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L'Illustration, No. 3669, 21 Juin 1913

LES LIVRES & LES ÉCRIVAINS

Reading edition

LE COEUR ET LA TÊTE

M. Georges Oudart a glané avec tact quelques-unes des pensées vives ou profondes, qui rendent à la fois si grave, par ses vérités d'âme, et si joliment chatoyante, par son alerte et spirituelle fantaisie, l'oeuvre de Maurice Donnay. La rubrique la plus riche de ce recueil (1) est naturellement celle qui traite de l'amour. N'oublions point qu'Amants est l'un des premiers triomphes de Maurice Donnay et que l'amour a tenu le grand premier rôle dans toute une partie de son théâtre.

Note 1: Le Coeur et la Tête, Sansot, éditeur.

Or voici, entre autres choses, ce que M. Maurice Donnay nous dit, ou nous fait dire par ses personnages, de l'amour:

... «On aime plusieurs fois, c'est vrai, et chaque fois d'une manière différente, mais on n'aime qu'une seule fois d'une façon immortelle, divine presque... une seule fois, on peut être un dieu!»

... «On naît amant comme on naît musicien ou poète.»

... «Le dédain d'aimer n'est le plus souvent que l'impuissance d'être aimé.»

... «En amour, il y a toujours un qui aime davantage et c'est celui-là qui souffre. --Mais c'est l'autre qui s'ennuie.»

... «Moins un coeur est sec, mieux il flambe.»

... «En amour, neuf fois sur dix, le malheur arrive par les lettres comme la fièvre typhoïde vient par l'eau.»

... «Ça ne signifie rien de dire à un homme qu'on ne l'aime plus; mais ce qui signifie quelque chose, c'est de lui dire qu'on en aime un autre.»

... «La passion excuse tout, mais chez les brutes seulement.»

... «Les mariages d'amour sont les seuls qui ne puissent pas durer, car ils supposent des âmes d'amants, et être amants, n'est-ce pas avoir le désir continuel de sensations, de troubles, de mystère et d'inconnu, d'inconnu?»

... «Il y a des souvenirs d'amour qu'on n'évoque pas avec des mots; c'est comme des paysages de bonheur que l'on revoit dans le silence de soi-même, des paysages attendrissants avec de grandes lignes calmes; un air que l'on entend, un parfum que l'on respire, et voilà que vous revivez avec leur intensité les heures de jadis et que vous retrouvez l'âme que vous aviez à cette heure-là; c'est donc qu'elles valaient la peine d'être vécues.»

En amour, l'homme et la femme sont dissemblables, et par le coeur et par la tête. L'amour chez la femme, plus violemment passionnée, plus exclusive, plus personnelle, a particulièrement retenu l'attention, si souvent émue, de l'auteur d'Amants, qui nous parla le mieux de l'amour moderne. Il nous dit:

... «Dans le coeur de l'homme, chacune de ses maîtresses a sa pierre, son inscription et sa petite croix. Tandis que les femmes, lorsqu'elles aiment un homme, tout disparaît; leur vie commence à partir du jour où elles l'ont connu... et, quant au reste, il n'y a pas d'inscription ni de croix dans leur coeur. C'est l'oubli absolu, et, pour certaines, la fosse commune.»

... «Le flirt est la leçon d'escrime que prend une femme avec des fleurets mouchetés avant d'aller sur le terrain avec des épées véritables.»

... «Il y a une règle commune qui veut que, lorsqu'une femme se croit moins aimée, elle se rende encore moins aimable.»

