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L'Illustration, No. 3279, 30 Décembre 1905

DOCUMENTS et INFORMATIONS

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Les plantes lumineuses.

Vers 1843, Heller signalait la luminescence des bois en putréfaction. Cette lueur est produite par des champignons vivant à la surface de divers végétaux et dont on connaît aujourd'hui une quinzaine de variétés. Ainsi s'explique que, dans les forêts tropicales, on voie souvent briller les feuilles de bambou et d'autres espèces; en Europe, les feuilles mortes du chêne et du hêtre, en décomposition et un peu humides, présentent parfois un phénomène identique. D'autre part, certaines photo-bactéries vivent en grand nombre à la surface des poissons de mer, devenant lumineuses vingt-quatre ou trente-six heures après la mort de ces derniers, pour s'éteindre dès qu'apparaît la putréfaction. Elles se développent également sur la viande de mammifère que le professeur R. Dubois, de l'université de Lyon, utilisa le premier pour les isoler et les cultiver à l'état de pureté. En les ensemençant ensuite dans un ballon de verre garni de gélatine, il obtint la fameuse lampe «à lumière froide».

Feuille d'arbre partiellement couverte de bactéries lumineuses. Plantes en germination près d'un tube rempli de bactéries lumineuses.

Illustration from L'Illustration, No. 3279, 30 Décembre 1905
Illustration from L'Illustration, No. 3279, 30 Décembre 1905

On savait que cette lumière impressionne la plaque photographique dans un temps assez long, mais on n'avait pas encore songé à constater sa puissance phototropique. Une de nos gravures montre des plantes mises en germination près d'un tube renfermant des bactéries photogènes: leurs tiges poussent presque droit vers la source lumineuse.

La nitrification intensive.

«Tenir sa poudre sèche» est chose d'actualité; mais, une bonne façon de l'avoir sèche, c'est de ne pas en faire de trop grandes provisions d'avance. D'ailleurs, étant donnée la quantité de munitions nécessaires dans les guerres modernes, les approvisionnements ne sauraient durer longtemps.

D'autre part, on ne pourrait assurément, pour faire de la poudre, se contenter, comme dans les guerres de la Révolution, de gratter les vieilles murailles des caves et des écuries pour se procurer du salpêtre.

Mais on sait, depuis les travaux de Schlosing et Müntz, que la nitrification n'est qu'une fermentation. Le ferment trouvé, il devenait donc possible de produire des salpêtrières artificielles sur une vaste échelle.

C'est ce qu'ont fait MM. Laine et Müntz, qui ont obtenu ce résultat en faisant couler une solution de sel ammoniac sur un lit de noir animal ensemencé d'organismes nitrificateurs.

Une salpêtrière ainsi formée, ayant un hectare de superficie, pourrait donner 16.000 kilos de salpêtre par jour, soit plus de 6 millions de kilos par an.

Voici des résultats rassurants: la poudre ne manquera pas.

La houille blanche sur la Côte d'Ivoire.

Le fleuve Tano, qui arrose la Côte d'Ivoire anglaise, présente, aux environs de Chitri, sur une longueur de 1.500 mètres, une différence d'altitude de 23 mètres. Il pourrait fournir une force évaluée de 20.000 à 45.000 chevaux suffisant à l'exploitation de toutes les mines d'or de la région. On se préoccupe, actuellement, d'utiliser cette houille blanche pour les mines de Prestea et de Tarkwa, situées à 60 et 90 kilomètres des chutes, et dont le service n'absorberait que 5.000 chevaux.

Le temps n'est peut-être pas éloigné où l'électricité sera plus répandue et moins chère à Tombouctou qu'à Paris.

Comment enrayer un «rhume de cerveau» qui commence.

