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L'Illustration, No. 3271, 4 Novembre 1905

LES LIVRES ET LES ÉCRIVAINS

Reading edition

H. G. Wells, l'auteur de «la Vérité». CONCERNANT PYECRAFT, DONT NOUS PUBLIONS EN SUPPLÉMENT, DANS CE NUMÉRO, LA TRADUCTION FRANÇAISE.

C'est en 1895 que M. H. G. Wells a publié son premier ouvrage: la Machine à explorer le temps. Il avait alors vingt-neuf ans et, depuis cinq ans qu'il avait terminé ses études à l'Université de Londres, il professait les sciences en divers établissements d'enseignement secondaire de la capitale anglaise. Entre temps, il collaborait à des publications scientifiques et littéraires, à des revues de tous genres et même à des quotidiens. Encouragé par le succès de son premier roman, il publia coup sur coup, la même année, un recueil de nouvelles qu'on retrouve en partie dans le volume intitulé en français les Pirates de la mer et la Merveilleuse Visite; l'année suivante: les Roues de la Fortune et l'Île du docteur Moreau; en 1897, un recueil d'articles, un recueil de nouvelles et l'Homme invisible; en 1898, la Guerre des mondes; en 1899, Quand le dormeur s'éveillera, Une Histoire des temps à venir et les Récits de l'âge de pierre; en 1900, l'Amour et M. Lewisham; en 1901, Anticipations et les Premiers Hommes dans la Lune; en 1902, la Dame de la mer et la Découverte de l'avenir; en 1903, l'Humanité en formation et Douze Histoires et un Rêve; en 1904, Place aux géants; en 1905, Une Utopie moderne; il a achevé plusieurs romans, inédits encore, Kips, l'histoire d'un enfant; et un autre, sans titre jusqu'ici et plus fantastique, paraît-il, qu'aucun des précédents.

H. G. Wells.

Illustration from L'Illustration, No. 3271, 4 Novembre 1905

On a dit du fécond écrivain qu'il était le «Jules Verne anglais», mais Jules Verne lui-même, qui avait une grande admiration pour son jeune confrère, a fort bien marqué les différences qui les séparent et M. Ch.-V. Langlois, de la Sorbonne, écrivait dans la Revue de Paris: «Tout le monde a lu les livres de H. G. Wells, le nouveau Jules Verne anglais, dit-on, mais un Jules Verne mieux informé, d'une fantaisie plus puissante, et philosophe.» Et ce qui a assuré le grand succès de Wells, en Angleterre et en Amérique comme sur le continent, c'est que tout le monde peut le lire et que tout le monde le lit de plus en plus. Le savant professeur qui discute les prestigieuses Anticipations de Wells prend un plaisir extrême à ses plus fantastiques récits; l'adolescent le suit, l'imagination éblouie, dans les temps à venir et dans l'âge de pierre, dans la lune ou à travers de plus lointains espaces; les lectrices moins vagabondes sont émues par les amours de M. Lewisham ou les tribulations de la Merveilleuse Visite, et les gens graves, les sociologues, les hommes de science, ou de toutes les sciences, s'émerveillent de ses audacieuses hypothèses, de ses prédictions déconcertantes qui influencent puissamment le mouvement des idées universelles. Et cet écrivain, ce penseur prodigieux a d'exquis moments de gaieté souriante, pendant lesquels il révèle la Vérité concernant Pyecraft ou narre tel autre conte facétieux ou burlesque.

ALPHONSE ALLAIS

Alphonse Allais est mort subitement, samedi dernier, à l'âge de cinquante-deux ans. Fils d'un pharmacien d'Honfleur, il était venu tout jeune à Paris pour étudier les sciences; mais, comme il arrive assez fréquemment, sa réelle vocation n'avait pas tardé à l'entraîner dans une voie bien différente, où il devait, d'ailleurs, trouver le succès et conquérir la réputation.

Alphonse Allais.

Illustration from L'Illustration, No. 3271, 4 Novembre 1905

Après d'heureux débuts au Tintamarre et au Chat-Noir, la publication de monologues fort goûtés, même au-delà de Montmartre, berceau de sa notoriété, il collabora au Gil Blas, devint rédacteur attitré du Journal, puis rédacteur en chef du Sourire. Il aborda en outre le théâtre, en collaboration avec Alfred Capus et y réussit. C'est surtout la Vie drôle, cette série de chroniques, d'une fantaisie si particulière, d'une forme si originale, qui lui avait valu la faveur durable du public; la clientèle de lecteurs fidèles qu'il s'était faite se grossissait de nouveaux contingents quand il réunissait ces feuillets épars en des volumes dont les seuls titres, répétés comme des formules typiques, assuraient la vogue: A se tordre, On n'est pas des boeufs, le Parapluie de l'escouade, etc.

La verve par où Alphonse Allais s'était classé au premier rang des «auteurs gais» n'avait rien de banal ni de grossier; sa «blague» de pince-sans-rire était d'un observateur sagace, d'un fin satiriste, d'un humoriste du bon coin. Estimé du monde des lettres, il excella et sut rester égal à lui-même dans un des genres les plus difficiles à soutenir.

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