Rien n'est plus vrai... Mais, nous le savons aussi, pour avoir fait la plus large part à l'observation moderne de l'amour, le théâtre de Maurice Donnay ne lui est pas exclusivement consacré. L'auteur de la Patronne, du Retour de Jérusalem, de Paraître, s'est surtout passionné, dans les oeuvres de ces dix dernières années, à l'étude des problèmes sociaux. D'où, dans le précieux petit recueil de M. Oudart, de riches glanes sur notre époque, sur la souffrance, sur la mort. Nous ne pouvons citer tout le livre, nous donnerons seulement, pour terminer, ces quelques lignes, jolies et graves, sur la patrie:

... «La patrie, c'est des victoires glorieuses, des défaites héroïques, de beaux exemples de sacrifices et de vertus... c'est des cathédrales, des palais, des tombeaux... c'est des paysages que l'on a vus tout enfant et d'autres qui, plus tard, ont encadré des heures de joie ou de tristesse... c'est des choses intimes, des souvenirs, des traditions, des coutumes... c'est un langage qui nous paraît le plus doux, c'est une vieille chanson, un vieux proverbe plein de bon sens... c'est une rose qui s'appelle la France, c'est une assiette peinte, que sais-je?

«Mais oui, la patrie, c'est tout ça... et bien d'autres choses encore.»

Voilà. Et cette définition chaude et vibrante, cette définition d'élan et d'instinct, peut suffire à la fois à notre tête et à notre coeur. A. C.

Voir dans La Petite Illustration le compte rendu des oeuvres des poètes.

LES FLORALIES DE GAND

Nous avons déjà, dans le numéro du 3 mai, consacré quelques gravures à l'Exposition de Gand. Nous publions aujourd'hui un ensemble de photographies en couleurs qui donneront une vision des «Floralies» qui sont le clou de cette exposition, et au sujet desquelles notre correspondant de Bruxelles, M. Gérard Harry, nous a adressé l'article suivant:

Voici près d'un siècle que la très ancienne Société d'horticulture de Gand organise, de cinq en cinq années, ces concours baptisés «Floralies» où se marque chaque étape du progrès que le savoir et le goût du botaniste ont fait franchir à des créations d'essence immuable tels que l'oillet, l'azalée, l'orchidée, le bégonia, le lilas, la rose même. Ces Floralies, plus populaires encore en Belgique que les Concours hippiques et les Expositions de beaux-arts (il faut, tous les cinq ans, des trains spéciaux pour y amener les foules d'amateurs des neuf provinces) ont été presque ignorées du grand public de France, d'Angleterre, d'Allemagne, jusqu'à leur coïncidence actuelle avec une Exposition universelle. Mais, sur les spécialistes de tous pays, elles exercent depuis longtemps autant d'attirance que le Derby d'Epsom ou le Grand Prix de Paris sur les éleveurs de chevaux pur sang. Et chacun s'y prépare de longue date et y apporte, avec le souci de sa propre gloire, ce qu'il a pu produire de plus beau ou de plus neuf, en s'aidant des procédés de culture les plus ingénieux ou des combinaisons chimiques les plus savantes.

Les photographies en couleurs, que nous reproduisons, du récent «concours de beautés» de Gand donneront une idée synthétique de cette périodique et poétique solennité. On y verra que la furie multicolore et odorante des fleurs est elle-même «habillée» d'un joli décor constitué par des dioramas qui situent illusoirement leur splendeur dans un cadre adéquat: ici, à l'orée d'un taillis, le feuillage d'un hêtre rouge tranchant sur les teintes azurées d'un massif d'hortensias; là, les ondulations d'une simili-chaîne de montagnes élargissant l'horizon de pyramides d'azalées; là encore, les ruines, en staff patiné, d'un antique temple grec, dédié à Flore, éternelle divinité de l'éphémère royaume du printemps. A défaut des délicieuses variétés d'oeillets anglais, arrivés en retard, par la suite de la grève générale belge, on a pu fixer les ombelles couleur bleu de ciel d'un groupe d'hortensias dont les experts ont chanté spécialement les louanges, à raison de leur nuance idéale et aussi parce que leurs «éleveurs» avaient su les préserver d'une maladie qui, après quelque temps, les décolore ou les amaigrit. Une variété d'hortensias d'un blanc immaculé apparaît sur une autre de nos gravures et aussi un massif de ces azalées à fleur simple ou double, unicolores ou panachées, qui constituent la spécialité gantoise par excellence et qui étonnent, aux Floralies, par leur opulente profusion et la recherche de leur coloris.

