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L'Illustration, No. 3695, 20 Décembre 1913

DOCUMENTS et INFORMATIONS

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LA PLUS GRANDE COUVEUSE ARTIFICIELLE DU MONDE.

Les couveuses artificielles, dont l'usage est de plus en plus fréquent dans les fermes, sont en général de dimensions modestes. Mais il en existe une, qu'un éleveur américain, M. P. Hall, a installée à Pembroke, près New-York, et qui est bien probablement la plus colossale du monde, puisqu'elle a été construite pour contenir et faire éclore quinze mille oeufs à la fois. Ses dimensions sont énormes, 30 mètres de longueur sur 1 m. 20 de largeur et autant de hauteur: elle est divisée et subdivisée par des cloisons en 200 compartiments, dans chacun desquels peuvent trouver place 75 oeufs déposés sur des paniers en métal. L'intérieur de la couveuse est chauffé au moyen d'une canalisation d'eau chaude: des régulateurs à huile assurent la constance absolue de la température en agissant sur des barres métalliques dont la dilatation ou la contraction ouvrent ou ferment les arrivées d'air frais, en même temps qu'elles augmentent ou diminuent le débit des conduites chauffantes. Grâce à ce dispositif ingénieux, on ne constate jamais, disent les revues agricoles américaines, aucun accident dans le fonctionnement de cet énorme incubateur qui est, à lui seul, capable de remplacer mille poules couveuses dont l'activité ne se démentirait jamais.

LA LIMITATION DES DÉBITS DE BOISSON EN ANGLETERRE.

Les statistiques officielles apportent la preuve que la campagne antialcoolique, vigoureusement menée, en Angleterre, par le parti libéral, a déjà porté ses fruits.

Au cours de l'année 1909-1910, les Anglais auraient en effet consommé 412.100 barils de bière de moins que pendant l'exercice précédent; et la diminution de la consommation des liqueurs alcooliques serait encore plus remarquable: elle ne serait pas inférieure à 33 1/2%.

Le gouvernement ne se déclare pas d'ailleurs encore satisfait; et il a l'intention de présenter d'ici peu à la Chambre des communes un projet de loi (Licensing Bill) qui amènerait la suppression d'un nombre considérable de débits de boissons.

L'ÂGE DE LA TERRE

M. Rudki expose dans Scientia les résultats fournis par les différentes méthodes employées pour évaluer l'âge de la terre. En comparant l'épaisseur des couches anciennes à l'épaisseur de la couche annuelle qui se forme aujourd'hui dans les vallées d'alluvions, on trouve un minimum de cent millions d'années. Cette méthode est un peu incertaine, car on ignore si la vitesse de dénudation du sol et d'accumulation dans les bas fonds est la même aujourd'hui qu'autrefois.

Le professeur Joly base ses calculs sur la salure de la mer. Il suppose que tout le sel des océans a été amené de la terre ferme par les pluies. Or, on croit connaître la quantité de sel contenu dans la mer et celle que les rivières y ajoutent chaque année. En supposant que l'eau des océans était douce à l'origine, on peut donc évaluer la date approximative où commencèrent les apports de sel. M. Joly trouve ainsi, pour l'âge de notre planète, 95 millions d'années; Romer, avec le même procédé, arrive à 160 millions.

Par une méthode très compliquée, basée sur la désintégration des matières radioactives, on atteint les chiffres de 710 millions et 1.025 millions d'années.

L'écart formidable que présentent ces divers chiffres montre la difficulté d'un problème dont il semble un peu téméraire de chercher une solution même approximative.

LE PAYS DES HOMICIDES.

On croit assez généralement que l'Italie est le pays où l'assassinat et l'homicide sont le plus en faveur; c'est une erreur. Le pays où l'on tue le plus, c'est celui où traditionnellement tout est sur une plus grande échelle qu'ailleurs, les Etats-Unis.

La moyenne, en Italie, est de 3,9 pour 100.000; aux Etats-Unis, de 5,9. A Londres la proportion en 1912 a été de 1,31; à New-York de 6,8.

Les Américains s'en émeuvent. Quelques-uns accusent l'immigration. Mais à tort, car la proportion des homicides est la plus forte dans les Etats du Sud où il y a le moins d'immigration. La ville la plus meurtrière est Memphis (64,3 pour 100.000 en 1912). La région la plus meurtrière est celle des Etats du Sud (20.2 pour 100.000 de population); puis viennent les Etats de l'Ouest (10,8), les Etats du Centre (8,9) et les Etats de l'Est (4,6).

Memphis a une population nègre abondante, et les nègres sont le plus souvent les victimes. Les assassins sont généralement de la même race. De sorte qu'en somme il ne faut pas accuser la population blanche.

«THE BEST IN THE WORLD».

Une regrettable coquille nous a fait imprimer inexactement, à la fin de l'article sur le «Centre Mondial», paru dans notre dernier numéro, un mot anglais d'usage courant, que tous nos lecteurs auront certainement corrigé d'eux-mêmes, tant il est familier, même à nos oreilles. Ce n'est point «the beast in the world», mais «the best in the world» qu'il fallait lire. L'erreur est d'autant plus déplorable qu'elle pouvait prêter à une absurde équivoque.

Le monument d'Henri Heine à Francfort. Phot. Hans Fohr.

Illustration from L'Illustration, No. 3695, 20 Décembre 1913

UN MONUMENT A HENRI HEINE

Un monument vient d'être élevé à Henri Heine dans sa patrie: pour la première fois, une ville allemande s'est avisée, non sans, paraît-il, quelque courage, de glorifier la mémoire du poète de l'Intermezzo, du grand satiriste, ami de la France, dont il fut l'hôte si longtemps. Jamais l'ironie mordante, l'esprit libre et hardi d'Henri Heine ne furent très goûtés, du moins officiellement, en Allemagne; et l'on s'y souvient encore du geste retentissant de Guillaume II, qui, il y a quelques années, exila de sa villa Achilleion, à Corfou, une effigie du poète, placée là par l'impératrice Elisabeth d'Autriche. Un admirateur d'Henri Heine acheta, dit-on, pour une somme fort modique, la statue «indésirable», et après l'avoir offerte, sans succès, à plusieurs municipalités allemandes, la fit mettre dans son jardin, à Hambourg.

C'est, aujourd'hui, l'ancienne ville indépendante de Francfort-sur-le-Mein qui a pris l'initiative de rendre publiquement hommage à l'auteur des Reisebilder. Le monument qui lui est consacré est l'oeuvre du sculpteur Georges Kolbe: il symbolise, d'une manière assez originale, par deux figures, l'une légère, dressée, semble-t-il, en équilibre, l'autre douloureuse, meurtrie, la fantaisie et l'amertume de l'écrivain; un médaillon, où revivent ses traits, est placé sur le piédestal, au-dessus d'une simple inscription: «Au poète Heine».

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