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L'Illustration, No. 3689, 8 Novembre 1913

DOCUMENTS et INFORMATIONS

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La «Broussette».

Il y a quelques mois, notre confrère le Matin entretenait ses lecteurs d'un nouveau système de portage aux colonies. Il s'agissait de pousse-pousse monoroue conduits par deux hommes qui en maintenaient en même temps l'équilibre. Et il était question également d'un truc indéversable à une seule roue, à traction humaine, pouvant porter les bagages des coloniaux en tournée.

Mais voici que, dans le même ordre d'idées, un nouvel appareil réalise un progrès encore sur les systèmes précédents. La photographie que nous reproduisons représente un véhicule à une seule roue et son mode d'attelage, avec un harnais spécial, qui peut servir à tous les animaux tracteurs, cheval, mulet, bouf porteur ou âne. La «broussette» ou voiture de brousse--imaginée par M. G. Brousseau, administrateur de lre classe à Madagascar--peut porter jusqu'à 1.000 kilos. Elle se compose, comme on peut le voir, de caissons en tôle situés au-dessous de l'axe de la roue et de brancards plats et rigides, d'une forme spéciale, s'appuyant sur un bât de 0 m. 90 de largeur. Ce dispositif permet d'équilibrer la charge comme dans un bateau.

Pour les transports aux colonies: la broussette, voiture de brousse, à une roue, imaginée par M. Brousseau.

Illustration from L'Illustration, No. 3689, 8 Novembre 1913

Conduit par deux hommes et un boeuf, ce nouvel appareil de portage peut faire le travail de 40 porteurs. Les caissons en tôle étant étanches, il peut traverser les rivières par ses propres moyens, avec une certaine charge. On voit les avantages, et surtout l'économie énorme qu'est susceptible de réaliser son emploi dans les régions de nos colonies où n'existent encore que des sentiers muletiers. Ajoutons que l'inventeur n'entend tirer aucun profit personnel des garanties que lui assurent ses brevets et qu'il est surtout soucieux de mettre à la disposition de l'administration coloniale, des colons et des indigènes, un appareil de transport appelé à rendre les plus appréciables services.

A propos du centenaire de Leipzig.

En opposant, dans notre numéro du 18 octobre dernier, l'Arc de triomphe, tout imprégné de génie latin, et le monument de Leipzig, chef-d'oeuvre de la «manière germanique», nous avons rappelé quelle fut cette bataille des Nations, «où 350.000 alliés--Autrichiens, Russes, Suédois, Anglais, Prussiens--vinrent à bout, après une lutte de quatre jours, de 157.000 Français». Il eût été juste de préciser--et c'est un de nos lecteurs de Pologne qui nous en fait la remarque--que dans nos rangs combattaient environ 1.400 Polonais, sous le commandement du prince Joseph Poniatowski. Nommé, pour son héroïsme, maréchal de France au début de l'action, il devait succomber dans la malheureuse retraite: après avoir vaillamment contenu les colonnes ennemies sur les bords de l'Elster, blessé à deux reprises et ne voulant pas se rendre, il se précipita, à cheval, dans le fleuve où il se noya. «Toute la Pologne, nous écrivait à la fin du mois dernier notre correspondant, commémore en ce moment la mort de son héros.»

Un vapeur de 6.000 tonneaux, ensablé depuis sept ans, à 30 mètres du rivage, sur une côte déserte du Guatemala. --Phot. Hauff.

Illustration from L'Illustration, No. 3689, 8 Novembre 1913

Les fantaisies de la tempête.

Il y avait jadis, pour quiconque allait la première fois à Belle-Ile, une facétie classique. Les loups de mer qui amenaient de Quiberon, sur leur barque, le «terrien», le Parisien, ne manquaient jamais de lui signaler, du large, tout au sommet de la falaise, sur le plateau, trois mâts bien gréés, dominant les vieux ormes et profilant sur le doux ciel breton le fin réseau de leurs manoeuvres: la «mâture», fichée en pleine terre, où s'exerçaient à la manoeuvre les apprentis marins de la colonie pénitentiaire. L'explication était plus stupéfiante encore que cette apparition insolite elle-même: une grande tempête avait hissé là, à 30 mètres de haut, ce navire tout équipé, et l'avait mollement déposé sur le gazon.

Pourquoi pas? Les pêcheurs dont les huttes de roseaux avoisinent la plage d'Ocos, au Guatemala, ont été, en 1906, témoins d'une fantaisie à peine moins extraordinaire de l'Océan.

Le vapeur Sesostris, de 6.000 tonnes, qui attendait en rade son chargement de café, fut surpris par un coup de vent avec ses feux éteints. Avant qu'il eût pu appareiller, il chassait sur ses ancres et se trouvait jeté à la côte à 30 mètres environ dans les terres. La mer, en se retirant, le laissa à sec. Il s'y trouve encore. «On n'a pas désespéré de le renflouer. On s'efforce de creuser un canal qui le remettra en communication avec son élément. En attendant, il demeure intact ou à peu près, avec presque tout son gréement, ses machines,--jusqu'au piano de son carré. Tout cela, en bon état, est confié à la garde d'un nègre qui, installé à bord, est bien le Guatémalien le mieux logé du pays. C'est la vie de bord sans le roulis, sans le tangage, sans le mal de mer,--l'idéal, enfin, si l'idéal était de ce monde.

Les étonnantes observations d'un navigateur nantais.

Les marins d'aujourd'hui n'ont guère plus, comme avaient les navigateurs d'autrefois pendant les longues traversées à la voile, le loisir de se livrer à l'observation des phénomènes physiques. Il y a plus d'un siècle un marin nantais, le capitaine René Fruneau, avait fait, durant ses navigations dans les mers de l'Inde et dans le Pacifique qu'il parcourut en tous sens pendant près de trente ans pour le compte de compagnies de commerce, une curieuse découverte qu'il nous conte en ses mémoires et que nous signale un de nos abonnés, M. César Morel, administrateur en chef de l'Inscription maritime.