Ici vient s'intercaler une double page hors texte en couleurs: LES FLORALIES DE GAND, comptée dans la pagination de 591 à 594.

Corbeille de Cinéraires.

Illustration from L'Illustration, No. 3669, 21 Juin 1913

Le Temple de Flore.

Illustration from L'Illustration, No. 3669, 21 Juin 1913

Azalées et Hortensias.

Illustration from L'Illustration, No. 3669, 21 Juin 1913

Bégonias Gloire de Lorraine.

Illustration from L'Illustration, No. 3669, 21 Juin 1913

Renan thera. Odontoglossum et Oncidium. Dendrobium. Autre variété de Dendrobium. Un coin de la serre des Orchidées.

Illustration from L'Illustration, No. 3669, 21 Juin 1913

Hortensias.

Illustration from L'Illustration, No. 3669, 21 Juin 1913

LES FLORALIES DE L'EXPOSITION DE GAND

Des potées de bégonias «Gloire de Lorraine» appelaient d'emblée les regards des profanes par le prestige de leur ton de rose brique, et les connaisseurs les proclamaient presque uniques parmi les bégonias hybrides, supérieurs au prototype naturel et homogène. Hybride encore, ce groupe de cinéraires où le bleu indigo lutte avec le rouge sang et le violet intense pour composer un tableau qui met l'oeil en tumulte, et l'on sent bien que l'audace imaginative et la persévérance du botaniste ont passé par là et surenchéri victorieusement sur la conception de la nature... Quant à la tribu des orchidées qui emplissaient huit salonnets de leurs gestes pleins de fier décorum ou de grâce aristocratiquement alanguie et retombante, il faudrait des pages pour les énumérer et les dépeindre. Jamais on n'avait vu réunie une telle profusion de ces Reines exquises et «maniérées» du monde végétal,--à croire que cette élite patricienne était devenue une démocratie innombrable. Que dire de l'infinité et de la subtilité de leurs bigarrures, et comment définir des nuances qui vont de la teinte de la neige ou du nuage à celles des velours violets, des satins verts ou des bronzes dorés. Le groupe que montrent nos photographies et où elles se présentent, au milieu des hautes et souples lianes dont elles sont les luxueuses parasites, appartient à un assortiment magnifique des genres odontoglossum, cattleyas, amarylles et vandas qui se déroulent en grappes jaunes, blanches ou mauves, en silhouettes d'insectes ou d'oiseaux, ou en admirables cols d'urnes.

On m'a dit que l'ensemble des Floralies de Gand avait été assuré contre les accidents pour quatre ou cinq millions, dont la grosse part s'appliquait aux orchidées. Quel salon de peinture moderne prétendrait atteindre ou surpasser pareille évaluation, pour des risques de huit jours? Mais les fleurs n'ont qu'une saison. Et c'est précisément ce qui fait le prix de ces expositions fugitives, de ces floralies où l'on court comme à un spectacle de radieuse jeunesse sans lendemain, à un étalage de beauté dont il faut se hâter de jouir et dont le souvenir vaudra plus que la possession des choses plus durables et pour cela moins rares. Gérard Harry.

DOCUMENTS et INFORMATIONS

Le plus précieux tapis du monde

Le Victoria-and-Albert Muséum, à Londres, vient de recevoir, à titre de prêt, l'un des quatre panneaux qui forment le fameux «tapis de perles de Baroda», ce trésor de l'art indien que les experts considèrent comme la plus merveilleuse pièce de broderie en existence.

Il est composé de quatre panneaux symétriques, présentant chacun une superficie de 0 m. 55, et qui se juxtaposent exactement.

D'après le Times, à qui nous empruntons ces détails, ce tapis fut commandé par un des prédécesseurs du maharadja actuel, qui le destinait à recouvrir le tombeau de Mahomet, à Médine. Le travail demanda trois années aux meilleurs brodeurs et joailliers du Baroda; les matières employées coûtèrent une vingtaine de millions de francs, et les artistes se distribuèrent une gratification de 50.000 francs.

