LA SECONDE GUERRE DES BALKANS
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LES OPÉRATIONS EN MACÉDOINE
La guerre maintenant déclarée, officielle, toutes relations diplomatiques rompues, se poursuit, acharnée, en Macédoine, entre les alliés d'hier, avec, depuis une semaine, un avantage nettement marqué pour les Serbes et les Grecs contre les Bulgares que menacent, d'autre part, au nord de leurs frontières, les forces hâtivement mobilisées de la Roumanie et, au sud-est de leurs conquêtes de Thrace, l'armée turque prête à sortir des lignes de Tchataldja.
Nous avons dit, dans notre dernier numéro, quelle était la situation stratégique et l'importance numérique des adversaires en présence lors de l'offensive bulgare. Cette offensive, dont divers documents saisis sur des officiers prisonniers ont permis de préciser le caractère et d'établir les responsabilités, ne fut point une querelle ou un malentendu d'avant-postes. Une marche en avant générale avec le but précis de couper les communications entre les Serbes et les Grecs et de s'emparer de Salonique avait été parfaitement combinée et ordonnée par le commandement bulgare. Le roi Ferdinand et son président du Conseil, M. Danef, auraient, dit-on, tout ignoré des opérations projetées. Ils ont relevé de ses fonctions le généralissime Savof qu'ils ont remplacé par le général Radko Dimitrief et ils ont fait, mais trop tard, un réel effort pour arrêter les hostilités engagées.
La carte détaillée que nous publions aujourd'hui, avec des grisés limitant les régions où les adversaires sont aux prises, permettra, surtout si on la compare à la carte indiquant, dans notre dernier numéro, la position respective des armées opposées, de se rendre compte de l'importance, du caractère et de l'orientation des dernières opérations que nous préciserons rapidement d'après les télégrammes jusqu'ici parvenus et en attendant les récits plus complets et précis de nos correspondants de guerre.
1° Du côté serbe.--L'offensive bulgare du 30 juin avait donné les résultats suivants:
La deuxième armée bulgare du Nord (général Koutintchef), passant sur la rive droite de la Zletovska, avait occupé les positions de Zletovo, de Dreveno, de Neogasi, chassant d'Istip et du confluent de la Bregalnitza les Serbes qui, avant l'offensive, occupaient ces positions avec les Bulgares.
D'autre part, l'aile gauche de Koutintchef ayant reçu des renforts de l'armée bulgare du Sud (général Ivanof) avait pu s'emparer de Krivolak et rejeter les Serbes sur la rive droite du Vardar.
Les Serbes, d'abord, avaient fléchi sous le choc. Mais les importants renforts qui leur furent envoyés d'urgence de Kumanovo et d'Uskub leur ont permis de se redresser et de prendre à leur tour l'offensive. Après avoir repoussé les Bulgares sur la rive gauche de la Zletovska, l'aile gauche serbe, dans une manoeuvre enveloppante, s'est emparée des deux hauteurs de Retka-Boukva et de Sultan-Tepe, tournant ainsi l'aile droite bulgare. La marche en avant s'est continuée par la prise des deux positions de Raitchevo et de Banja, qui commandent la ville de Kotchana, et par la prise de Kotchana elle-même, que durent évacuer les Bulgares, refoulés dès lors entre la rive gauche de la Bregalnitza et les pentes nord des monts Platchkovitza. Pendant ce temps, l'aile droite serbe opérant contre l'aile gauche de Koutintchef s'emparait de Krivolak et d'Istip, rejetant les forces qui lui étaient opposées sur les pentes ouest des monts Platchkovitza.
2° Du côté grec.--En même temps que l'armée du général Koutintchef au nord avait agi contre les Serbes, l'armée du général Ivanof au sud progressait contre les Grecs. Une partie des forces du général Ivanof, marchant sur Salonique, s'était avancée jusqu'à Baldja, à 25 kilomètres au nord de la ville, tandis qu'une division s'emparait de l'importante position de Guevgheli, point de jonction des Serbes et des Grecs, et de la voie ferrée de Karasuli à Kilindir.
D'autre part, tout à fait au sud, l'extrême aile gauche bulgare chassait les Grecs des pentes sud du Panghaïon, leur faisait repasser la Strouma et s'emparait de Nigrita. L'offensive bulgare ne devait pas aller plus avant.
