêne fort légère pendant les premiers jours de la mobilisation, le ravitaillement de la capitale a repris son cours normal; on peut même affirmer que, si les prix de la viande se sont bien maintenus, ceux des autres denrées furent rarement aussi bas. Paris peut-il être complètement investi? Cette éventualité semble peu probable, étant donné l'état de nos armées et l'étendue du périmètre jalonné par les forts détachés. Mais, si le fait se produisait, la population parisienne serait assurée de pouvoir supporter un long siège, sans avoir à redouter des jours de disette ou de famine. La mobilisation à peine décrétée, on s'est, en effet, préoccupé de parer à tout. Les divers champs de courses ont été réquisitionnés et convertis en parcs à bestiaux. Longchamp contiendra bientôt 7.000 boeufs; l'hippodrome d'Auteuil, le Polo, la pelouse de Bagatelle, reçoivent également un fort contingent; l'enclos du Tir aux pigeons est réservé pour les moutons. Des montagnes de fourrages se dressent dans les clairières du Bois, sévèrement gardées par la troupe. Et ces opulents troupeaux assemblés devant les tribunes du pesage, pour parer aux tristesses de la guerre, donnent plutôt l'impression de richesse pacifique que l'on rencontre en tant de points des belles plaines de France.

Illustration from L'Illustration, No. 3732, 5 Septembre 1914

Un des dépôts de fourrages qui se constituent au Bois de Boulogne.

La foule, à travers les grilles, s'efforce d'effleurer les pieds du pontife avec des rosaires ou des médailles. Le cercueil est descendu dans la crypte de la Confession pour être déposé dans un caveau provisoire.

Illustration from L'Illustration, No. 3732, 5 Septembre 1914
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A Saint-Pierre de Rome: l'exposition du corps de Pie X dans la chapelle du Saint-Sacrement est le dernier acte des funérailles.

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