LA PETITE ILLUSTRATION (continued 2)
Reading edition
DOCUMENTS et INFORMATIONS
La circulation dans les grandes villes.
Un spécialiste américain, M. Howard, a essayé récemment, sans grand succès, de résoudre le problème de la circulation dans certaines rues de Paris très encombrées. Il ne soupçonnait sans doute point la difficulté d'une telle entreprise. Il publie aujourd'hui un tableau comparatif d'où il résulte que dans plusieurs grandes voies parisiennes l'intensité de la circulation est considérablement plus grande qu'en aucune autre ville du monde.
Voici un extrait de ce tableau indiquant le nombre total de véhicules circulant de 7 heures à 19 heures dans certaines artères de plusieurs grandes cités:
Paris: Rue de Rivoli Avenue de l'Opéra Boulevard de la Madeleine Boulevard des Italiens Rue Saint-Honoré Berlin: Potsdam Platz Leipzig Strasse Friederichs Platz Londres: Strand Cheapside Gracechurch Street New-York: 5e avenue près de la 58e rue 1re avenue Broadway, près Franklin Street Wall Street Chicago: Wabash Avenue Sheridan Road Philadelphie: Broad Street Filbert Street 33.232 29.460 17.524 20.124 16.598 14.221 9.596 13.479 16.208 11.019 12.148 8.665 2.301 3.277 2.443 3.794 5.736 6.176 5.185
Le nombre de voitures circulant dans la rue de Rivoli est donc plus de deux fois supérieur à celui des voitures qui roulent dans le Strand, le quartier le plus mouvementé de Londres.
Si, au lieu de considérer le nombre absolu de véhicules, on tient compte de la largeur de voie occupée, Paris détient encore le record de l'encombrement.
Le nombre de voitures circulant par yards (0m,90) de voie, dans le temps indiqué plus haut, atteint, en effet: 2.767, rue de Rivoli; 1.789, avenue de l'Opéra; 1.019, boulevard de la Madeleine; 1.093, boulevard des Italiens; 1.976, rue Saint-Honoré. Il s'élève à 1.430 pour le Strand de Londres; à 1.016 pour Potsdam Platz à Berlin; à 673 pour la 5e avenue à New-York.
Enfin, si on compare le poids total des véhicules passant dans le même temps sur une même largeur de chaussée, on retrouve une proportion analogue.
Oiseaux et aéroplanes.
Les oiseaux, on le sait, font de l'aviation de deux manières. Les uns planent, c'est-à-dire se font porter par le vent, et ont une grande surface alaire; les autres battent de l'aile, et ont une surface alaire faible.
Ces deux méthodes comportent de sensibles différences de moteur. Chez l'oiseau, le moteur, ce sont les muscles pectoraux, et le coeur. Car des muscles puissants développant de grands efforts supposent un coeur plus énergique, plus lourd, plus actif.
Or, comment se comportent le coeur et les muscles chez les deux groupes? M. A. Magnan, qui a étudié le problème, a abouti à des conclusions telles que l'on pouvait s'y attendre. C'est-à-dire que chez les planeurs qui ne rament guère les muscles ne sont pas considérables, ni le coeur très développé. Chez les rameurs qui battent de l'aile, au contraire, les muscles et le coeur ont un développement très supérieur.
Ainsi les rapaces nocturnes qui planent ont 105 grammes de muscles pectoraux par kilo de poids, et 7 gr. 3 de coeur par kilo. Par contre, les gallinacés rameurs ont 263 gr. 7 de pectoraux et 13 gr. 4 de coeur par kilo. La différence est très considérable, mais toute naturelle. Il en faut conclure, en aviation, que le moteur doit être d'autant plus puissant que la surface portante est moindre, bien que dans l'aéroplane il n'y ait pas de battement d'aile.
Les résultats de la vaccination antityphique.