Rappelé d'urgence à Salonique menacée, et où, dès les premières nouvelles des engagements d'avant-postes, le bataillon bulgare avait été capturé par les Grecs après une lutte dont nos gravures d'aujourd'hui prouvent l'acharnement, le roi Constantin marchait déjà à la tête de toutes ses troupes disponibles contre les Bulgares et les repoussait, d'étape en étape, à Sarigol, à Kilkitch, à Irikli. Son armée, continuant sa marche en avant, reprend le tronçon de chemin de fer de Karasuli à Kilindir, bat les Bulgares à Tchidemli, rétablit, en s'emparant de Guevgheli, les communications avec les Serbes, puis occupe les importantes positions de Doïran et de Strumitza, rejetant l'adversaire sur les pentes sud du mont Platchkovitza, cependant que l'aile droite, refoulant devant elle l'extrême gauche bulgare, reprenait Nigrita et arrivait sous les murs de Sérès.
L'encerclement des Bulgares.--Il suit de ces opérations combinées des Serbes et des Grecs que l'armée du général Koutintchef et, en grande partie, l'armée du général Ivanof, se trouvent acculées, sans communications possibles, aux flancs des monts Platchkovitza, où les Serbes par le nord et l'ouest, et les Grecs par le sud tendent à les encercler.
L'occupation, par les Grecs, de Demirhissar a coupé la route de Sérès. Les ravitaillements sont devenus, pour l'une et l'autre armée bulgare, d'une extrême difficulté et le mouvement concentrique des Serbes et des Grecs, s'il réussissait, isolerait leur adversaire dans une position presque désespérée.
Les tentatives de pénétration en Serbie.--Il faut ajouter encore, pour résumer toutes les informations des télégrammes, que des tentatives de passage de troupes bulgares en territoire serbe ont été signalées au nord d'Egri-Palanka, ainsi que dans les environs de Tzaribrod sur la ligne de Nich, à Saint-Nicolas, et, plus au nord encore, à Zaïtchar. Ces reconnaissances paraissent avoir été partout refoulées par les Serbes. De ce côté, les informations sont confuses, mais il semble bien que les Bulgares là encore ont été fort éprouvés.
LA MOBILISATION ROUMAINE
Les Bulgares, dont la situation stratégique paraît maintenant très compromise, auront-ils à défendre, en outre, leur territoire contre l'invasion des forces roumaines? Ceci est le secret de demain. Mais les alarmes sont immédiates. La mobilisation, ordonnée par décret royal du 3 juillet, s'achève en effet au milieu de l'enthousiasme national. Des lettres de Bucarest nous disent les manifestations exaltées qui se produisent en ce moment en faveur de la guerre dans toutes les villes du royaume. Dès qu'eût été signé le décret de mobilisation, la population de Bucarest s'est massée devant le palais royal pour acclamer le roi, les ministres, le prince héritier, nommé généralissime; elle a entouré le monument du voïvode Michel le Brave et applaudi les orateurs populaires qui parlaient de la guerre nécessaire et de la Grande Roumanie reconstituée. Et chaque jour l'on continue ces manifestations au cours desquelles, si l'on acclame la Serbie, on pousse le cri de «A bas l'Autriche», cri très nouveau dans ce pays si longtemps soumis à l'influence de la Triplice.
LES MENACES TURQUES
Les Turcs, aussi, menacent d'entrer en ligne, si les Bulgares n'évacuent point d'urgence le littoral de la mer de Marmara et ne se retirent point au delà de la ligne Enos-Midia assignée comme nouvelle frontière par le protocole du traité. Ce sont pour l'instant les revendications avouées dans une note à Belgrade. Mais on peut supposer, si l'on en juge par l'exaltation actuelle du parti militaire, qu'au cas d'un écrasement bulgare l'armée, non encore dispersée, de Tchataldja tenterait un effort pour reprendre quelques avantages en Thrace, si, ce qui est peu probable, l'Europe et particulièrement la Russie n'y mettaient point opposition. A. C.
Voir à la fin de ce numéro les photographies de LA NUIT SANGLANTE DE SALONIQUE (30 Juin--1er Juillet).
L'ENTHOUSIASME POUR LA GUERRE EN ROUMANIE.--Manifestation populaire dans la rue de la Victoire, à Bucarest, le 3 juillet, après la signature du décret de mobilisation. On lit, sur les banderoles, ces inscriptions: «A bas l'Autriche perfide!»--«Vive la Grande Roumanie!»--«Nous voulons la guerre!»--Phot. H. Ghinsberg.

DANS LES RANGS BULGARES. --Interrogatoire, à Istip, du sous-lieutenant serbe Milan Bojkovitch, qui avait été découvert, déguisé en villageois. Après les premières escarmouches, favorables aux Bulgares: quelques prisonniers grecs, amenés à l'hôtel du gouverneur, à Sérès.


Photographies M. Ivanof.
ARMÉE SERBO-MONTÉNÉGRINE.--Les contingents monténégrins, arrivés à Uskub (Skopljé en serbe) le 28 juin, partent pour le front.