Un jour, voguant à l'ouest de l'île Luçon, Fruneau vit monter du sein de la mer une grande quantité de globules, qui s'épanouissaient à la surface en petits cercles «huileux ou bitumeux», et s'éparpillaient aussitôt en tourbillonnant; il parvint à recueillir dans un verre la valeur de deux cuillerées de cette huile «ou bitume» qui, le soir venu, apparut phosphorescente; quelques heures après, au calme plat succéda une effroyable tempête. Et huit fois, au cours de ses traversées ultérieures, il eut l'occasion de voir ainsi monter et émerger, par temps absolument calme, ces étranges globules; huit fois une tempête épouvantable s'ensuivit.

Nous ne croyons pas que ce phénomène ait été signalé par d'autres que par le capitaine René Fruneau, ni qu'il ait été jamais observé ailleurs qu'en ces régions où les eaux reposent sur des fonds de nature plus ou moins volcanique et éruptive,--ce qui pourrait peut-être expliquer l'ascension de ces globules de «bitume» précédant une perturbation des éléments.

Cet homme de mer était, d'ailleurs, d'une fertile ingéniosité. Il signale, en ses mémoires, le danger «de faire travailler des poudres par temps sec et froid, avec des vêtements de laine, lesquels, dans ces conditions, dégagent des étincelles». Il avait découvert aussi--n'en ayant jamais entendu parler auparavant--et utilisait souvent, pour aborder certaines îles en dépit du ressac, les propriétés du filage de l'huile de coco dont il était toujours abondamment pourvu.

Enfin, par calme plat, son navire n'avançant plus, il avait imaginé de faire, sur un coup de sifflet, courir autour du pont son équipage poussant de soudaines et formidables clameurs; cela--nous assure-t-il--produisait un tourbillon qui se propageait dans l'atmosphère; il n'en fallait pas plus; la brise était provoquée, les voiles à nouveau se gonflaient...

Les bactéries de l'oeuf.

On a longtemps considéré que l'oeuf, protégé par sa coquille, doit nécessairement échapper à l'invasion des micro organismes. Cette opinion a été combattue par des observateurs qui s'appellent Zimmermann, Poppe, et, chez nous, Chrétien. Il semble cependant qu'elle corresponde à la réalité. M. Otto Maurer, directeur de la station expérimentale du Kansas, vient, en effet, d'établir, par toute une série d'observations patientes ayant porté sur plus de 6.000 oeufs, que la coquille et surtout la mince pellicule continue qui la tapisse à l'intérieur opposent un obstacle infranchissable à la propagation des germes venus du dehors. Par contre, M. Maurer a mis en évidence les dangers d'infection qui menacent ces conserves de jaune et de blanc séparés, dont la préparation porte, en Amérique seulement, sur plus de 400.000 oeufs par jour, et auxquelles l'industrie assure des débouchés considérables: s'il est vrai que certains microbes, le B. subtilis, le B. anthracis, le Proteus Zeukeri notamment, sont rapidement détruits quand ils sont mis en contact avec la substance propre d'un oeuf frais, la plupart des autres y vivent et y prolifèrent très bien. On peut même admettre que toute conserve d'oeuf qui ne présente aucun signe manifeste de décomposition commençante est dépourvue de nocivité, et inversement.

C'est dire que l'industrie spéciale qui s'occupe de la conservation des oeufs «séparés» doit effectuer toutes ses manipulations avec la plus rigoureuse propreté, et qu'il importe de nettoyer très soigneusement les coquilles des oeufs mis en oeuvre par elle pour éviter la propagation au blanc et au jaune des germes qui les souillent à l'extérieur. M. Otto Maurer vient de montrer, en outre, qu'en soumettant les oeufs pendant deux heures à une température de 70°, de manière à les dessécher légèrement, on réduit considérablement les chances de leur infection, sans modifier en rien ni leur composition chimique ni leur goût, et par conséquent sans diminuer leurs qualités commerciales.

LE VOYAGE D'UNE LOCOMOTIVE, DANS L'ESPACE. --Une machine de 20 tonnes passée par des câbles transbordeurs, d'une rive à l'autre, au-dessus de la Grande-Rivière (Nouveau-Mexique). Communiqué par le Scientific American.

Illustration from L'Illustration, No. 3689, 8 Novembre 1913

Depuis longtemps déjà on utilise les transbordeurs aériens pour mettre en communication les deux versants d'une vallée. Entre deux pylônes d'une portée souvent considérable sont tendus des câbles sur lesquels roulent des chariots électriques où pendent des wagonnets chargés d'objets divers: minerais, matériaux de construction, vivres, etc. Certains transbordeurs sont même affectés au transport des voyageurs. En voyant notre photographie, il est permis de se demander où s'arrêtera l'audace des ingénieurs dans les emplois de ce genre de locomotion. La machine qu'on aperçoit suspendue dans le cagnon de la Grande-Rivière (Nouveau-Mexique) pèse 20 tonnes; les chariots qui la supportent à 100 mètres au-dessus de l'eau circulent sur des câbles amarrés à des pylônes distants de près de 400 mètres. Il a suffi de presser sur un bouton électrique pour envoyer cette énorme masse d'une rive à l'autre du torrent que n'enjambe aucun pont assez solide, et la grandeur du paysage accentue ici l'impression de force et de puissance que donne cette manifestation du génie humain.

(Agrandissement)

Illustration from L'Illustration, No. 3689, 8 Novembre 1913
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Note du transcripteur: ce supplément ne nous a pas été fourni.

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