On ne s'accorde guère, dans le monde médical, sur la valeur respective des divers vaccins antityphiques essayés en ces derniers temps. Il semble, d'ailleurs, prudent de ne pas accorder une foi trop absolue à des statistiques autour desquelles peuvent s'agiter des questions d'amour-propre ou de jalousie professionnelle.
Il est intéressant, toutefois, de signaler, les résultats que le docteur Vincent déclare avoir obtenus récemment sur la garnison d'Avignon.
Par suite de la mauvaise qualité des eaux, la fièvre typhoïde règne à l'état endémique dans la capitale de Vaucluse. De 1892 à 1912, il y eut dans la garnison 1.263 cas suivis de 118 décès. Chaque année, on compte de 10 à 30 décès dans la population civile.
Une épidémie terrible s'est déclarée au mois de juin dernier. Sur une population de 49.000 âmes, on compta, en quelques semaines, 2.000 cas et 64 décès.
La garnison s'élevait à 2.053 hommes, dont 525 avaient été immunisés avant l'épidémie; on en vaccina 841 autres. Il restait donc 687 témoins qui avaient négligé de se faire inoculer. Or, sur ces derniers, il y eut 153 cas de fièvre typhoïde, dont 22 suivis de mort. Le groupe des 1.366 hommes vaccinés fut complètement indemne.
D'autre part, M. Roux, directeur de l'Institut Pasteur, a signalé à l'Académie des sciences les résultats obtenus avec le vaccin du docteur Chantemesse.
Ce vaccin, formé de bacilles typhiques stérilisés par chauffage, est assez ancien. Le docteur Chantemesse le fit connaître en 1887, mais il ne l'appliqua lui-même à l'homme, à Paris, qu'en 1899. Dès 1896, pourtant, des expériences avaient été faites à l'étranger.
En 1912, après avis favorable de l'Académie de médecine, on pratiqua l'inoculation dans les troupes des confins algéro-marocains. Au Maroc, aucun homme vacciné ne fut atteint de la fièvre typhoïde.
Presque en même temps, M. Delcassé autorisait la vaccination des équipages de la flotte et des ouvriers des ports français. Cela représente une population d'environ 67.000 hommes, parmi laquelle, du 5 avril à fin décembre 1912, on constata 542 cas de fièvre typhoïde, soit environ 1%.
Aucun cas ne se produisit parmi les 3.107 personnes qui avaient consenti à se faire immuniser avec le vaccin du docteur Chantemesse.
D'ailleurs, au récent congrès de Washington, le major Russel déclarait que, depuis l'emploi du vaccin préparé selon la méthode Chantemesse, la fièvre typhoïde a pratiquement disparu de l'armée navale des États-Unis.
L'importation de la viande en Angleterre.
L'importation de la viande en Angleterre subit en ce moment une évolution curieuse: les importations d'animaux vivants diminuent dans une proportion considérable et sont remplacées par des importations de viande abattue, en général congelée.
Les importations de boeufs vivants, en provenance du Canada et des États-Unis, seuls pays dont le bétail soit admis en Grande-Bretagne, sont tombées de 200.000 têtes en 1911 à 48.000 têtes en 1912. Par contre, les arrivages de viande de boeuf sont passés de 7.360.000 quintaux à 8.015.000 quintaux.
D'après les calculs du Board of Agriculture, le poids de la viande de boeuf représenté par les animaux vivants importés atteint seulement 4% des quantités introduites sous forme de viandes abattues. La proportion est encore plus faible pour le mouton.
Loisirs archéologiques de marins américains: l'équipage du cuirassé Tennessee visitant les ruines du théâtre d'Éphèse, sous la conduite du professeur Lawrence.--Phot. Rubellin.

LES AMÉRICAINS A SMYRNE
De toutes les conséquences de la guerre d'Orient, la moins inattendue n'est certes point celle que signale cette photographie de marins américains visitant, en troupe, les ruines d'Éphèse, que nous reproduisons ci-dessus... La nécessité de maintenir l'ordre dans le Levant avait amené l'un des bâtiments de l'escadre internationale envoyée dans les eaux turques, le Tennessee, battant pavillon des États-Unis, à stationner devant Smyrne. Le calme de la région donna, fort heureusement, des loisirs à l'équipage du cuirassé: ils furent employés de profitable façon.
