A JANINA
Reading edition
Pour compléter notre intéressante documentation sur la prise de Janina, nous ajoutons aujourd'hui aux notes et aux photographies de M. Jean Leune, publiées dans notre dernier numéro, cette page illustrée sur les lendemains de la victoire grecque. Ce sont encore, avec deux croquis rapides, par M. Jean Leune, des défenseurs de Janina, le général Essad pacha et le colonel Vehib bey, des photographies envoyées par notre intrépide correspondant à l'armée d'Epire. Voici le groupe sympathique et bien français que forment notre consul à Janina, M. Dussap et sa femme, connue en littérature sous le nom de Guy Chantepleure, deux vaillants qui, par leur attitude ferme et courageuse, ont su, à certains moments difficiles, imposer aux soldats turcs exaspérés le respect de la population grecque de la ville. Nos documents du bas de la page montrent des pièces de l'artillerie turque broyées sur la forte colline de Bizani, et constituent une sorte de bas-relief pour ce document de tableau d'histoire: le héros du jour, le Diadoque, assistant, sur un trône improvisé, à la cérémonie rituelle que les musulmans soumis célèbrent en l'honneur de leurs nouveaux maîtres.
L'artillerie turque de Bizani: pièces de 85 et de 105mm détruites ou gravement endommagées par les obus de l'artillerie grecque. --Phot. Jean Leune.

Le cercueil de Georges Ier transporté sur un affût de canon.--.Phot. A. Adossidès.

DE SALONIQUE AU PIRÉE.
A Salonique, le transfert, sur son yacht, l'Amphitrite, du roi assassiné, fut, le 25 mars dernier, une cérémonie très impressionnante. Parti de la résidence royale, le matin à 9 heures, le cortège funèbre, encadré de ces traditionnels evzones qui formaient la garde particulière du souverain défunt, s'achemina vers le port au milieu d'un immense concours de population recueillie. Toute la garnison avait pris les armes. Les drapeaux étaient surmontés de croix voilées de crêpe. Le cercueil, qui reposait sur un affût de canon, était enveloppé du drapeau national, sur lequel, à l'endroit de la tête, on avait placé la couronne, était suivi par la famille royale, et ce furent les princes et le nouveau roi lui-même qui, au port, transportèrent le corps à bord de l'Amphitrite. Il y eut, sur l'Amphitrite, un discours du métropolite parlant du roi «tombé au champ d'honneur». Et le bâtiment funèbre où s'était embarquée la reine Olga, soutenue par le roi Constantin, leva l'ancre et prit la direction du Pirée, où, retardé par le brouillard, il n'arriva que le 27 mars un peu avant midi. Il était attendu, sur le débarcadère, par tous les hauts dignitaires de la Cour et du royaume qui, dès que le bâtiment eut jeté l'ancre, montèrent à bord pour s'incliner, les premiers, devant la dépouille de leur souverain.
LES FUNÉRAILLES DU ROI GEORGES A SALONIQUE. Au débarcadère: les princes hellènes, fils et petits-fils du roi, enlèvent le cercueil royal de l'affût de canon pour le transporter sur l'Amphitrite. A gauche de notre photographie et à droite du cercueil, les princes Christophore, Nicolas, le nouveau diadoque Georges et le roi Constantin; à gauche du cercueil, les princes André, Alexandre et Georges.

Arrivée au Pirée de l'Amphitrite portant le corps du roi Georges.--Phot. A. Gaziadès.

Pendant le débarquement du cercueil du roi Georges que continuaient de porter les princes de la famille royale, les batteries tirèrent des salves. Le corps fut, comme à Salonique, placé sur un affût de canon. Les deux reines et les princesses montèrent dans les voitures. Le roi suivit le cercueil que précédait le saint-synode et que traînaient sur son affût les marins hellènes. Derrière le nouveau souverain venaient les princes, le ministre luthérien, les ministres, les consuls étrangers, toutes les autorités civiles et militaires.
Au débarcadère et sur tout le trajet, on avait arboré les couleurs funèbres, blanc et mauve. Des oriflammes flottaient au vent, portant le monogramme du roi en or, surmonté de la couronne.
A la gare, un wagon mortuaire peint en blanc avec des bandes mauves latérales reçut le corps du souverain et, lorsque le train spécial s'ébranla pour se diriger sur la capitale, les canons des navires étrangers ancrés au Pirée tirèrent, en même temps que les batteries grecques, les salves de salut.
A Athènes, le cortège se rendit, au milieu d'une affluence énorme, à la cathédrale tapissée de couronnes, où, après une cérémonie religieuse, le cercueil a été déposé dans une chapelle, en attendant le jour des funérailles solennelles.
Le cercueil traîné sur un affût par les marins hellènes. --Phot. Rhomaïdès-Zeitz.

LE RETOUR A ATHÈNES DE LA DÉPOUILLE MORTELLE DU ROI ASSASSINÉ. --Le cortège funèbre quittant le débarcadère du Pirée.--Phot. A. Gaziadès.

SOFIA FÊTE LA PRISE D'ANDRINOPLE.--Manifestation devant la statue du tsar libérateur Alexandre II.--Phot. Karastoïanof.]