Eviter un rhume n'est pas toujours chose facile: si l'on n'a pas une constitution naturellement réfractaire à ce mal déplaisant, on est souvent la victime de celui-ci, tant les occasions de s'enrhumer se présentent souvent et naturellement. Mais si l'on ne peut guère éviter le mal, on peut au moins essayer de le juguler, de l'empêcher de prendre pied et de durer. De quelle façon s'y prendre? demandera-t-on. Voici le conseil que donne la Presse médicale. Dès qu'on se sent pris--c'est-à-dire dès que l'on se met à éternuer, à moucher et à sentir lourde la région du front, il faut user d'inhalations. Trois ou quatre fois par jour, il faut inhaler de la vapeur d'eau oxygénée chirurgicale, suffisamment acide. C'est d'une inhalation de vapeur qu'il s'agit, non d'une pulvérisation: on inhale par le nez la vapeur de l'eau oxygénée bouillante. C'est très simple. Généralement, si l'on s'y met à temps, ce traitement guérit du jour au lendemain. Au cas où la muqueuse nasale serait déjà sensiblement engorgée, on ferait, dix minutes avant chaque inhalation, un petit badigeonnage interne avec de l'adrénaline à 1 p. 1000. On le voit, la méthode est simple: elle serait aussi très efficace.

La nouvelle tenue de campagne des officiers japonais.

La tenue de campagne de l'armée japonaise vient d'être complètement modifiée. Pour les officiers, le dolman, à brandebourgs et à galons, et le pantalon à bande sont remplacés par un veston très simple et une culotte en drap kaki avec bottes en cuir jaune. La casquette est du même drap; la couleur de son bandeau et celle de l'écusson du col sont les seuls signes distinctifs de chaque arme. Le grade est indiqué par des étoiles ornant les pattes d'épaules. Le nouvel uniforme commence à être porté par les officiers; les soldats n'en seront pourvus que dans quatre mois.

Officiers japonais dans la nouvelle (au centre) et l'ancienne tenue de campagne.

Illustration from L'Illustration, No. 3279, 30 Décembre 1905

Pour préserver de l'incendie la forêt de l'estérel.

La forêt domaniale de l'Estérel, ancienne propriété des évêques de Préjus, a été portée, par deux échanges réalisés en 1889 et 1890, à une contenance de 5.754 hectares, dont 5.562 d'un seul tenant. Elle formait naguère un maquis souvent impénétrable où le pin maritime et le chêne-liège prospéraient au milieu de bruyères, d'arbousiers et autres espèces buissonnantes. Aussi, les incendies étaient fréquents; il y en eut quatre formidables au cours du dernier siècle, et les quelques lambeaux de vieille futaie épargnés ne renferment point d'arbres âgés de plus d'une centaine d'années. L'administration forestière a réussi à transformer en forêt de rapport et de tourisme un maquis jadis presque désert; elle vient de faire connaître l'ensemble des travaux effectués et des résultats obtenus.

On compte aujourd'hui dans la forêt de l'Estérel: 56 kilomètres de routes de 3m,50 de largeur; 141 kilomètres de chemins; 207 kilomètres de sentiers muletiers dits sentiers garde-feu; 155 kilomètres de tranchées de 10 à 30 mètres de largeur; 1.300 hectares ont été entièrement débroussaillés. Dix maisons forestières, dont huit pourvues du téléphone, un poste permanent de guetteurs au sommet du mont Vinaigre, de nombreux postes volants occupés seulement les jours de mistral complètent ces mesures de protection contre l'incendie qui représentent une dépense annuelle de 19.000 francs et ont réduit l'importance des sinistres dans les proportions suivantes:

Périodes. Surfaces brûlées. Moyenne annuelle. 1838-1857 7.003 hectares 350 hectares 1858-1877 1.727 86 1878-1904 86 3

D'autre part, le produit des écorces de liège exploitées en régie, qui était d'environ 16.000 kilos pour la période 1865-1876, a atteint, depuis 1901, 64.000 kilos. Mais, par suite de la substitution des grandes usines à l'exploitation familiale et de la concurrence algérienne, le prix des 100 kilos d'écorce est tombé de 65 francs, en 1886, à 38 francs. Or, c'est là le maximum, rarement atteint, du rendement à l'hectare. Le bois du pin sylvestre, au contraire, qui doit au climat et à la nature du sol des propriétés exceptionnelles, s'est maintenu à 11 francs le mètre cube. Il suffit donc de 3 mètres cubes de bois à l'hectare pour donner un revenu supérieur à celui du liège. Aussi, tout en laissant une certaine place à la culture du chêne-liège, l'administration forestière a renoncé à en faire la base principale de son exploitation du domaine de l'Estérel.

Illustration from L'Illustration, No. 3279, 30 Décembre 1905

La coiffure «Renault». La coiffure «Richard-Brasier».

MODES SPORTIVES

Modes sportives.