Un beau matin de janvier, les matelots du Tennessee se rendirent, sous la conduite de leurs officiers, à Éphèse, à 60 kilomètres de la côte.
Les fouilles de ces dernières années ont mis à jour les magnifiques vestiges de cette ville, l'une des plus florissantes jadis d'Asie Mineure. Les marins purent admirer les témoignages de son antique grandeur, attestée par de nombreux monuments, les Thermes, la Bibliothèque, le Forum, le Théâtre, enfin. Guidés dans cette promenade archéologique par le professeur Lawrence, de l'Institut américain de Smyrne, ils écoutèrent, en élèves attentifs, ses explications; et ce furent, dans les ruines, de petits cours improvisés, auxquels les uniformes donnaient un pittoresque imprévu.
Les derniers francs-tireurs de Fontenoy-sur-Moselle, réunis pour célébrer l'anniversaire du combat du 22 janvier 1871. --Phot. P. Valek.

ANNIVERSAIRE PATRIOTIQUE
Un glorieux anniversaire a été célébré, récemment, à Fontenoy-sur-Moselle, près de Toul. Le 22 janvier 1871, quelques jours avant l'armistice qui allait suspendre les hostilités, une poignée de francs-tireurs attaquaient les postes allemands établis dans la petite commune, et, après une lutte acharnée, s'en emparaient de vive force. Ce brillant fait d'armes devait attirer à la population de Fontenoy de cruelles représailles.
L'épisode a été commémoré, le dimanche 26 janvier, en une touchante cérémonie, que présidait M. Langenhagen, sénateur de Meurthe-et-Moselle. Au pied du monument consacré «aux vaillants combattants du 22 janvier 1871» et «aux habitants victimes innocentes de leur patriotisme», des discours furent prononcés, en présence des derniers survivants de l'héroïque escarmouche. Puis le petit groupe des anciens francs-tireurs de Fontenoy se rendit sur le lieu du combat; et c'est là, sur le seuil de la gare où, quarante-deux ans auparavant, ils avaient surpris l'ennemi, que ces vieux soldats, de belle allure encore et portant fièrement leurs décorations, se laissèrent photographier.
Le monument d'Ernest Reyer au Lavandou. Phot. M. Bar.

UN MONUMENT A ERNEST REYER
Voici un peu plus de quatre ans qu'Ernest Reyer s'est éteint au Lavandou, cette petite station maritime du Var, abritée du mistral dans le golfe d'Hyères, où, sur ses vieux jours, le célèbre compositeur, ami d'une studieuse retraite, avait coutume de prendre ses quartiers d'hiver. L'idée devait tout naturellement venir à ses admirateurs, à ses amis, de lui élever un monument dans ce joli coin de Provence qu'il favorisait d'une prédilection particulière, et qui reste, désormais, attaché, si l'on peut dire, à sa gloire.
Le soin de faire revivre dans le bronze la belle figure d'Ernest Reyer, si fin d'esprit et de coeur sous ses dehors de militaire bourru, à la rude moustache, a été confié au sculpteur Denys Puech, de l'Institut: il a exprimé avec bonheur ce que cette mâle apparence cachait de naturelle bonté. Le buste est placé sur un piédestal carré en pierre grise, qui porte, au-dessus d'une lyre traversée d'une palme, une simple dédicace.
Situé dans un joli cadre de verdure, le monument, qu'on a bien voulu dévoiler un instant pour permettre la photographie que nous en donnons, est tout prêt à être inauguré: la cérémonie officielle a été fixée au 16 février.
Le 4e article illustré de L. Sabattier: «Un mois à Pékin», comprendra quatre pages en couleurs et paraîtra dans le prochain numéro.
[Note du transcripteur: Les suppléments mentionnés en titre ne nous ont pas été fournis.]