La section exposée comporte une fleur centrale formée de 405 diamants et 24 rosettes en bordure, formées chacune de 52 diamants. Des ruissellements de rubis, d'émeraudes et de saphirs sont encadrés d'arabesques brodées de perles fines.

On comprend que le prudent prince hindou, qui, dans un élan d'enthousiasme inspiré par sa femme préférée, de religion musulmane, avait décidé d'offrir un pareil chef-d'oeuvre à la mémoire du Prophète, se soit ravisé au dernier moment!

Les causes du dessèchement du Pain

On pourrait croire que, si le pain se dessèche, devient rassis, c'est simplement parce qu'il perd de l'eau par évaporation.

Il n'en est rien, et la preuve, c'est qu'en chauffant du pain rassis vers 50 à 60 degrés, ce pain reprend la consistance du pain frais.

De récentes expériences dé M. Katz, d'Amsterdam, démontrent qu'il s'agit de deux formes différentes d'équilibre physico-chimique.

Aux températures élevées, de 50 à 100 degrés, le pain frais est la phase d'équilibre; au contraire, aux températures ordinaires, la forme stable est le pain rassis.

On peut conserver du pain frais en vase clos à la température ordinaire; après vingt-quatre heures, il est devenu rassis; au contraire, celui qu'on conserve, même à l'air libre, à une température de 50 à 70 degrés, présente encore une mie parfaitement fraîche et une saveur inaltérée.

Les températures très basses ont d'ailleurs une action analogue aux températures élevées. Tandis qu'à 0° le pain est devenu très rassis, à -6° il se ramollit, et à -8° il redevient frais. A la température de l'air liquide, le pain se conserve absolument frais.

Il est vraisemblable qu'il s'agit là de modifications se produisant dans le grain d'amidon.

Ces expériences sont intéressantes au point de vue pratique, car elles démontrent qu'il serait possible d'avoir du pain frais le matin sans imposer le travail nocturne aux boulangers.

Nègres esclavagistes.

Un écrivain américain vient de faire connaître un chapitre curieux de l'histoire de l'esclavage aux États-Unis: c'est celui qui concerne les nègres possesseurs d'esclaves. Il n'y avait pas seulement des blancs qui eussent des esclaves noirs: il y avait des nègres aussi. Des nègres émancipés qui s'étaient mis, eux aussi, à acheter de leurs congénères. Rien de surprenant à cela, puisque en Afrique l'esclavage était pratique courante et que la population était divisée en deux classes: les hommes libres et les esclaves. On ne peut donc s'étonner que l'usage africain ait persisté en Amérique.

Bon nombre de cas sont relatés, d'après des pièces: par exemple, des contrats de vente. Les contemporains, en outre, ont fait mention de faits de ce genre. Il en est de scandaleux dans le nombre. Ainsi on rappelle l'exemple d'un jeune nègre qui, étant fils de blanche, et par là citoyen libre, se laissa persuader par sa mère d'acheter son père qui était esclave. Tout alla bien jusqu'au jour où le père, froissé de quelque mauvais procédé de son fils, lui fit des représentations; sur quoi le jeune homme vendit son père à quelque autre propriétaire, dans le Sud, dans la région la plus redoutée des malheureux nègres, «pour lui apprendre les bonnes manières».

On cite un autre exemple: celui d'une négresse libre qui avait pour esclave son mari. Elle le louait au tiers et au quart, pour divers travaux, et s'en faisait des rentes. Mais un jour il l'offensa de quelque manière, et elle le vendit à un autre. Elle eut du regret du reste, et voulut le ravoir, mais le nouveau propriétaire refusa.

Un nègre, libre, qui avait une femme esclave la racheta en vendant leurs enfants. On a connu des nègres qui approuvaient fort l'esclavage: l'un d'eux était l'esclave de sa femme, et, lorsque éclata la guerre, ce fut un sudiste enragé. Il fallut même le mettre quelque temps à l'ombre, pour insultes aux troupes du Nord.