Il y avait au Salon de l'automobile, une section réservée aux costumes Là on pouvait faire son choix entre les dernières nouveautés mises au jour par les grands couturiers, les modistes en vogue pour l'usage des chauffeurs et des chauffeuses. Et voici ce qu'a imaginé un tailleur: la coiffure automobile, reproduction, au choix de la belle cliente, de la voiture qu'elle a coutume de monter; pour celle-ci, une «Richard-Brasier», pour celle-là, une «Renault», en miniature, avec leurs roues, leurs phares, dardés comme deux yeux. Cela sur la tête, un bon masque ou une paire de besicles sur le nez, une bonne voiture sous les pieds, et l'on peut aller loin si l'on ne craint pas trop le ridicule!...

Travail debout et travail assis.

Le travail manuel se fait-il mieux dans la station debout que dans la position assise? Question aussi intéressante au point de vue individuel qu'au point de vue social.

On sait que ceux qui pratiquent assis les métiers et les arts les plus délicats se lèvent souvent pour considérer avec plus de précision leur travail ou pour en parfaire les détails; et les physiologistes admettent, d'autre part, que la station debout est l'attitude qui assure le mieux la fixité contre les forces extérieures, et qui procure aussi le meilleur point d'appui dans les activités diverses.

Toutefois, il n'était pas inutile de confirmer ces considérations un peu théoriques par l'expérience. C'est ce qu'a fait M. Ch. Eéré, au moyen de l'ergographe, instrument qui permet d'enregistrer le nombre de soulèvements d'un poids donné par le doigt médius, et l'amplitude de chaque mouvement de ce doigt.

Or il resulte de ces expériences que le travail debout est supérieur d'environ un dixième au travail assis. Mais, si l'on compare ces travaux à leur début et à leur terminaison, on remarque que le travail assis est moins considérable au début et s'abaisse graduellement, tout en restant assez intense à la fin; tandis que le travail dans la station debout est plus intense au début, persiste longtemps très élevé, puis tombe rapidement.

La station debout favorise donc le travail et l'attention pendant une longue période: mais il est certain que cette exaltation est suivie d'une fatigue plus rapide.

M. Eéré, par des expériences du même ordre, a constaté en outre qu'une longue immobilité, précédant le travail, diminue la valeur de celui-ci; tandis qu'une courte immobilité de cinq à quinze minutes est suivie d'une exaltation du travail. Après une heure d'immobilité, le travail est réduit à son minimum. Il semble que le sujet soit engourdi ou endormi.

Conséquence pratique: les pauses de travail, dans la marche, comme entre deux classes, ne devraient jamais dépasser quinze minutes.

La phototégie.

Par dérivation du mot grec qui signifie «teindre», on désigne sous le nom de phototégie un nouveau procédé fort curieux de développement photographique. On avait déjà essayé de dépouiller les clichés avec l'eau oxygénée, mais les résultats obtenus étaient aussi lents qu'irréguliers. La formule suivante active et régularise l'action particulière à ce liquide, qui est d'enlever au négatif des épaisseurs de gélatine proportionnelles à l'opacité des parties réduites, c'est-à-dire attaquées par la lumière:

Eau................... 100 cc. Acide chlorhydrique.... 10 cc. Bioxyde de baryum....... 4 gr.

On doit exclure les développateurs trop astringents et employer de préférence l'oxalate ferreux ou le diamidophénol. Après développement et lavage, la glace est mise dans la solution d'eau oxygénée, au grand jour si l'on veut. Les noirs se dépouillent en quelques minutes, et l'on obtient directement un dispositif formé par des reliefs. L'image absorbe naturellement des quantités de liquide colorant proportionnelles aux épaisseurs de la gélatine. On peut donc, par un bain subséquent, donner au cliché la teinte que l'on désire; on pourra encore en obtenir des épreuves sur papier par simple contact. Enfin, en coloriant le cliché au pinceau avec des teintes plates, le modelé dans les nuances s'obtiendra de façon automatique.

Le prix d'établissement des chemins de fer du monde entier.