Il est même arrivé à des nègres de posséder des blancs, des émigrés: entre autres deux familles allemandes trop pauvres pour payer le voyage et qui obtinrent l'avance des fonds contre promesse d'une certaine durée de travail. Une loi fut même promulguée en Virginie pour empêcher les nègres de posséder des blancs ou des Indiens.

En 1860, à Charleston, il y avait 132 nègres possédant 390 esclaves. On estime qu'il y a bien eu plus de 6.000 nègres possesseurs d'esclaves aux États-Unis. Mais les renseignements les concernant sont très rares.

La chapelle de l'Elysée.

Nous avons promené l'autre jour nos lecteurs parmi les salons du palais de l'Elysée. Nous avions passé, sans nous y arrêter, devant une étroite antichambre, presque obscure, tout près de laquelle aboutit l'escalier privé des appartements du président de la République. On n'a pas parlé depuis bien longtemps de ce coin de l'Elysée. C'est là que se trouve la chapelle, salle basse à laquelle on accède par quelques degrés. Depuis la séparation des Eglises et de l'État, cette chapelle est inutilisée, mais elle a été laissée intacte. Naguère, jusque sous la présidence de M. Émile Loubet, un prêtre y venait dire la messe plusieurs fois dans l'année, et la petite chapelle était alors remplie d'assistants. De vieux serviteurs ont gardé le souvenir des fastueuses cérémonies qui se déroulaient sous ses voûtes, telles que la remise, par le nonce, de la barrette pourpre aux nouveaux cardinaux. Dans sa robe éclatante, le prélat qui, devant l'autel, venait ainsi d'être investi de nouvelles grandeurs, quittait la chapelle et parcourait plusieurs salons aux côtés du président de la République. Des officiers français et des Gardes nobles, venus de Rome tout exprès, leur faisaient cortège. Les personnes qui ont été témoins de ces pompes ne les évoquent qu'avec admiration.

La portée des ondes hertziennes comparée à celles du son et de la lumière.

On peut communiquer à travers l'atmosphère par les ondes sonores, les ondes lumineuses ou les ondes hertziennes. Or, la télégraphie sans fil atteint aujourd'hui des portées de plusieurs milliers de kilomètres, qui dépassent de beaucoup la portée de la télégraphie optique ou des signaux sonores. On peut donc se demander si la supériorité de la télégraphie sans fil ne tient pas, en majeure partie, à ce que les postes hertziens disposent d'une puissance mécanique beaucoup plus considérable que celle utilisée pour la télégraphie optique ou acoustique.

Un ingénieur anglais, M. Duddell, a essayé de résoudre la question, en prenant pour base de ses calculs une portée de 100 milles anglais, soit 160 kilomètres.

Pour franchir cette distance par ondes électriques, l'antenne doit rayonner environ 300 watts.

D'autre part, les expériences récentes de M. Paterson permettent d'admettre qu'une source lumineuse ayant une intensité de l/10e de bougie, est visible jusqu'à 1 kilomètre. Il en résulterait que, pour rester visible à 160 kilomètres, la source lumineuse devrait avoir une intensité de 2.560 bougies. En tenant compte de la perte de rendement, il faudrait, pour obtenir une telle lumière, une force d'environ 250 watts.

Enfin, en appliquant les lois physiques connues, on trouve qu'une puissance mécanique de 143 watts peut produire un signal sonore perceptible à 160 kilomètres.

Ces trois chiffres, 300, 250, 143 watts présentent des écarts sensibles; on peut dire cependant qu'ils sont du même ordre de grandeur.

Il semblerait donc que notre oreille, notre oeil et le récepteur radiotélégraphique possèdent approximativement la même sensibilité et sont, à une distance donnée, impressionnés par des puissances variant au maximum du simple au double.

Mais cet équilibre ne se manifeste plus dans la pratique, parce que l'atmosphère ne véhicule point avec la même perfection les ondes de divers genres.

Les ondes hertziennes, constituées par d'immenses vagues, contournent les obstacles et sont peu absorbées par l'air et par ses poussières. Au contraire, les ondes sonores et les ondes lumineuses sont très courtes; un obstacle faible les arrête et les brumes les absorbent. En outre, elles sont incapables de contourner la courbure de la terre, qui cesse d'être négligeable quand il s'agit de franchir des centaines de kilomètres.

L'accroissement de la population et de la production du blé.

Le prix du blé tend à augmenter sur tous les grands marchés du monde. Voici, en effet, pour différents pays, les cours d'avril 1913 comparés au prix moyen par quintal de deux périodes décennales:

1881-90 1901-10 Avril 1913 Paris....... 24 55 22 60 28 80 Liverpool... 20 08 16 94 20 57 Berlin...... 22 66 23 49 26 03 Budapest.... 27 22 22 41 22 64 New-York.... 18 50 16 71 18 36

La hausse est donc générale. Et, cependant, de 1901 à 1910, la production mondiale a passé de 674 millions de quintaux à 888 millions, soit un accroissement d'environ 30%.

M. Edmond Théry se demande dès lors si l'augmentation de la production n'est pas dépassée par l'augmentation de la population consommatrice de blé.

En prenant pour base les statistiques officielles, on constate que, pour l'ensemble de l'Europe, la production moyenne de blé par tête d'habitant est tombée de 126 kilos pendant la période 1881-1890 à 117 kilos pendant la période 1901-1910. A vingt ans d'intervalle, la population européenne a donc augmenté dans une proportion plus grande que la production mondiale du blé. Il en est de même en Afrique.

La situation change en Asie, en Océanie et surtout en Amérique. Dans ce dernier pays, la production du blé par habitant s'est élevée de 174 à 218 kilos. Ainsi s'est trouvé compensé le déficit relatif de la production européenne.

Maintenant, si nous envisageons le problème de façon plus générale, nous voyons que la population de tous les pays producteurs de blé est passée de 689 millions d'habitants en 1885 à 858 millions en 1905, soit une augmentation, de plus de 24%, alors que la production du blé augmentait de 30%, comme nous l'indiquons plus haut.

M. Théry croit pouvoir conclure que la hausse persistante du blé tient à des causes diverses très accidentelles. Et l'élévation des cours ayant provoqué un accroissement des surfaces ensemencées, il en résultera une nouvelle augmentation de la production mondiale par rapport à la population. Dans ces conditions, le prix du blé pourra baisser sensiblement sur les marchés français.

Un précurseur.

Projet d'un gratte-ciel (11 étages et 110 mètres de hauteur) datant de 1601.

Illustration from L'Illustration, No. 3669, 21 Juin 1913

C'est bien un «gratte-ciel», avec ses multiples étages, son architecture massive et régulière, où se reconnaissent pourtant, aux détails d'ornementation, la grâce et la mesure du goût français, que figure l'ancienne estampe reproduite ici, dont nous devons la communication à un de nos lecteurs, M. Félix Rochet, de Pigeac.

Cet édifice, qui rappelle si curieusement les «sky-scrapers» américains--nous en avons, tout récemment encore, montré quelques-uns pour illustrer les pages de M. Pierre Loti, sur New-York--fut conçu et dessiné, voilà plus de trois siècles, par un architecte savoyard, Jacques Perret, de Chambéry, le précurseur assurément des hardis constructeurs d'outre-Atlantique. Dans un ouvrage paru en 1601, il a donné le plan d'ensemble de ce «grand et excellent pavillon dans lequel pourraient loger cinq cents personnes à leur aise». Le bâtiment mesure 26 toises de long (50 mètres 45 cent.) sur 22 toises de large (46 mètres 65 cent.). Dans l'épaisseur des murailles, qui n'ont pas moins de 2 toises (3 mètres 98 cent,), «sont petits escaliers, cabinets et privés depuis le bas jusques en haut; par ce moyen, ajoute l'ingénieux architecte, il n'y a rien de vide ou de perdu».