D'après le Bulletin du Congrès des chemins de fer publié ces jours derniers, voici, en milliers de francs, le prix d'établissement du kilomètre de rails pour les chemins de fer du monde entier:

Angleterre et Irlande, 841; Belgique, 508; France, 396; Italie, 353; Autriche, 350; Suisse, 332; Allemagne, 326; Espagne, 307; Roumanie, 281; Pays-Bas, 269; Russie, 245; Serbie, 226; Hongrie, 205; Suède, 143; Danemark, 134; Bulgarie, 130; Norvège, 123; Finlande, 102. Natal, 231; États-Unis, 206; Canada, 196; Algérie et Tunisie, 188; Chili, 175; Uruguay, 172; Java, 169; République Argentine, 163; Le Cap, 162; Inde anglaise, 134; Japon, 129; Lagos, 110; Siam, 87.

Enfance et sommeil.

Etant donné que beaucoup d'écoles pour l'enfance sont, par leur constitution même, des endroits où celle-ci n'acquiert pas seulement un certain savoir, mais accomplit une notable partie de sa croissance, on ne peut être étonné si les médecins demandent à donner leur avis sur l'organisation de la vie scolaire. C'est ce qu'ils viennent de faire de l'autre côté de la Manche, et les propos qu'ils tiennent sur l'organisation régnante ne sont pas précisément flatteurs. Un gros vice de celle-ci consiste en ce que l'enfant ne se voit pas allouer un nombre d'heures de sommeil suffisant. Sa nuit est trop courte. Tous ceux qui se sont occupés de la question arrivent à la même conclusion, que la durée du repos nocturne est insuffisante. Il faut le prolonger et arriver à une nuit de neuf ou dix heures pour les enfants ayant moins de seize ans. Ce chiffre est une moyenne: il ne serait pas sage de s'y tenir en toute saison. En hiver, il faut laisser dormir l'enfant plus longtemps qu'en été. Il a besoin de plus de sommeil à la saison froide. Beaucoup d'enfants, chez nous aussi, sont certainement soumis à un régime qui les fatigue et les rend impropres au travail. Il conviendrait, après le travail, qu'on leur demande de jour, de leur faire une nuit plus longue, pour leur permettre de reprendre des forces et de se reposer véritablement.

L'aérostat dirigeable du comte Zeppelin sortant de son aérodrome au bord du lac de Constance.

Illustration from L'Illustration, No. 3279, 30 Décembre 1905

LE DIRIGEABLE «ZEPPELIN»

Le général de cavalerie allemande comte Zeppelin vient de renouveler, au-dessus du lac de Constance, les expériences de navigation aérienne qu'il avait tentées en 1900 (voir L'Illustration du 21 juillet 1900). Son aérostat, qui se compose d'une enveloppe cylindrique en fils d'aluminium abritant seize ballonnets d'hydrogène et à laquelle sont suspendues deux nacelles, a été légèrement modifié dans ses détails. La longueur est de 126 mètres, le diamètre de 11 mètres; les ballonnets renferment 10.400 mètres cubes de gaz.

Un progrès considérable a été réalisé dans la construction du moteur: les deux nouvelles machines, pesant ensemble 400 kilos, développent une force de 170 chevaux; avec un poids moindre de 5 kilos seulement, les anciennes en produisaient 30. La charge totale à enlever atteint 9.000 kilos, soit environ 1.000 kilos de moins que précédemment.

Les ascensions ont eu lieu les 17 et 21 octobre et 30 novembre derniers. Le comte Zeppelin et l'ingénieur Durr avaient pris place à l'avant, avec deux machinistes; quatre personnes, également, occupaient la nacelle arrière. Les deux premières ascensions furent contrariées par des accidents ne portant aucune atteinte au principe de l'appareil. La dernière dura vingt-trois minutes, à la vitesse de 7m,50 par seconde, qui n'avait jamais été atteinte dans les expériences antérieures. On aurait môme, un instant, constaté la vitesse de 9 mètres. Après avoir décrit plusieurs boucles, l'aérostat atterrit sans difficulté.

Le dirigeable Zeppelin en expériences sur le lac de Constance.

Illustration from L'Illustration, No. 3279, 30 Décembre 1905

Il y a encore loin de ces résultat; à ceux obtenus avec le Lebaudy qui, des 1902 parcourait près de 100 kilomètres en moins de trois heures. Mais nous ne devons pas oublier que le comte Zeppelin semble se préoccuper surtout d'établir un appareil susceptible d'accomplir un voyage de quinze à vingt heures.

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