Avec ses onze étages et le petit pavillon bâti sur le toit en terrasse du corps central, l'édifice devait atteindre environ 110 mètres. Certes, nous sommes loin encore des immeubles géants de New-York, hauts de 150 ou 200 mètres, dont nous avons reproduit naguère, dans notre numéro du 3 août 1912, l'impressionnant aspect. Mais il faut reconnaître, dans le «grand et excellent pavillon» de Jacques Perret, l'ancêtre des «sky-scrapers» d'aujourd'hui: les Américains devaient réaliser, trois cents ans plus tard, l'audacieuse idée conçue par un Français.

Dr Carrel. M. Georges Clemenceau. Dr Pozzi. La conférence du docteur Alexis Carrel à l'hôpital Broca.--Phot. L. Mayer.

Illustration from L'Illustration, No. 3669, 21 Juin 1913

LA VIE DES TISSUS CONSERVÉE

Lundi dernier, à l'hôpital Broca, dans l'amphithéâtre du docteur Pozzi, le docteur Alexis Carrel, devant une affluence énorme, a exposé les résultats de ses merveilleuses recherches sur la vie des tissus conservée et transférée. Le public connaît déjà, par les comptes rendus des séances de l'Académie de médecine, les impressionnantes découvertes que l'on doit, dans le domaine de la physiologie expérimentale, au docteur Alexis Carrel qui, après avoir été attaché comme prosecteur à la Faculté de médecine de Lyon, est maintenant fixé, depuis plusieurs années, à New-York où il poursuit ses admirables travaux à l'Institut de recherches scientifiques créé par M. Rockefeller. Le docteur Carrel est l'homme qui enlève une cuisse tout entière, un rein, ou tout autre organe à un animal et qui lui en rajuste un autre emprunté à un de ses congénères. Il a, dans sa conférence, expose comment il réussissait à conserver des cellules, des tissus, des organes entiers même maintenus vivants pendant des semaines, une fois séparés du corps, et il a expliqué les applications pratiques qui pouvaient être faites au point de vue de la greffe humaine. Ajoutons qu'une ovation enthousiaste fut faite au jeune savant par ses auditeurs, au premier rang desquels on remarquait, vêtu du même sarrau d'hôpital que les étudiants, M. Clemenceau toujours curieux des progrès de la science médicale.

PREMIÈRES ARMES DU PRINCE DE GALLES

Le prince de Galles, qui fait partie du bataillon d'officiers formé par les élèves de l'Université d'Oxford, a, pour la première fois, porté cette semaine l'uniforme kaki de l'armée territoriale anglaise: samedi dernier, il quittait Oxford, avec de nombreux étudiants, «dans un compartiment de troisième classe», disent les journaux de Londres, et gagnait Mitchet Camp, près d'Aldershot, où il devait accomplir une courte période d'instruction.

Avec la même simplicité et la même bonne grâce qui ont laissé en France un souvenir si charmant, le prince de Galles partagea familièrement la vie de ses camarades, s'associant aux travaux du camp, prenant sa part des corvées, et marchant, dans le rang, comme un simple «private». Le premier jour de manoeuvres lui réserva des émotions inattendues: envoyé en reconnaissance avec un autre éclaireur, il fut surpris par une dizaine de cyclistes du parti adverse, qui le firent prisonnier en criant: «Haut les mains». Quelques instants après, il était heureusement délivré par les siens, accourus en nombre...

Illustration from L'Illustration, No. 3669, 21 Juin 1913

Au cantonnement. Sur la route, en éclaireur.

L'ÉDUCATION MILITAIRE D'UN FUTUR SOUVERAIN. --Le prince de Galles aux manoeuvres.

(Agrandissement)

Illustration from L'Illustration, No. 3669, 21 Juin 1913

Note du transcripteur: A l'exception de la Faune africaine et des Floralies de Gand qu'on retrouve dans le texte, les suppléments mentionnés en titre ne nous ont pas été fournis.

Illustration from L'Illustration, No. 3669, 21 Juin 1913
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